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Barack Obama : Quel bilan après 8 ans à la Maison Blanche ?

Après huit années passées à la Maison blanche, Barack Obama laisse les clés d’une Amérique qui a surmonté la crise, mais qui n’a pourtant pas chassé ses vieux démons, comme le racisme ou le port d’armes. Finalement, la situation des Etats-Unis est-elle meilleure aujourd’hui qu’il y a huit ans ? Voici des éléments de débats.

De manière générale, les observateurs s’accordent à convenir qu’il s’agit d’un bilan «globalement positif». Toutefois, certains admettent que Barack Obama n’a pas toujours été à la hauteur des espérances.

Il s’agit en tout cas d’une trajectoire très originale, pour un homme qui était un parfait inconnu quelques années avant son élection. Phénomène jusqu’alors inimaginable en France où les candidats à l’élection présidentielle sont toujours des vieux briscards de la politique.

En outre, Barack Obama resta un symbole, par l’accession à la présidence des États-Unis d’un Afro-Américain. Quarante ans après l’assassinat du pasteur Martin Luther King, a pu sonner comme la revanche des noirs, dans ce pays toujours hanté par ses démons racistes.

Ensemble, nous changerons ce pays et nous changerons le monde.

Par ces mots prononcés lors de la campagne présidentielle de 2008, Barack Obama promet à ses concitoyens un nouvel espoir.

Le 4 novembre 2008, il est élu 44ème président des Etats-Unis avec 53% des suffrages. Celui qui est devenu un symbole pour les minorités hérite alors d’un pays en pleine crise économique et financière, la pire depuis le krach boursier de 1929.

Huit ans porteurs d’espoir … 

A-t-on mis trop d’espoir dans le nouveau président des Etats-Unis ?

On peut le penser, notamment lorsqu’il se voit attribuer dès 2009 le Prix Nobel de la Paix. Quelques mois seulement après son investiture, il n’est pas récompensé pour une action précise, mais plutôt pour lui assigner une mission. Avec le recul, une charge dont il s’est d’ailleurs plus ou moins bien acquitté selon les sujets.

Pourtant, symboliquement Barack Obama a déjà marqué l’Histoire.

L’écrivain américain et lauréat du prix Pulitzer, Richard Ford, avait rédigé une tribune dans Libération dans laquelle il expliquait que l’élection même de Barack Obama était « l’une des plus grandes réussites à porter à son crédit et à celui du pays ».

On en parlera avec la même révérence que de la Proclamation d’émancipation. Du XIIIe amendement à la Constitution. Celui qui abolit l’esclavage, et du XIXe, qui donne aux femmes le droit de vote.

Une idée d’autant plus justifiée que Barack Obama n’a jamais porté un discours communautariste. A l’inverse, il n’a eu de cesse de se poser en président de tous les Américains.

Grâce à cela, il a permis au pays d’avancer sur la question sensible du racisme.

Avec des gestes forts de symboles, comme lorsqu’il s’est assis dans le fameux bus de Rosa Parks, cette héroïne des droits civiques qui avait refusé de céder sa place à un Blanc, en 1955.

… mais hantés par des démons racistes

Hélas, le président américain n’a pas pu renverser un constat lourd et alarmant. Celui du racisme toujours omniprésent aux Etats-Unis.

En effet, les jeunes noirs aux États-Unis ont plus de probabilité d’être abattus par des policiers que leurs concitoyens de couleur blanche.

Par conséquent, Barak Obama s’est vu reprocher, par une partie de la communauté noire, de ne pas en avoir fait assez pour lutter contre les inégalités.

Ainsi, France 24 a relevé que

L’une des voix les plus critiques à son encontre a notamment été celle de Kwame Rose. Le cofondateur de la branche locale de Chicago du mouvement Black Lives Matter. Il avait refusé, en février, une invitation du président dans le Bureau ovale.

A cela s’ajoute les nombreuses bavures policières qui se sont multipliées depuis la mort de Michael Brown à Ferguson en 2014.

Jean-Eric Branaa, maître de conférences, spécialiste des Etats-Unis, à l’université Paris-2 Panthéon-Assas, avait cependant analysé dans les colonnes du Monde :

Le problème, c’est que Barack Obama s’est toujours présenté comme le président de tous les Américains. Et a en réalité il a gouverné comme un président blanc. Il a  fait particulièrement attention de ne pas être vu comme le représentant d’une seule communauté. Barack Obama n’a pas pris le taureau par les cornes. Il n’a pas fait de la question raciale l’une de ses priorités.

Toutefois, le maître de conférences veut croire que les tensions actuelles finiront par retomber. Pour lui, l’Histoire retiendra finalement l’émouvant discours de Dallas. Et plus particulièrement son appel aux « différentes communautés à se comprendre les unes les autres ».

A cette occasion, Barack Obama avait rendu hommage aux cinq policiers abattus par un tireur le 7 juillet 2016 à Dallas, lors d’une manifestation organisée par le mouvement Black Lives Matter.

De bons résultats économiques …

Arrivé au pouvoir en pleine crise jugée d’une ampleur sans précédent depuis la grande dépression des années 1930, Barack Obama a su redresser la barre. Pourtant, les conséquences sociales de ce cataclysme financier se font toujours sentir.

Ainsi, à son arrivée à la Maison Blanche en janvier 2009, le taux de chômage s’établissait à 7,8%, flirtant même avec les 10%. Or, ce taux est aujourd’hui retombé sous les 5% et l’Amérique a retrouvé le plein-emploi.

Sur l’ensemble des deux mandats de Barack Obama, ce sont un peu moins de 11 millions d’emplois qui auront ainsi été créés, selon des données du Washington Post.

Sur le terrain économique, son bilan est incomparablement meilleur que celui de son prédécesseur George W. Bush.

A expliqué Anne Deysine, professeur à l’université Paris-Ouest Nanterre-La Défense et spécialiste des questions juridiques et politiques américaines dans les colonnes du magazine Challenges.

Barack Obama a ainsi sorti les Etats-Unis de la crise financière, en approuvant le TARP (Troubled Asset Relief Program). Il s’agit un plan de sauvetage des entreprises et des banques américaines en difficulté.

Il a également permis au pays de sortir de la récession, grâce à l’American Recovery and Reinvestment Act.

Voté dans les premiers mois de son investiture, ce plan de relance a évidemment contribué à relancer la croissance. Elle est passée -2,8% en 2009 à +2,5 % en 2010. Il a également permis de faire baisser le taux de chômage de plus de 10% en 2009 à moins de 5% en 2016.

… mais une dette aggravée

Néanmoins, croissance et baisse du chômage ont été financées par les déficits publics. Cela a conduit à une augmentation criante de la dette, à environ 19 000 millards de dollars. Un point vigoureusement reproché par les républicains, les adversaires acharnés de Barak Obama.

L’Obamacare tant désiré … 

Sur le plan intérieur, on retiendra bien sûr qu’il a réussi à imposer ce que l’on appellera désormais «l’Obamacare». Un système de protection sociale comme l’Amérique n’en avait jamais connu. En effet, quelques semaines à peine après son investiture, Barack Obama s’était lancé dans la grande réforme du système de santé. Un domaine où sept présidents avaient échoué avant lui.

Dans les faits, la réforme a porté ses fruits. Environ 16,4 millions de personnes qui étaient auparavant non-assurées ont souscrit à une couverture. Des données extraites d’une analyse gouvernementale des données de l’enquête Gallup-Healthways Well-Being Index.

La proportion de non-assurés est tombée de 20,3% à 13,2% de la population entre 2013 et 2015.

Mais avec un Congrès hostile à sa politique, Barack Obama a dû constamment se débattre pour imposer ce texte que Donald Trump veut abolir.

En effet, le prochain président n’a-t-il d’ailleurs pas nommé un ministre de la Santé hostile à l’Obamacare ?

… mais encore 30 000 personnes tuées par balle chaque année.

A l’inverse, malgré une politique plus sociale que ses prédécesseurs, Barack Obama n’a pas pu éviter le déclassement d’une partie de la population. Ces électeurs, qui sans doute par rancœur, a voté pour Donald Trump.

En revanche, Barack Obama n’a pu que constater son impuissance face au puissant lobby de la National Rifle Association (NRA). Il n’a pas réussi à réglementer l’usage des armes à feu dans un pays qui a encore une Santiag dans le Far-West.

En effet, face à un congrès tenu par les républicains, proches de la NRA, Barack Obama n’a pas pu faire évoluer la législation.

Face à ce blocage politique, il a alors décidé d’agir par décret.L’idée étant de renforcer le service qui centralise les données sur les antécédents. Améliorer la technologie de sécurité des armes à feu ou créer des postes pour mieux contrôler l’application de la loi actuelle. Et hélas ses larmes pour les enfants massacrés à Sandy Hook n’y auront rien changé.

Des accords historiques, mais en difficulté à l’international

A l’international, Barack Obama s’est illustré avec l’accord historique conclu avec l’Iran, conclu sur le fil du rasoir en juillet 2015.

Une victoire diplomatique rendue possible notamment grâce à l’arrivée au pouvoir du président iranien Hassan Rohani. Un chef d’Etat plus modéré et diplomate à l’international, que son prédécesseur Mahmoud Ahmadinejad.

Même volonté d’apaisement envers Cuba. La poignée de mains entre Barack Obama et Raúl Castro, le 10 avril 2015 à Panama, en marge du Sommet des Amériques, a marqué un tournant historique pour les deux pays.

Pourtant, Barack Obama a déçu à l’international, notamment en France.

Refroidi par le fiasco de l’après-Kadhafi en Lybie, il a finalement fait machine arrière, sur la question d’une intervention en Syrie. Et ce en dépit de l’utilisation d’armes chimiques, par le régime syrien de Bachar al-Assad. Laissant la Syrie s’enfoncer davantage dans un conflit qui a fait 310 000 morts en cinq ans.

Malgré les efforts incessants de son second secrétaire d’Etat John Kerry, Barack Obama n’aura pas non plus brillé sur le front du conflit israélo-palestinien.

En dépit d’un ultime pied de nez à Benyamin Netanyahou, avec l’abstention des Etats-Unis lors du vote du Conseil de sécurité de l’ONU sur la colonisation, sur le terrain, colonisation et attaques au couteau se poursuivent toujours.

Barack Obama : le style d’une présidence

Finalement au delà des succès et des échecs, l’Histoire retiendra le style Obama.

Barack Obama vit ses derniers jours à la tête des États-Unis. Un élément semble déjà faire l’unanimité, c’est la communication du président américain, son style ou plus largement le style du couple Obama.

En effet, le 44ème président des Etats-Unis a apporté de la fraîcheur, de l’humour, de la décontraction au sommet de l’État, sans pour autant y perdre son autorité ou son prestige.

De plus, on retiendra également l’élégance de ce couple glamour et sexy, comme on n’en avait pas vu à la Maison Blanche depuis Kennedy. La gracieuse Michelle Obama a su, elle aussi, jouer sa partition de «first lady» à merveille.

Publié le lundi 16 janvier 2017 à 10:40, modifications lundi 16 janvier 2017 à 20:20

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