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Vendredi 13 : les superstitions en France et dans le monde

La mauvaise réputation du vendredi 13 s’est fondée sur diverses croyances qui ont évoluées au cours des derniers siècles et selon les cultures. Mais quelles sont les origines de ces superstitions si présentes dans nos vies ?

En ce vendredi 13, nombreux sont ceux qui tenteront leur chance aux jeux de hasard ou qui lieront leur malchance à ce jour spécial. D’autres, plus superstitieux, n’entreprendront rien, par peur du chiffre 13, censé porter malheur en référence au nombre de convives de la Cène et aux conséquences funeste de ce dernier repas. En Italie, malgré la forte présence religieuse, le nombre 13 sera plutôt celui de la chance et le 17 sera celui à éviter car anagramme en chiffre romain de VIXI, signifiant « j’ai vécu » et donc « je suis mort »…

Nombre de croyances nous accompagnent au quotidien.. Religion, tradition, manipulations : quelles sont les motivations de ces superstitions?

Autre temps, autre sens

Jusqu’au XIVe siècle, le terme « superstition » était utilisé pour désigner le culte des faux dieux, la religion des idolâtres. Il englobait alors d’une connotation péjorative toutes les valeurs ou croyances religieuses jugées irrationnelles, en opposition avec la raison et donc la sagesse. La fin du XVe siècle n’est pas en reste, comme en témoigne l’histoire de Christophe Colomb. Le navigateur redoute les sirènes mais aussi les pierres « aimantées » qui, du fond de l’océan, attirent les navires et les disloquent. L’anecdote des jeux de cartes qu’il aurait jeté dans l’océan est significative : pour calmer l’océan, sous l’emprise d’une terrible tempête, Christophe Colomb ordonne de se débarrasser des jeux que les marins ont emporté à bord et qui ont attiré la colère des éléments. Une anecdote amusante quand on sait que cette superstition a été inventée par des capitaines, fatigués des rixes créées par les jeux de cartes et de dés à bord d’un navire… Une malédiction calculée à laquelle tous les marins finiront par croire.

Gravure de Adriaen Collaert représentant Christophe Colomb

La gravure de Christophe Collomb effectué par Adriaen Collaert reflète l’état des connaissances au XVe siècle.  Le navigateur est entouré par Neptune, Artémis, tritons et sirènes, autant de croyances irrationnelles correspondant au peu de connaissance du monde de l’époque. Plus tard, à l’époque des Lumières, le mot superstition inclura toutes les croyances s’opposant à la raison, y compris celle des catholiques. Héritière des lumières, aujourd’hui la superstition s’applique à une croyance « déraisonnée » prêtant des caractères surnaturels et/ou sacrés à certains actes, phénomènes ou certaines paroles.

Selon une enquête effectuée en 2017 par LastMinute, le taux de superstitieux en France, même s’il est plus bas que celui d’Italie (58%) d’Espagne (60%) ou encore d’Allemagne (56%) s’élève à plus de 52% de la population. Au final, c’est plus de 55% des Européens qui s’avouent superstitieux : si le vendredi 13 est redouté par 15% d’entre eux, les faits de casser un miroir ou de passer sous une échelle sont les plus redoutés. Amulettes, ciseaux restés ouverts sur une table, fer à cheval, sel lancé par dessus l’épaule… Autant de croyances qui nous entourent et s’inscrivent dans notre quotidien. Quelles en sont les origines ? Quelles sont les plus étonnantes ? Petit tour d’horizon des croyances à travers le monde…

Des plus communes…

Bien ancrée en France, la superstition veut que l’acte de passer sous une échelle, objet banal en soi, soit porteur de malheurs. Une croyance sans motivation ? Et non, comme le prouve l’histoire. L’échelle a en effet toujours été représentante du lien entre ciel et terre : symbole de la verticalité, elle représente la connexion entre le monde divin et le monde terrestre. En Égypte, l’échelle de Râ autorise ceux qui la monte à entrevoir les dieux, dans l’hindouisme l’échelle est celle qui permet d’accéder à l’arc-en-ciel. En Occident, la Bible représente cette relation entre divin et humain par le récit de Jacob : en songe, Jacob voit une échelle touchant le ciel sur laquelle montent et descendent les anges. Il s’écrira à son réveil : « Ce n’est rien moins que la maison de Dieu et la porte du ciel ! ». L’Eglise considéra par ailleurs les barreaux de l’échelle comme autant d’étapes permettant de passer de l’état charnel à l’état spirituel. C’est pourquoi, on considère que le triangle formé par l’échelle posée contre un mur est divin, réservé à Dieu : interdiction de pénétrer dans cet espace sacré sous peines de représailles divines. Dans la même idée, certaines personnes considèrent que tendre un objet à travers les barreaux est profanation du triangle divin. Seule remède : cracher trois fois à travers les barreaux, afin de conjurer la malédiction.

A l’international, les croyances tournant autour du sel sont nombreuses. Symbole de l’amitié et de l’hospitalité, de l’union avec Dieu, le sel est au cœur des superstitions. Il est utilisé dans de nombreux rites : les Romains en plaçaient sur les têtes des victimes envoyées au sacrifice, les Hébreux en saupoudraient quelques grains sur les offrandes divines, les chrétiens en dépose sur les lèvres des nouveaux nés au moment du baptême pour les purifier du péché originel… Le sel, s’il est lié au divin et à la purification (on conseille également d’en jeter dans les pièces d’une nouvelle maison pour la purifier) prends aussi forme de protection. Ainsi, un sachet de sel autour du cou de votre bébé le protégera des ensorcellements. Mais alors, pourquoi renverser le sel est-il présage de mauvaises augures ? La superstition remonterait à Judas, qui, lors du dernier repas, aurait renversé la salière. Si toutefois le sel est maladroitement renversé, pas de panique : il suffirait de jeter une pincée de sel par dessus votre épaule pour annuler le mauvais sort.

Sur la table, le pain est lui aussi sujet aux diverses croyances, comme ne pas le poser à l’envers. Cette superstition viendrait du fait qu’auparavant, les fournées du boulanger partaientt très vite, chacun venant chercher son pain très tôt dans la journée. Seul le bourreau arrivait plus tard, les exécutions ayant lieu le plus souvent à midi. C’est pourquoi, le boulanger mettait un pain à l’envers, afin de ne pas le vendre et de le garder pour l’arrivée tardive du bourreau. En Auvergne, un pain posé à l’envers recevra les coups de couteau des convives, afin de conjurer le sort.

Le miroir est lui aussi objet de superstition : apparu en Egypte 3500 ans avant notre ère, il fut en Grèce considéré comme support de la magie. Au Moyen-Âge, on dit que les démons se réfugient dans les miroirs : casser revient à libérer ces esprits et subir leurs vengeances. D’autres explications évoquent le fait qu’au XVIIe, les miroirs coûtaient extrêmement cher. Ainsi, pour inciter les domestiques à prêter la plus grande des attentions à l’objet, on répandra cette légende moyenâgeuse. On entend également que casser un miroir obligerait à économiser pendant 7 ans : sept années de malheur durant lesquelles il faudra se priver.

Le miroir a longtemps été objet de fascination, comme l’a été le chiffre 13. 12 est le nombre des dieux de l’Olympe, des convives à la table de Jésus, le nombre d’heures du jour et de la nuit… Le nombre est donc celui détruisant l’harmonie. La crucifixion du Christ, un vendredi, peu après avoir reçu 13 convives à sa table participe à la peur commune. Ainsi, dans beaucoup d’hôtels, on peut ne pas trouver de chambre 13. Au même titre, aux Etats-Unis, les gratte-ciel passant du 12e au 14e étages sont dominants.

… aux plus recherchées !

De la viande de chèvre qui ferait pousser des cheveux sur le visage des femmes au Rwanda aux sacs touchant le sol annonciateurs de pauvreté au Brésil, les superstitions sont nombreuses autour du monde. Parmi elles, la peur du jaune en Espagne : elle serait la dernière couleur que verrait les toreros avant leur encornement et donc leur mort, la cape étant jaune à l’intérieur. En 2006, lors de la coupe du monde, Luis Aragonés, entraîneur de l’équipe espagnole, refusera par ailleurs un bouquet de fleurs jaunes censé l’accueillir.

Changement de cap: en Asie, l’éléphant incarne force et sagesse, porte chance : il est invoqué pour diverses raisons. On trouve d’ailleurs, dans certains temples, de véritables éléphants bénissant les visiteurs à l’entrée.

Le hibou, craint en Égypte et dans les pays chrétiens car annonciateur de mauvaises nouvelles, protège les Indiens d’Amérique du Nord. Dans la culture musulmane, le chat noir est à éviter car associé aux djinns, esprits de l’air pouvant se révéler soit génie soit démon. La magie est créatrice de nombreuses croyances également sur le territoire Africain : selon une légende, le corps des albinos réduits en poudre et transformé en boisson donnerait beauté et richesse infinies à celui consommant le breuvage… Des superstitions émanant de la riche culture des pays.

Plus insolite, l’Etat du Vermont présente beaucoup de maisons à l’architecture curieuse : on peut en effet y trouver des fenêtres inclinées. Construites pour se protéger des sorcières, cet angle de construction des fenêtres devait empêcher ces dernières de s’introduire dans les maisons. En effet, elle ne pouvait passer avec leurs balais par ce genre de fenêtre.

Finissons notre tour du monde par la Russie : la superstition veut qu’une bouteille vide soit immédiatement retirée de la table, sous peine de malheurs. La légende dit que cette superstition proviendrait des guerres napoléoniennes. A l’époque, les Cosaques Russes auraient remarqué que la facture était calculée en fonction du nombre de bouteilles restantes sur la table dans les restaurants français. C’est pourquoi, les Russe ont pris l’habitude de rapidement mettre les bouteilles sous la table.. Une anecdote qu’on ne peut vérifier, mais qui fait sourire !

Selon le docteur en psychologie Stuart A. Vyse, les superstitions serait le résultat de plusieurs processus psychologiques : la sensibilité humaine au hasard, la volonté de développer des rituels pour vivre certaines épreuves difficiles ou encore l’effet d’auto-relaxation face à la peur ou l’incertitude.

Légendes vraies ou pas… dans le doute, on croise les doigts !

 

Publié le vendredi 13 juillet 2018 à 8:30, modifications vendredi 13 juillet 2018 à 11:50

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