Environnement

Face à des “mortalités d’abeilles catastrophiques”, les apiculteurs se mobilisent

Pour lutter contre la mort des abeilles qui menace tout l’écosystème, les apiculteurs se mobilisent dans toute la France.

C’est une catastrophe écologique imminente. En effet, depuis la fin de cet hiver, les apiculteurs français déplorent des “mortalités d’abeilles catastrophiques”. Face à ce phénomène très inquiétant, ces derniers se sont mobilisés dans toute la France ce jeudi 7 juin afin de demander au gouvernement des mesures pour inverser cette tendance.

Ces rassemblements ont eu lieu à Paris place des Invalides, mais d’autres ont également été organisés à Strasbourg, Laon, Périgueux, La Rochelle, Quimper, Tours, Rennes et Lyon. Des préfets issus d’autres régions comme le Puy-de-Dôme ou la Loire-Atlantique ont également reçu des congrégations d’apiculteurs.

Une large mobilisation en Bretagne

Comme souvent, la région française s’est illustrée par ses larges mobilisations. En effet, des apiculteurs y avaient déjà organisé un “convoi mortuaire” en avril, allant du Morbihan à Rennes. Ces derniers en ont alors profité pour montrer leurs ruches détruites, d’autant que la Bretagne est particulièrement affectée par ce phénomène. En effet, on déplore la perte de 20 000 colonies d’abeilles depuis l’hiver dernier, d’après le président de l’Union Nationale des Apiculteurs Français (UNAF), Gilles Lanio.

Une fois arrivés à Rennes, les apiculteurs du convoi ont occupé la place devant la préfecture de la ville à partir du lundi 4 juin. Ils ont finalement pu obtenir un entretien avec Loïg Chesnais-Girard, le président du conseil de la région Bretagne, qui s’est engagé à mettre en place une aide d’urgence. Au radio de France Bleu, le président du Syndicat National des Apiculteurs s’en est félicité, même si d’autres mesures devront être votées rapidement pour traiter le phénomène en profondeur. Mais cette mortalité très haute des abeilles n’est pas localisée seulement en Bretagne. Il s’agit en effet d’une tendance lourde qui a lieu dans toute la France.

Des mesures radicales doivent être mises en place

Face à cette catastrophe, l’Etat a créé l’Observatoire de la Mortalité et de l’Affaiblissement des Abeilles (OMAA). Son but sera de recueillir le plus de données possibles pour mieux comprendre le phénomène, et ce jusqu’au 31 juillet 2019. Pourtant, pour les apiculteurs français, cela n’est absolument pas suffisant. Ces derniers déplorent en effet que le personnel mobilisé par l’observatoire ne procèdent pas à des recherches toxicologiques et préfèrent se concentrer sur les parasites “varroas”, en partie responsable de la mort des abeilles.

Les apiculteurs réclament un plan de soutien exceptionnel pour les soutenir ainsi que des mesures plus radicales pour lutter contre les pesticides, les parasites et la destruction des zones qui permettent aux abeilles de proliférer. Ils demandent également l’interdiction des néonicotinoïdes, des insecticides très puissants qui attaquent directement le système nerveux des abeilles. L’enjeu est crucial, puisqu’aujourd’hui en France, on compte près de 70 000 apiculteurs, dont les emplois sont profondément menacés. Outre cette conséquence économique et humaine, le déclin des abeilles menace sérieusement tout l’écosystème, et met en péril le processus de pollinisation indispensable à l’agriculture.

Des facteurs multiples pour expliquer ce phénomène

Les néonicotinoïdes sont particulièrement pointés du doigt par les apiculteurs. En effet, ces derniers entraînent soit la désorientation des abeilles, qui ne savent plus retourner à leur ruche, soit leur mort lorsque leur concentration est trop importante. Depuis la mise en vente de ces substances dans les années 1990, les pertes de ruches à la fin de l’hiver se montent à 60%, voir parfois 90%. Avant cela, le chiffre était de 5% seulement.

Face à cette menace, la loi sur la biodiversité a été votée en 2016 et prévoit l’interdiction des néonicotinoïdes à compter du 1er septembre 2018. A l’échelle européenne, 3 de ces substances seront également interdites à partir de décembre prochain. Mais celles-ci ne sont pas les responsables de la mort massive des abeilles depuis quelques années.

En effet, d’après les scientifiques, c’est une conjonction de facteurs qui permet de l’expliquer. Parmi eux, il y a l’agriculture intensive, qui à travers l’utilisation d’herbicides détruit certaines plantes et fleurs très appréciées par les abeilles. La disparition des haies et de certaines prairies fleuries, ainsi que la montée en puissance de parasites comme le varroa, d’origine asiatique, menacent également la survie des abeilles. Enfin, le fait que certains apiculteurs nourrissent leurs abeilles au glucose affaibli également leurs colonies.

Publié le vendredi 8 juin 2018 à 14:34, modifications vendredi 8 juin 2018 à 12:53

Vous aimerez aussi

Participer:

Proposer une correction Ecrire un article sur le sujet

Suivez-nous:

Discuttez !