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Israël : Comprendre les violences à Jérusalem et en Cisjordanie

Sujet d’actualité brûlant et récurrent, cette guerre interminable sévit depuis plus de 40 ans entre la Palestine et Israël. Or, l’accès de violence de ces derniers jours à Jérusalem ravive le souvenir douloureux des révoltes palestiniennes de 1987 et 2000.

Les tensions enflent depuis une semaine autour de l’esplanade des Mosquées à Jérusalem. En effet, Israël et la Cisjordanie connaissent un pic de tension inégalé depuis plus de deux ans.

Ainsi, une semaine après la fusillade au cours de laquelle trois Arabes israéliens ont assassiné deux policiers israéliens avant d’être abattus, deux Palestiniens ont trouvé la mort samedi 22 juillet dans des affrontements avec les forces de l’ordre israéliennes près de Jérusalem.

La veille, trois Palestiniens avaient été tués lors de heurts. Puis un Palestinien avait tué à coups de couteau trois Israéliens dans une colonie de Cisjordanie.

L’Esplanade des Mosquées, au coeur des tensions

Point de crispation de toutes les tensions entre Palestine et Israël, l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem, appelé Al-Haram al-Charif par les musulmans, abrite le Dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa (la Lointaine). Nommée ainsi car c’est le sanctuaire le plus lointain où le prophète Mohammed se soit rendu, selon la tradition musulmane.

Ainsi, il s’agit du troisième lieu saint de l’islam. Après la Grande Mosquée de La Mecque et la mosquée du Prophète de Médine, en Arabie Saoudite.

En outre, elle est aussi pour les Juifs, le Mont du Temple, le site le plus sacré du judaïsme. Elle est bâtie sur le site du Temple juif détruit par les Romains en l’an 70. Et dont l’unique vestige, le mur des Lamentations est situé en contrebas.

Enfin, pour les chrétiens, le Nouveau testament relate que Jésus y est allé enfant et a purifié le Temple en chassant les marchands.

Or, depuis plusieurs jours, ce lieu des trois religions monothéistes est le théâtre de violents affrontements entre musulmans et forces de police.

Les tensions sont allées crescendo après une attaque qui a coûté la vie à deux policiers israéliens le 14 juillet dans la vieille ville de Jérusalem.

En effet, dimanche 16 juillet, après la mort de deux de ses soldats, l’État hébreu a décidé d’installer des portiques de sécurité et détecteurs de métaux à l’entrée de l’espace religieux.

De plus, la police israélienne a aussi pris la décision exceptionnelle d’interdire aux hommes de moins de 50 ans l’accès à la Vieille ville. Ce qui a provoqué des heurts dans plusieurs quartiers de Jérusalem-Est vendredi après-midi.

De violents affrontements à Gaza et en Cisjordanie

Pourtant, pour les musulmans de la ville sainte, ces installations sonnent comme une véritable violation du statu quo de 1967. Celui-ci régit la gestion de l’esplanade des mosquées.

Selon ce statu quo, les musulmans sont autorisés à monter à toute heure du jour et de la nuit sur l’esplanade. Tandis que les juifs peuvent y pénétrer à certaines heures, mais sans y prier.

Par ailleurs, si le site est géré par le Waqf, une fondation islamique sous contrôle jordanien, c’est la police israélienne qui en contrôle les accès.

Ainsi, pour protester contre cette décision, toute la semaine, les musulmans de Jérusalem ont fait le choix de prier à l’extérieur de la vieille ville, pacifiquement.

Après avoir débuté à Jérusalem-Est, les heurts se sont propagés à la Cisjordanie occupée. Une région où, selon l’armée israélienne relayée par Le Monde, 3.000 Palestiniens se sont rassemblés en plusieurs points.

Les affrontements les plus violents se sont produits à Qalandya, près de Ramallah. Ainsi qu’à Hébron, dans le sud du territoire palestinien.

Dans ces deux villes, l’armée a répondu aux jets de pierres en utilisant des moyens anti-émeutes, a indiqué à l’AFP un porte-parole de l’armée.

Au total, à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, le Croissant rouge, les services de premiers secours palestiniens, a fait état de 450 blessés, dont 110 dans la ville sainte.

La police israélienne, elle, a annoncé 29 arrestations vendredi à Jérusalem-Est et en Cisjordanie.

Dans la bande de Gaza, où ont eu lieu aussi des affrontements au niveau de la barrière de sécurité. 40 Palestiniens ont été blessés, dont sept par balles, selon des sources médicales.

Cité par le Times of Israël et repéré par le Huffington Post, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a estimé :

Ces incidents ont le potentiel pour déclencher de nouvelles violences.

Vers une nouvelle Intifada ?

En effet, ces nouveaux accès de fièvre ravivent le douloureux souvenir des deux intifadas, « soulèvements » en arabe, de 1987 et 2000.

En effet, alors que les manifestations de ces derniers jours ont germé sur l’esplanade des Mosquées, c’est justement là qu’avait eu lieu l’élément déclencheur de la précédente intifada.

Il avait été enclenché le 28 septembre 2000 avec la venue d’Ariel Sharon, alors chef de l’opposition israélienne. Cette visite avait été vécue comme une provocation pour les Palestiniens.

Véritable poudrière où le moindre incident peut dégénérer, l’esplanade est au cœur du conflit israélo-palestinien depuis les origines d’Israël.

En effet, elle est située dans le secteur oriental de Jérusalem, palestinien, occupé et annexé par Israël depuis 1967, et dont les Palestiniens veulent faire la capitale de l’État auquel ils aspirent.

Ainsi avec l’installation des portiques de sécurité, les manifestants palestiniens craignent qu’Israël ne tente de s’emparer du contrôle exclusif du lieu.

De son côté, le premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou a appelé à l’apaisement. Il plusieurs fois assuré ne pas vouloir modifier le statu quo de 1967.

Pourtant, la situation reste toujours très tendue.

Appel à l’apaisement

Vendredi soir, le président Mahmoud Abbas a annoncé que les contacts avec Israël seraient « gelés ». Jusqu’à ce que les mesures sur l’esplanade des Mosquées ne seront pas annulées.

Le chef de la Ligue arabe Ahmed Aboul Gheit a de son côté « condamné l’utilisation excessive de la force et de balles réelles » par Israël contre « des civils non-armés ».

Il a mis en garde contre « la colère grandissante des Palestiniens, des Arabes et des musulmans » suite aux mesures israéliennes.

Le ministre jordanien des Affaires étrangères, a demandé que le site soit « immédiatement » rouvert aux fidèles.

En outre, il a appelé la communauté internationale à intervenir.

Justement, la France, la Suède et l’Egypte ont demandé, samedi, une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies sur les violences dans la région. Cette réunion, devrait se tenir lundi 24 juillet.

L’union européenne a

encouragé Israël et la Jordanie à travailler ensemble pour trouver des solutions pour maintenir la sécurité pour tous.

Dans ce contexte, Jean-Paul Chagnollaud, directeur de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (IREMMO) a estimé sur France Info vendredi 21 juillet :

Je ne pense pas qu’il puisse y avoir une intifada de l’ampleur de celle qui a eu lieu en 2000. Il y avait une vraie structuration politique palestinienne qui était entrée dans ce conflit. Que ce soit le Hamas ou le Fatah à l’époque.

Pourtant, le spécialiste a mis en garde:

Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir de graves violences plus ou moins spontanées. Et surtout incontrôlables. Tant que cette occupation n’aura pas été réglée par un processus de paix. On aura régulièrement ce type de tensions très graves.

Publié le lundi 24 juillet 2017 à 9:03, modifications jeudi 7 décembre 2017 à 16:01

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