Environnement

Ile de Clipperton : Le décor paradisiaque de l’atoll français vire au cauchemar

L’île de Clipperton, un îlot inhabité aux confins du Pacifique est enseveli par les déchets rejetés par l’océan. Une situation qui menace l’écosystème.

Des plages de sable blanc et un horizon dominé par le bleu de l’océan Pacifique à perte de vue. Mais aussi le seul lagon d’eau douce au monde entouré d’une bande de sable de 360 mètres au point le plus large et de seulement une petite quarantaine de mètres au plus étroit. Bref, un décor de paradis pour cette île de Clipperton, petit territoire français, de 1,7 km2. Sauf que dans la réalité, cette image de carte postale est en train de devenir cauchemardesque. En cause : une importante pollution plastique.

Des montagnes de déchets plastiques

Les rivages de cet atoll français, situé à plus de 10.000 kilomètres de la métropole et autrefois surnommé « l’île de la passion », sont à présent souillés par des montagnes de déchets plastiques qui s’accumulent dangereusement.

Cette situation catastrophique a été dénoncée par Serge Planes. Ce chercheur au CNRS et spécialiste mondial des coraux est à la tête d’une expédition baptisée Tara Pacific. Celle-ci a pour mission, entre autre, d’étudier le récif entourant l’îlot.

Ainsi, débarqué avec son équipe sur les lieux au mois d’août 2018, Serge Planes n’a pu que constater, écoeuré, les dégâts :

Ça m’a retourné le cœur! Il n’y a pas un endroit plus propre qu’un autre, les déchets sont partout. C’est un spectacle extrêmement triste, totalement décourageant.

Cette pollution acheminée sur les plages par les courants marins menace à terme l’écosystème de l’île. En effet, bon nombre d’oiseaux, notamment des fous bruns ainsi que des fous masqués, élisent domicile lors de la période de nidification. Par ailleurs, l’étendue maritime est une des plus riches du monde en thons. En outre, ses fonds marins recèlent notamment d’importantes quantités de nodules polymétalliques.

Or, la présence nocive de ces déchets perturbe irrémédiablement le bon déroulement de la construction des nids :

Tous les nids sont faits à partir de déchets plastiques. Quel triste lieu de naissance que nous offrons à nos jeunes fous là où ils devraient découvrir une nature pure. Ces oiseaux n’ont que nos saletés pour se protéger.

A regretté Serge Planes.

Des missions une fois par an pour nettoyer

Désireux d’alerter l’État devant cette urgence écologique, le scientifique espère être entendu :

Si seulement je pouvais convaincre l’État français d’organiser des missions une fois par an pour nettoyer Clipperton, ce serait bien. Ça aurait une valeur d’exemple, ce serait tout à l’honneur de la France. Est-ce si compliqué ?

Car, pour l’instant, seule une visite annuelle d’une frégate de la marine nationale est organisée sur l’île de Clipperton. Sauf que sa mission est d’entretenir le drapeau français qui y flotte, ainsi que la plaque de la nation. Une condition sine qua non pour que la France puisse continuer à détenir la souveraineté des lieux. Et jouir ainsi de la Zone économique exclusive environnante. Et ce, en vertu du droit international.

Pourtant, plusieurs expéditions scientifiques ont déjà été menées sur place. En effet, en 2005, l’explorateur Jean-Louis Étienne s’y était rendu pour étudier la biodiversité. A l’époque, il avait déjà fait part de son effarement devant l’accumulation de déchets. En vain, puisque treize ans plus tard, la situation ne s’est pas améliorée

Or, pour Serge Planes la situation pourrait très simplement être améliorée pas une simple volonté politique :

D’autant que pour moi c’est vraiment une volonté politique. Je pense que l’on peut arrêter la pollution demain si on veut.

Publié le lundi 5 novembre 2018 à 9:33, modifications lundi 5 novembre 2018 à 8:18

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