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Le mystère des expériences de mort imminente peut-il être expliqué par la science ?

Les expériences de mort imminente fascinent à la fois les scientifiques et les adeptes du surnaturel. Mais quelle approche peut-elle se vanter de cerner tous les aspects de ce phénomène passionnant ?

Alors qu’elle donnait naissance à son premier enfant en 1968, Nicole D. fut victime d’une grave hémorragie interne à cause de laquelle son coeur a cessé de battre pendant 45 secondes. Pendant ce laps de temps qui lui a paru durer une éternité, Nicole s’est vue flotter au-dessus de son corps, position depuis laquelle elle pouvait observer l’inquiétude des médecins mais également les va-et-vient frénétiques de ses proches dans le couloir en-dehors de la salle d’opération, avec une profusion de détails que ces derniers ont ensuite pu lui confirmer.

La deuxième partie de son expérience est celle d’un sentiment de joie et d’amour au-delà de l’entendement, matérialisé par une lumière éblouissante au fond d’un grand tunnel noir. Elle a également pu communiquer avec une entité lumineuse qu’elle a reconnu comme son frère mort en bas-âge. Ce dernier lui a alors conseillé de ne pas parler de cette expérience avant l’âge de 17 ans, sous peine de ne jamais être crue. Puis, elle fut brutalement ramenée à la vie. Aujourd’hui âgée de 77 ans, elle témoigne librement à propos de cette expérience qui a profondément bouleversé sa vie. Nicole a vécu une EMI, ou expérience de mort imminente, popularisée par les écrits du psychiatre américain Raymond Moody à partir des années 1970. Depuis lors, ce phénomène a fait l’objet d’études scientifiques poussées, qui semblent toutefois ne pas avoir épuisé le mystère profond de ces expériences aux frontières du réel.

Un phénomène universel

Les témoignages d’EMI semblent être aussi vieux que l’humanité elle-même. En effet, plusieurs chercheurs et historiens estiment que ce phénomène était déjà connu des anciennes civilisations. Ainsi, d’après le médecin légiste et anthropologue Philippe Charlier, le premier récit attesté remonte à 1740. Il fut décrit par un médecin ayant soigné un homme victime d’une syncope. Mais les EMI ne sont pas propres à la civilisation occidentale, bien au contraire.

On le retrouve en effet dans toutes les cultures, avec des variantes notables, puisque comme l’explique le professeur Steven Laureys, issu du CHU de Liège en Belgique, les récits issus d’Afrique du Nord font davantage intervenir une grande porte. En Inde, la rencontre avec des divinités est monnaie courante pendant ces expériences, tandis que la Russie est marquée par des expériences beaucoup plus sombre, avec des visions horribles et infernales. 

Ces particularités ont donc poussé certains scientifiques à croire que c’est le cerveau qui produit ces visions au moment de la mort cardiaque, en fonction des traditions et de l’héritage culturel du sujet. En effet, depuis plus de 30 ans, de nombreuses théories ont émergé pour tenter d’apporter une explication rationnelle à ce phénomène à première vue surnaturel. 

Un certain scépticisme scientifique…

Le psychiatre britannique Karl Jansen a montré en 1996 que certains aspects de l’EMI peuvent être reproduit en administrant de la kétamine à des patients, un anesthésiant hallucinogène très puissant. D’autres expériences ont également prouvé que la stimulation de certaines zones du cerveau, comme le lobe temporo-pariétal droit, pouvaient provoquer des sensations de décorporation abyssales. Le professeur allemand Thomas Humbolt a même été jusqu’à induire artificiellement une syncope sur 42 patients, qui ont pour beaucoup vécu des expériences de type EMI, avec notamment la rencontre de proches décédés.

Plus récemment, le professeur Steven Laureys a mené une nouvelle étude basée sur l’hypnose, afin de recréer en partie les sensations vécues pendant une EMI grâce à la transe hypnotique. Plusieurs patients ayant déjà vécu ce type d’expérience ont donc été reçus par une hypnothérapeuthe tandis que des électrodes ont été placées sur leur tête afin de mesurer leur activité cérébrale. Les participants ont peu à peu été replongés dans les circonstances de leur accident pour revivre les sensations éprouvées à ce moment-là.

L’analyse du cerveau a ensuite permis de lier cette expérience à une suractivation de la jonction temporo-pariétale et du lobe temporal. Ces zones sont ainsi soupçonnées de jouer un rôle important dans les sensations de décorporation et dans les expériences mystiques. Mais cette tentative d’explication scientifique relègue-t-elle pour autant l’expérience de mort imminente au rang d’une simple illusion créée par un cerveau en état de choc ? Pour l’équipe en charge de cette étude, c’est en partie le cas.

3 approches différentes du problème

Il existe aujourd’hui 3 écoles de pensées par rapport à l’EMI. Il s’agit tout d’abord des scientifiques opposés aux recherches sur le sujet, pour qui ces expériences ne permettent jamais de recréer les conditions réelles dans lesquels le cerveau est plongé lors d’un arrêt cardiaque ou cérébral. Le deuxième clan est celui des chercheurs cherchant à comprendre les EMI à travers des expériences qu’ils jugent valides. La troisième école est enfin celle des croyants qui affirment que ces expériences sont la preuve de l’existence de l’au-delà.

Pour le professeur Pim Van Lommel, spécialiste de la question, la vérité pourrait bien se trouver au confluent de ces trois approches. Après avoir passé des années à interroger de nombreux patients ayant vécu une EMI, celui-ci en est venu à formuler une théorie particulièrement intéressante. Selon lui, le fait que certains patients aient vécu ces expériences en état de mort cérébral doit nous amener à changer notre vision du cerveau. Celui-ci devrait en effet davantage être considéré comme une sorte de récepteur radio ou de poste de télévision, qui recevrait les ondes de conscience, elles-mêmes localisées en dehors du corps.

Bien que contestée parmi la communauté scientifique, cette théorie a été récemment corroborée par une étude scientifique inédite. En effet, les salles de réanimation de plusieurs hôpitaux ont été équipées pour permettre une étude systématique et rigoureuse des éventuels cas d’EMI dans le cadre du dispositif AWARE. Lors de cette étude, un patient a été capable de décrire avec exactitude le déroulé de son opération, alors même qu’il était en état de mort de cérébral. Les déclarations du patient ont ensuite été corroborées par tout le personnel médical. Une première qui pourrait bien prouver l’exactitude de la théorie de Van Lommel.

Publié le mercredi 29 août 2018 à 8:15, modifications mardi 28 août 2018 à 17:15

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