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Mai-68 : Retour sur la Nuit des barricades, des 10 et 11 mai

Dans la nuit du 10 au 11 mai 1968, la contestation étudiante, débutée le 22 mars à Nanterre, prend un tournant en s’emparant du Quartier latin. Avec la Nuit des barricades, la révolte atteint alors son paroxysme.

1La révolte des étudiants atteint son point culminant dans la nuit du 10 au 11 mai. Au cours de la Nuit des barricades, étudiants et CRS s’affrontent dans de véritables combats de rue.

En effet, les voitures sont incendiées, les rues sont dépavées, les vitrines brisées. Au final, des centaines de personnes sont blessées. Le pays est stupéfait en découvrant cette actualité.

Pourtant, l’agitation étudiante, qui était jusque-là isolée, va rencontrer la sympathie d’une grande partie de l’opinion publique.

Du mouvement du 22 mars à la nuit des Barricades

La révolte initiée le 22 mars par une centaine d’étudiants qui ont occupée une tour pour protester contre l’arrestation de camarades des « Comités Vietnam » va progressivement se renforcée. Mars se passe, avril aussi, et l’agitation ne fait qu’augmenter en s’étendant partout, et en dépassant Paris. En effet, le conflit, désormais social et plus seulement étudiant, paralyse tout le pays. Cet élan de protestation lancé par les étudiants et les ouvriers contre la société traditionnelle et l’autorité, Mai-68 devient alors un mouvement d’une ampleur sans précédents. Il prend même des allures de révolution.

Rappelons que la France se trouve dans un contexte économique tendu. Alors que la France sort à peine des Trente Glorieuses, tout le monde au sein de la société ne profite pas de la croissance économique. Ainsi, début 1968, le pays compte 500.000 chômeurs. Si ce chiffre peut laisser rêveur aujourd’hui, 2 millions de travailleurs sont payés au Smig (le salaire minimum) et se sentent exclus de la prospérité. En effet bien qu’inférieur à 2% de la population active, le chômage s’est brutalement accru au cours des premiers mois de l’année 1968. La courbe des salaires montre une inflexion à la baisse et les syndicats considèrent qu’un retard s’est instauré entre le revenu des salariés et celui de la nation. En 1967, les Français vivent de nouveau sous la menace du chômage.

La révolte grandit…

Or, s’il est certes incontestable que l’exigence de la libération sexuelle et des moeurs fut le point de départ du Mai-68 étudiants, la contestation devient très vite sociétale et économique. Ainsi, le Mai-68 étudiant du 22 mars en anticipe un autre : le Mai-68 ouvrier. De fait, après une amplification du mouvement en avril, un cortège d’étudiants participe au défilé syndical traditionnel du 1er mai. Ensemble, ils réclament « la convergence des révoltes ». S’ensuit le lancement de grèves et de manifestations de masse par les grands syndicats de l’époque, notamment la CGT, la CFDT et la FEN. Ils revendiquent alors :

La transformation du système économique par et pour le peuple.

Dans les universités, les écoles, les théâtres occupés, deviennent des lieux de débats permanents, on refait le monde. Les murs couverts de graffitis prônent « l’imagination au pouvoir ».

Jusqu’à l’édification des barricades

La nuit du 10 mai, des dizaines de barricades sont dressées dans le Quartier latin. Celui-ci devient alors le théâtre de violences qui vont faire 367 blessés et 500 interpellations. C’est la nuit des barricades. Les rues se couvrent de barricades, certaines hautes de 3 mètres.

A 20 heures, les manifestants sont plus de 20.000. Face à eux, les forces de l’ordre sont impassibles et le service d’ordre contient encore les manifestants. A 20 h 40, les responsables lancent la consigne d’occuper le Quartier latin «coûte que coûte». Aussitôt, de petits groupes descellent les grilles des arbres, les panneaux de signalisation, et dépavent la rue. Le Quartier prend un aspect insurrectionnel, des forces de l’ordre déployées dans le reste de la capitale viennent prendre position près des barricades. Après l’échec des négociations, à 2 heures 15, l’ordre est donné. Les CRS, contenus depuis des heures dans une immobilité impressionnante se lancent à l’assaut des premières barricades de la rue Gay-Lussac.

La police ne prendra la dernière que trois heures plus tard, après de très violents affrontements qui feront plus de 367 blessés (dont 251 chez les policiers). 469 manifestants seront interpellés et 188 véhicules seront incendiés ou endommagés. En effet, la répression est sauvage : usage de gaz toxiques, matraquages, poursuite dans les immeubles. De toutes parts, on entend des « De Gaulle assassin ». Alors que les barricades sont prises une à une, le combat se poursuit.

Le 13 mai, les syndicats manifesteront avec les étudiants pour protester contre les brutalités policières. Et, le 14 mai, une vague de grèves commencera pour aboutir à une grève générale paralyse l’économie du pays.

 

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Publié le jeudi 10 mai 2018 à 7:25, modifications mardi 22 mai 2018 à 12:23

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