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Cannabis : l’évolution controversée d’une plante phénomène

Effet de mode, plante nocive, anti-douleur… Le cannabis revêt divers rôles à travers les cultures et au fil des siècles: retour un phénomène d’ampleur mondiale.

Drogue la plus populaire au monde, le cannabis bénéficie d’une évolution hors du commun. Plus répandue que tous les autres stupéfiants réunis, il a conquis le monde au fil des siècles, des plaines de Woodstock aux récents coffeeshop ouverts à Paris. Déclenchant tout autant l’idolâtrie que des manifestations virulentes, quelle est l’histoire de cette plante phénomène qui a traversé les siècles ? Retour sur l’histoire originale d’un produit controversé.

Aux origines du phénomène

Bien que le lieu ne soit pas d’une précision scientifique, la résine de cannabis psychotrope – c’est-à-dire, susceptible de modifier l’activité psychologique et mentale – aurait été découverte en Asie Centrale, il y a environ 2700 ans. Alors que d’autres localisent la découverte dans les contreforts indiens de l’Himalaya ou même en Roumanie, c’est bien en Asie Centrale que les plus vieilles preuves de consommation de cannabis résident. Ainsi, pendant des millénaires, le cannabis fut une part majoritaire des activités en Asie : industrie, consommation, nourriture, papier ou encore remèdes, les graines de cannabis, cultivées au même titre que le riz, devinrent également parties intégrantes de la médecine.

Le chanvre lui, trouve sa source en Europe. Il partage ses racines avec le cannabis, lui-même appelé « chanvre récréatif ». A l’inverse de ce dernier, le « chanvre industriel » d’Europe est non psychotrope. Son utilisation couvrait toutes sortes de besoins : vêtements, nourriture, cordage, carburant, etc. « Cannabis des pays froids », le chanvre, grâce à ses multiples possibilités d’utilisations, aura la même valeur que le cannabis. En effet, à son commencement, seuls les pays chauds bénéficiaient de plants psychotropes : ainsi, le Moyen Orient développa le haschisch, une pâte de résine de cannabis, l’Inde en fit une boisson sacrée et de nombreux pays d’Afrique utilisèrent le cannabis dans leur médecine.

Le chanvre récréatif, cannabis psychotrope, fut importé en France pour la première fois par les soldats de Napoléon de retour d’Egypte. Le premier décret qui tenta de prohiber son commerce et son utilisation date du 8 octobre 1800, mais n’empêchera pas de nombreux artistes tels que Théophile Gauthier, Charles Baudelaire ou encore Alexandre Dumas d’en user à hautes doses et faire naître le « club des haschichins ».

Dès sa découverte, le cannabis a conquis le monde grâce à ses utilisations sans limites. Toutes cultures confondues, il a fasciné tant par ses effets utilisés en médecine que par sa solidité une fois transformé en cordage. La plante n’a cessé d’évoluer au fil des siècles, revêtant une image sacrée ou des vertus thérapeutiques, un caractère ludique ou la réputation de rendre fou.

Une prolifération de grande envergure

Depuis les années 90, des études montrent que le cannabis saisi au USA est trois fois plus fort qu’auparavant. De plus, on remarque que désormais, les plants sont plus petits, poussent plus vite, et qu’il existe plus d’une centaine de souches aux saveurs différentes. Une évolution qui débute très tôt…

Carl Von Linné, scientifique suédois, découvre au XVIIIe siècle que le cannabis produit des plants mâles, producteur de pollen, et des plants femelles, productrices de graines. Ces dernières produisent en effet des fleurs à haute portée psychotropes. Contrairement à la croyance populaire, la feuille ne contient que très peu d’agents psychoactifs, contrairement à la fleur qui en est un concentré. Afin d’être pollinisée par le plant mâle, le plant femelle produit de la résine (psychotrophe) suintant de ses fleurs : lorsqu’elle est pollinisée, cette résine, contenant le THC, baisse car la fleur est occupée à produire des graines.
Devant cette découverte, le scientifique a donc décidé d’isoler le plan femelle. Résultat : le plant s’est mis à produire des quantités très importantes de résine – psychotropes – pour attirer une pollinisation qu’elle n’arrivait pas à obtenir. Ainsi est née la souche Sinsemilla (signifiant « sans graines » en espagnol). Le plant femelle n’est pas pollinisé, ne produit donc pas de graine mais d’énormes fleurs emplies de résine et ainsi bénéficie d’une production de THC forte et constante. De nombreux botanistes décrivent ces plants femelles, à l’origine de grande production de cannabis et en surproduction de THC comme « sexuellement frustrés ». Les deux plants fondamentaux, Indica et Sativa, pouvaient être produits en grande quantité.

Un siècle plus tard, au cours de leur guerre contre le cannabis, les Etats-Unis n’ont fait qu’implanter la pante phénomène dans leur pays. A cette époque, la production de cannabis provenait principalement du Mexique, pays exportateur vendant l’entièreté de la plante. Les consommateurs ne fumaient que très peu la fleur de Marijuana – son nom mexicain- peu vendue, mais fumaient les feuilles et la tige, dont la concentration en THC s’élevait aux alentours de 3%. Face à cette exportation de masse, le gouvernement des Etats-Unis a payé le Mexique pour jeter des pesticides sur ses propres champs de cannabis.

Résultats peu surprenants : les Etats-Unis, très demandeurs, ont commencé à en produire par eux même. Alors que l’espèce Sativa, l’une des deux souches fondamentales, ne poussait qu’en Californie, l’espèce Indica, elle, a commencé à fleurir dans tout le pays. A la fin des années 70, l’hybridation des deux plants a permis à la population de cultiver dans tout le pays mais a également rendu possible la culture intérieure grâce à la petite taille de l’Indica. Le cannabis prenait ses marques dans tous les Etats-Unis.

En Europe, après 1600, l’utilisation du cannabis se répand largement. Les Britanniques seront responsables de l’introduction de celui-ci dans ses colonies du Nouveau Monde mais également en Australie. Cette plante deviendra une grande part de leur économie en tant que culture commerciale. Jusqu’en 1928, où elle sera prohibée à échelle mondiale, la culture et consommation de cannabis s’est intensifiée, servant parfois même de monnaie. En Amérique du Nord mais également à travers l’Afrique, la plante revêt un caractère sacré et spirituel. Utilisé dans de nombreuses cérémonies religieuses, le cannabis est également à l’origine d’états de transe recherchés dans certains rites, ou encore porteur de chance lors de guerre et de déplacements. Dans certaines provinces, la pipe de chanvre pris même un sens symbolique égale à celle du calumet de la paix pour les Indiens d’Amérique.

Une plante au profil changeant

Le cannabis compte plus de 100 substances actives provoquant un effet sur le corps humain, les cannabinoides. Le principal agent actif, psychotrophe, est le tétrahydrocannabinol, plus connu sous le nom de THC. Le second est le cannabidiol, ou CBD, agent connu pour réduire l’anxiété. La totalité de ces substances affectent la motricité, la cognition, la motricité, l’appétit mais aussi la réduction du stress. Ainsi, au-delà des effets relaxants et euphorisants, le cannabis dérègle les neurotransmetteurs et ainsi la transmission des informations tout comme la coordination des mouvements.

Les récepteurs au THC se trouvant à divers endroits du cerveau, le cannabis donne l’illusion de posséder tous ses sens. Une perception sensorielle modifiée à laquelle s’ajoute la perturbation de la mémoire à court terme, engendré par la panne de l’hippocampe provoqué par le cannabis. Certains effets, comme la réduction de la douleur ou des nausées, ainsi que la régulation de l’appétit sont recherchés par les médecins qui défendent l’usage du cannabis thérapeutique. Des études montrent également la puissance du THC pour lutter contre les crises d’épilepsie en tant que substance pharmacologique.

De plus, beaucoup de cannabinoides ne sont pas psychotropes : par exemple, les flavonoides, molécules de saveur que l’on retrouve également dans le thé. Le cannabis n’est pas que cannabinoides, mais présente plus de 400 molécules donnant une identité particulière à la plante selon leurs régulations. On peut par exemple retrouver du caryophyllene apportant selon sa présence un goût poivré plus ou moins important. En effet, le composé est celui que l’on peut retrouver dans le poivre mais également le clou de girofle et la cannelle. La célèbre variété Super Lemon Haze, elle, se différencie pour son goût prononcé en citron, et ceci grâce au limonène, que l’on retrouve comme composant majeur de l’écorce de citron. Des profils chimiques complexes et diversifié s’adaptant aux souhaits des consommateurs.

Un phénomène à double tranchant

Cependant, le cannabis fait face à de nombreuses irrégularités. Premièrement, la génétique n’est pas régulée. Conséquence : les consommateurs ne peuvent jamais réellement savoir ce qu’ils achètent, et ainsi ne peuvent prévoir les effets. De plus, les termes utilisés pour classifier les souches ne donnent que l’illusion d’être scientifique. Les termes Indica et sativa, utilisés pour décrire n’importe quelle souche, devrait nous informer sur le pourcentage de Sativa (à l’effet énergétique) et celui d’Indica (à l’effet léthargique). Cependant, les pourcentages exposés par les commerçants ne sont pas véridiques : les multiples hybridations rendent impossible la connaissance exacte des composants d’une souche. Les tests génétiques sont d’autant plus impossibles qu’il n’existe plus de souche indica ou sativa pure permettant de jauger.

Le nom des plants est lui aussi illusion : comme susdit, la génétique n’étant pas régulée, il est tout à fait possible de mettre le même nom pour différentes souches, au hasard. Pour combattre ceci, il s’agirait de régulariser, et donc de légaliser. Les Pays-Bas ont adopté ce fonctionnement : en analysant autant que possible les souches, chaque dénomination est désormais officielle et réponds à un profil chimique constant.

Un autre problème se présente également : en consommant des fleurs, la population s’habitue à une haute teneur en THC. Ainsi, les taux de THC des producteurs s’envolent, afin de répondre à la demande sans cesse croissante. Cependant, les agents THC et CBD étant connectés, plus il y a de THC moins il y a de CBD. Auparavant, les plants contenaient environs 12 fois plus de THC que de CBD. Aujourd’hui, la plupart des plants ont 250 fois plus de THC que de CBD. Les conséquences sont catastrophiques; paranoïa, anxiété, crise de panique et malaise.

Une question de légalisation

Les débats font rage. Alors que certains états comme la Californie, les Pays-Bas, l’Autriche , l’Afrique du Sud ou encore le Colorado ont légalisé le cannabis, d’autres comme le Maroc ou la France débattent sur sa légitimité. Ainsi, beaucoup se sont étonnés de voir fleurir des coffee shop en France. Une erreur de législation ? Pas du tout !

Ces coffee shop ne vendent en effet pas de cannabis psychotrope, mais des produits extrait du chanvre, présentant moins de 0,2% de THC et présentant de très hautes doses de CBD, réduisant l’anxiété. Dans l’usage médical, c’est le CBD, cannabidiol, qui intéresse. Comme le CBD interagit avec les récepteurs, il active et améliore la réponse naturelle du corps à la douleur et l’anxiété. Le CBD fait diminuer les inflammations mais également ignorer la douleur au système nerveux.

Cependant, comme le revendiquent de nombreuses manifestations et de nombreuses études, la consommation n’est jamais sans danger. Il est démontré que le risque de schizophrénie, psychose et maladies mentales est largement accru. Beaucoup d’effets restent encore inconnus pour cette plante mondialement consommée.

Publié le mercredi 15 août 2018 à 12:33, modifications mercredi 15 août 2018 à 10:28

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