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Japon : Quelle est la situation à Fukushima, 7 ans après l’accident nucléaire

Le Japon a commémoré la catastrophe qui a coûté la vie à plus de 18 000 personnes il y a 7 ans. Quelque 73 000 personnes sont encore déplacées à cause des radiations de la centrale de Fukushima.

A Fukushima, le 11 mars 2011, il y a sept ans jour pour jour, avait lieu le tsunami qui a provoqué l’une des plus graves catastrophes nucléaires de l’histoire. Au Japon, la situation reste « difficile pour les familles évacuées ». Seulement 10% des habitants sont revenus vivre dans le secteur. La situation de la centrale nucléaire est toujours critique et les territoires alentours sont contaminés.

Ce dimanche 11 mars à 14h46, le Japon s’est figé dans le recueillement, au moment précis où, le 11 mars 2011, se produisit le terrible tremblement de terre. Qui suivi d’un tsunami meurtrier provoqua la catastrophe nucléaire sans précédent.

Le souvenir toujours très vif

Ainsi, comme chaque année, une cérémonie officielle s’est tenue à Tokyo, en présence du Premier ministre Shinzo Abe. Accompagné du prince Akishino, du fils cadet de l’empereur Akihito, et de son épouse Kiko, tous deux représentant le couple impérial. Ainsi, que de survivants. Dans les régions sinistrées du nord-est de l’archipel, des résidents ont également observé une minute de silence, selon les images diffusées par les chaînes de télévision.

J’offre mes condoléances à ceux qui ont perdu leurs proches et amis bien aimés.

A déclaré Shinzo Abe avant de laisser la parole à des habitants.

Parmi eux, une femme de 70 ans originaire de la région de Fukushima, Hideko Igarashi. Elle a appelé, dans un discours prononcé avec beaucoup d’émotion, le Japon à « ne jamais oublier ce que nous avons appris du désastre ».

J’ai attrapé un arbre mais j’ai été engloutie par la vague. Mon mari a été emporté loin de moi. Il a hurlé Hideko trois fois.

A-t-elle raconté.

Je regrette de ne pas lui avoir dit de s’enfuir plus tôt.

Au total, 18.434 personnes ont péri ou disparu dans le tremblement de terre de magnitude 9 et le tsunami qui a suivi. En outre, plus de 3.600 personnes, pour la plupart de Fukushima, sont décédées des suites de la catastrophe, pour cause de maladie ou de suicide. Aujourd’hui, l’accident nucléaire à la centrale de Fukushima, le plus grave de l’histoire depuis celui de Tchernobyl en URSS en 1986, laisse encore derrière lui plus de 73.000 déplacés, chassés par les radiations.

7 ans après, qu’en est-il de la Fukushima ?

A la centrale nucléaire Fukushima Daiichi, les progrès pour le démantèlement sont réels mais lents. La Compagnie d’électricité de Tokyo, Tepco, responsable de Fukushima, doit notamment résoudre les problèmes de l’extraction du corium. Il s’agit du combustible fondu de trois réacteurs. Mais aussi de l’eau contaminée, issue du refroidissement des réacteurs endommagés.

Ainsi, selon l’AFP, les coeurs des réacteurs 1 à 3 qui ont fondu au moment de l’accident et doivent être refroidis en permanence.

En outre, l’exploitant Tepco est toujours en train d’essayer de localiser précisément le combustible fondu. Ainsi que les débris de combustible qui se sont dispersés dans les réacteurs. Une fois cette localisation effectuée, les opérations d’extraction pourront débuter. Or, ce travail, le plus délicat et le plus long dans le processus de démantèlement de la centrale, ne s’achèvera pas avant 30 ou 40 ans.

Le casse-tête de l’eau contaminée

En outre, une impressionnante quantité d’eau est utilisée pour assurer le refroidissement des réacteurs. A laquelle s’ajoutent les eaux de pluie qui se contaminent en tombant sur la centrale. Au total, environ 1 million de m3 d’eau sont stockés sur le site. Principalement dans un millier de cuves, et ce volume augmente chaque jour. Un mur de glace souterrain est en place autour des bâtiments depuis la mi-2017 pour éviter que les eaux ne soient souillées au contact des installations. Par ailleurs, pour limiter les fuites, un mur imperméabilisant est en place depuis 2016 du côté de la mer. Le sol de la centrale a été presqu’entièrement bétonné.

Si l’eau est en partie déjà traitée, aucune solution n’a encore été trouvée pour éliminer un de ses éléments radioactifs : le tritium. A terme, elle pourrait bien être rejetée en mer, comme le recommandent certains experts, mais le gouvernement n’a pas encore pris de décision.

Enfin, Tepco s’attend à devoir stocker 750.000 mètres cubes de déchets solides d’ici 2029, dont une partie radioactive, contre 350.000 m3 l’an dernier. Huit bâtiments d’entreposage ont été construits et un chantier pour un neuvième a débuté le mois dernier. D’autres structures de stockage sont en projet.

Inquiet pour l’image déjà dégradée de la région, le gouverneur de Fukushima, Masao Uchibori, a appelé le gouvernement et Tepco « à prendre en considération le possible impact social et sur la réputation de la région dans leurs réflexions ».

Relancer la région

Alors que le gouvernement a levé les ordres d’évacuation dans certaines zones, de nombreux habitants ne souhaitent pas revenir.

Pourtant, petit à petit la vie reprend. Par exemple, à Namie une petite ville située à dix kilomètres de la centrale de Fukushima, depuis l’an dernier, on peut de nouveau résider dans les quartiers qui ont été décontaminés. Ainsi, les évacués commencent à y revenir.

Toutefois, encore un tiers de ces déplacés ne sont pas rentrés chez eux. En effet, bien que les travaux de reconstruction avancent, certaines zones continuent à manquer d’infrastructures publiques opérationnelles. Comme des commerces, des hôpitaux ou des transports publics. De plus, des régions entières sont désormais inhabitables car elles sont utilisées pour stocker les déchets radioactifs.

Un des anciens habitants d’un quartier autour de l’ancienne centrale nucléaire a expliqué à l’AFP :

Six mois après les catastrophes, quand le taux de radiation avait diminué, on a pu retourner au village pour constater les dégâts. C’est là que je me suis rendu compte que je n’y vivrai plus jamais, j’étais dévasté.

Ainsi, les rares personnes qui reviennent sont « les personnes âgées, attachées à leur maison, à leur territoire », a expliqué Jean-Christophe Gariel, le directeur santé à l’institut de radioprotection et de sûreté français (IRSN) sur franceinfo.

Enfin, l’agriculture reste un autre gros problème dans la région. En effet, seule la moitié des terres agricoles dévastées en 2011 ont été remises en état. En plus, la rumeur prétend toujours que les produits de Fukushima sont contaminés. Effectivement, en raison de l’inquiétude très forte des jeunes. Et notamment des parents d’enfants qui restent évacués, c’est aux personnes âgées habitant le village que le redressement du territoire et la reprise agricole semble incomber.

Publié le dimanche 11 mars 2018 à 14:39, modifications mardi 22 mai 2018 à 12:26

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