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Quand le harcèlement de rue devient un fléau du quotidien

Remarques déplacées, sifflements, insultes, voire violences physiques… chaque jour des femmes, peu importe leur âge ou leur physique, sont confrontées au harcèlement de rue.

En France et partout dans le monde, de plus en plus de femmes dénoncent le harcèlement de rue qui semble s’être installé dans notre quotidien. Alors que dans notre pays où, de texte de loi en charte et règlement, aucune discrimination fondée sur le sexe n’est plus tolérée, les Françaises devraient être en théorie les égales des Français. Hélas, on est très loin du compte et le harcèlement de rue est devenu un véritable fléau.

De quoi parle-t-on ?

Le harcèlement de rue désigne l’ensemble de comportements intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, voire menaçants que les femmes subissent dans les espaces publics comme la rue ou les transports en commun.

De plus, cette expression traduite par street harassement en anglais recouvre différentes formes de harcèlement sexuel telles que les sifflements, les commentaires sexistes, les interpellations ou insultes, voire les attouchements… Ce qui pour certains hommes s’apparente simplement à de la drague ou des compliments.

Bref, des phrases qui peuvent sembler, de primes abords, anodines, sans gravité.

Pourtant, les femmes, elles, se sentent agressées par de tels comportements et préfèrent souvent ne pas répondre et changer de trottoir.

Or, si la lutte contre les inégalités entre les sexes est désormais admise, les stéréotypes, eux, ont la vie dure et fleurissent sous de nouvelles formes, toutes aussi insidieuses.

On a tendance à croire que le sexisme a été éradiqué et que les femmes ont atteint la pleine égalité. Certes, les filles et les jeunes femmes de classe moyenne ont beaucoup plus de débouchés et d’options qu’il y a 40 ans. Elles réussissent dans une multitude de professions. Les femmes occupent peu à peu tous les espaces, qu’ils soient scolaires, professionnels, politiques et publics.

Cependant, ce vernis peine à cacher les inégalités qui demeurent.

Quand le harcèlement de rue conditionne les femmes

Ainsi, il y a en France des zones où les femmes ne sont pas acceptées. Où elles ne sont pas respectées. Mais aussi où elles sont quasiment obligées de vivre avec cette donnée comme un désagrément du quotidien.

Or, l’idée même que les femmes sont plus vulnérables que les hommes dans les espaces publics est généralement présentée comme une donnée naturelle.

D’ailleurs, les parents ne restreignent-ils pas plus les sorties de leurs filles par craintes d’agressions sexuelles ? Ne reçoivent-elles pas toutes sortes de conseils pour éviter d’être agressées, allant de l’habillement au lieu de sortie ?

Car cela semble relever du sens commun : elles doivent « faire attention » car sinon, elles risqueraient d’être agressées par un inconnu.

Ainsi, de l’insulte sexiste à l’agression sexuelle, le phénomène est très loin d’être anecdotique. Une étude publiée en avril 2015 par le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes montre que 100 % des utilisatrices françaises de transports en commun ont déjà été victimes d’un acte de harcèlement sexiste ou une agression sexuelle.

Pourtant, dans les faits, il est impossible de quantifier précisément ces violences.

En outre, le Haut Conseil à l’égalité estime le phénomène très largement répandu.

Par conséquent, il demande sa quantification précise. Un chiffrage qui n’a jamais été effectuée, les études se concentrant sur les violences les plus graves.

Enfin, il appelle à une prise de conscience générale de la part des victimes. Mais aussi des harceleurs, et des témoins, encouragés à ne pas tolérer de tels comportements.

Tempête médiatique et politique

Dans ce contexte, la publication d’un article du Parisien évoquant un quartier « où les femmes n’ont plus le droit de cité » a fait l’objet de toutes les attentions.

Tempête médiatique, politique et déferlement sur les réseaux sociaux, chacun y est allé de son témoignage. Le tout sur fond de campagne pour les législatives alors même que le spectre du Front national plane toujours sur les élections.

Surgit alors le risque de récupération politicienne.

Bref, reste qu’au delà de cette polémique, de nombreuses femmes continuent de subir le harcèlement de rue comme une menace.

Ainsi, Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes a désigné la lutte contre ce fléau comme « une priorité de l’action qu’elle mènera ».

Elle souhaite notamment que

Les policiers de proximité qui seront recrutés puissent verbaliser immédiatement les auteurs d’agressions sexistes comme de discriminations. Que toutes les politiques d’urbanisme comportent un volet concret de prévention des violences sexuelles et sexistes.

Néanmoins, la solution n’est pas uniquement politique.

Repenser l’éducation

Pour Caroline Dayer, docteure et experte en prévention des violences et des discriminations à Genève, la dimension politique est essentielle. Cependant, prendre le problème par la seule notion de la sécurité est une erreur.

Pour s’attaquer de façon efficace au harcèlement de rue, il faut s’en prendre au système qui le produit. Le sexisme. Combattre ce comportement par la sécurité revient à mettre un pansement sur une plaie béante.

Finalement, plus ou moins discret, presque subliminal, le sexisme est si profondément ancré dans la culture qu’il fait partie de ces mots dont on n’est même plus certain d’en maîtriser le sens.

Ainsi, la réflexion va au delà de l’élargissement des trottoirs. Comme le préconisait Caroline de Haas, dans une intervention sur Franceinfo, il faut insister sur non seulement sur la prévention et l’éducation mais également mettre en place des sanctions. Pour enfin repenser l’aménagement de l’espace urbain.

Publié le mercredi 31 mai 2017 à 12:05, modifications mercredi 31 mai 2017 à 9:51

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