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Présidentielle 2017 : Opération séduction sur les abstentionnistes

Ils sont nombreux à ne plus savoir pour qui voter. Certains revendiquent même leur intention de ne pas voter. Ainsi, le nombre d’abstentionnistes à l’élection présidentielle pourrait atteindre un record en 2017.

Si je n’étais pas candidat, je crois que je m’abstiendrais.

Cette petite phrase de Philippe Poutou, le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste est révélatrice du sentiment qui entoure l’élection présidentielle de 2017.

En effet, si cette déclaration n’est pas représentative de l’ensemble de l’électorat français, elle illustre cependant la tendance concernant l’abstention à quelques semaines du premier tour.

Ainsi, selon un sondage Ifop du 21 mars, 37% des personnes interrogées annonçaient leur intention de s’abstenir.

Une campagne électorale inédite.

Or, cette campagne électorale est inédite.

Dans les sondages, l’extrême droite se voit assurée d’être au second tour. L’extrême gauche menée par un Jean-Luc Mélenchon combatif semble renaître de ses cendres. Puis, un visage et un nouveau parti avec Emmanuel Macron, que personne ne connaissait il y a à peine 3 ans. Et surtout des candidats, des ténors de partis républicains traditionnels ont été discrédités et éjectés de la scène politique nationale.

Bref, du jamais vu sous la Vème République qui semble augurer une recomposition totale du paysage politique français.

Alors, rien d’étonnant qu’un nombre croissant d’électeurs ne sache plus pour qui voter.

Le portrait-robot de l’abstentionniste a changé

Si jusqu’alors l’abstentionniste type était une personne jeune, peu diplômée et gagnant mal sa vie, ce portrait-robot est désuet en 2017.

Désormais, les abstentionnistes se trouvent dans toutes les catégories de la population.

L’idée que l’abstention concerne avant tout les pauvres ou les non-instruits n’a plus de sens aujourd’hui.

A martelé le journaliste Antoine Peillon, auteur de Voter, c’est abdiquer, au micro de France Info ce lundi 20 mars.

Ainsi, chez les cadres et les professions intermédiaires supérieures 41% se disent abstentionniste. 39% des employés affirment qu’ils n’iront pas voter. 43 % des ouvriers et 40% des professions intermédiaires ne se rendront pas dans les bureaux de vote le 23 avril.

En fin de compte ce sont seulement 28 % des travailleurs indépendants qui sont les moins prêts à s’abstenir.

En outre, c’est encore et toujours dans les catégories d’âge les plus basses que l’envie d’abstention est la plus forte. Selon l’Ifop, 46% des moins de 35 ans envisagent de ne pas aller voter au premier tour.

A l’inverse, ils sont 31% chez les plus de 50 ans.

Enfin, cette répartition est également assez homogène pour ce qui est du niveau d’études. Le niveau est ainsi presque le même pour ceux qui n’ont pas le baccalauréat que pour les titulaires d’un diplôme de deuxième ou troisième cycle (respectivement 35% et 34%). Ce taux est plus élevé chez ceux qui n’ont que le Bac (38%) ou un diplôme de premier cycle (39%). Et c’est en fait chez les étudiants que se trouvent le plus d’abstentionnistes potentiels, avec 41% qui se disaient prêts à ne pas aller voter.

Ce qui est totalement nouveau en 2017, c’est que le taux d’intention d’abstention est équivalent chez les diplômés et chez les non-diplômés.

S’est étonné Antoine Peillon.

Ainsi, le taux d’abstention sera élevé le 23 avril prochain. Alors que traditionnellement cette part se situe aux alentours de 20%, tous les indicateurs laissent à penser qu’elle sera encore plus forte pour cette présidentielle.

Les abstentionnistes, la cible prioritaire des candidats

En effet, une frange de plus en plus importante de la population ne croit plus dans la politique.

En cause, les dernières semaines de la campagne ont été marquées par les affaires et dominées politiquement par les tractations entre candidats ou les ralliements.

Pourtant qu’ils soient politisés ou non, ceux qui se disent aujourd’hui abstentionnistes restent pour la plupart indécis.

Rien ne dit que ces électeurs vont finir par se mobiliser. Mais si c’était le cas, cela pourrait changer la donne sur la ligne d’arrivée de cette élection présidentielle.

A ainsi expliqué Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof.

Ainsi, dans les camps des différents partis, tout est mis en œuvre pour séduire ces potentiels électeurs. Cependant, les nuances entre candidats sont marquées. Du côté d’En Marche !, l’équipe de campagne vise clairement les indécis :

La stratégie de campagne est avant tout de capter et fidéliser le vote de ceux qui sont incertains

Mais celui qui s’intéresse le plus aux abstentionnistes n’est autre que Jean-Luc Mélenchon.

En effet, le candidat de La France Insoumise mentionne ces électeurs à chaque meeting et en a même fait un cheval de bataille.

Pour le Front national, en dépit d’un électorat déjà très mobilisé, les abstentionnistes constituent un formidable réservoir de voix.

Lors des élections européennes de 2014, nous avons eu de bons résultats, qui se sont accompagnés d’une hausse de la participation. Le FN a eu cette capacité à faire revenir les Français vers les urnes. Nous faisons à nouveau ce pari là.

Avait analysé Nicolas Bay, le secrétaire général du parti au micro d’Europe 1.

Car une forte abstention ferait le jeu de Marine Le Pen. C’est peut-être même son seul espoir de l’emporter.

Finalement l’abstention semble être en passe de devenir une véritable force politique. Dans le sens où les abstentionnistes sont des électeurs silencieux qui malgré tout veulent se faire entendre et demandent des engagements précis.

Le chiffre de l’abstention sera le premier dévoilé le 23 avril au soir. On saura alors quelle voie ont choisi ces millions de Français. La voix des urnes ou la voix du silence.

Publié le dimanche 26 mars 2017 à 17:42, modifications lundi 27 mars 2017 à 14:56

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