Economie

Grèce : Huit ans après la crise de la dette, les Grecques s’apprêtent à sortir du plan d’aides européennes

Les créanciers ont trouvé un accord pour que la Grèce quitte sa tutelle financière le 20 août prochain qu’elle subit depuis huit ans. Elle recommencera à se financer seule sur les marchés.

Les ministres des Finances de la zone euro se sont entendus, dans la nuit de jeudi à ce vendredi 22 juin. Cet accord vient mettre fin à huit ans de crise, d’austérité et de plans de programmes d’aide dont elle bénéficie.

A noter toutefois que les discussions se sont prolongées car l’Allemagne a manifesté une résistance de dernière minute. En effet, le niveau de la dette reste le plus élevé de l’Union européenne, avec 180% de son PIB. A titre de comparaison, la dette représente 97 % du PIB en France. Seule l’Italie, qui connaît aussi des difficultés sur sa dette (131,8 %) se rapproche de la situation grecque. A l’inverse, la dette publique allemande représente seulement 64,1 % de son PIB.

Une crise inédite en Europe

Ainsi, en huit ans, la Grèce a bénéficié de plus de 273 milliards d’euros d’assistance de la part de ses créanciers, au cours de trois programmes d’aide. En contrepartie, les Grecs ont été contraints de mettre en oeuvre plusieurs centaines de réformes. Souvent douloureuses, elles ont pourtant permis d’assainir les finances publiques du pays. Finalement, la croissance du PIB a atteint 1,4% en 2017. Or, elle devrait encore progresser cette année, avec 1,9% prévue. Et l’an prochain, avec 2,3%.

Dans le même temps, la Grèce affiche désormais un excédent budgétaire de 0,8%, après avoir enregistré un déficit de 15,1% en 2009. Ainsi, au prix d’un plan d’austérité et de réformes drastiques, les comptes de l’Etat sont de nouveau à l’équilibre. Toutefois, la dette reste encore considérable. Par ailleurs, les conditions de vie de la population grecque a fortement été dégradées.

Fin de tutelle le 20 août et dix ans pour rembourser

Or, grâce à l’accord trouvé, Athènes va quitter la tutelle de ses créanciers, la zone euro et le Fond monétaire international, le 20 août prochain. Dès lors, la Grèce pourra de nouveau se financer seule sur les marchés financiers. Cependant, après cette sortie du programme européen, le pays restera sous une étroite surveillance. Du jamais vu de la part de l’Union européenne. Elle sera bien plus stricte que celles déjà mises en place dans le passé pour le Portugal, Chypre ou l’Irlande.

Ensuite, selon une source européenne, les ministres de la zone euro ont finalement convenu d’allonger de dix ans les échéances de remboursement d’une grande partie de cette dette. Il s’agit d’un dernier allègement qui a été jugé nécessaire pour assurer la crédibilité de la Grèce sur les marchés financiers. Par ailleurs, les ministres de la zone euro se sont entendus sur le versement d’une toute dernière tranche d’aide. Elle devrait s’élever à 15 milliards d’euros.

La Grèce tourne une page

Après l’accord trouvé avec ses créanciers, le porte-parole du gouvernement grec s’est réjoui vendredi 22 juin « d’une décision historique ».

La Grèce tourne une page, sa dette est à présent viable.

A déclaré le porte-parole du gouvernement Dimitris Tzanakopoulos.

Je pense que le peuple grec peut sourire, peut respirer à nouveau, c’est une décision historique.

A-t-il ajouté.

Pourtant, ces huit années d’austérité restent un traumatisme pour les Grecs. En effet, en huit ans, les impôts ont explosé. Les salaires ont été réduits de 30% en moyenne. Quant au chômage, la Grèce est désormais loin de son pic de 2013 avec 28 % de chômeurs. Le chômage grec est toujours le plus important de l’Union européenne. En mars 2018, il était encore supérieur à 20 %.

Ainsi, pour rembourser sa dette, Athènes a besoin de dégager de la croissance et de retrouver son niveau de production de richesses d’avant crise pour, entre autres, faire baisser le niveau de sa dette. Or la croissance grecque est encore limitée. Pourtant la croissance repart, avec plus de 2% au premier trimestre 2018. Néanmoins, elle ne se ressent pas encore dans le quotidien des grecs. Le tourisme, qui tire la croissance du pays, bat de nouveaux records chaque année depuis cinq ans. De grandes chaînes hôtelières investissent à Athènes. Mais au-delà de ce secteur, d’autres signes positifs sont à noter. Par exemple, Leroy Merlin et Tesla, la marque de voiture de luxe américaine, s’installent en Grèce. De quoi susciter de l’espoir, notamment chez les jeunes. Mais chez les plus âgés, en revanche, beaucoup disent craindre de ne plus jamais revoir la Grèce qu’ils ont connue.

Publié le samedi 23 juin 2018 à 10:22, modifications samedi 23 juin 2018 à 10:06

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