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29 mai 1968 : Le jour où on perd toutes traces du président de Gaulle

Les journalistes chargés de couvrir l’actualité politique, très marquée au cours de Mai-68, « perdent » toutes traces de Charles de Gaulle pendant une journée.

Depuis les Trente Glorieuses, la France connaît une réelle prospérité, les inégalités restent fortes. Pourtant, dès le début des années 1960 des grèves éclatent et d’autres formes de contestation apparaissent. Par ailleurs, la jeunesse, qui s’ouvre à d’autres cultures, supporte mal une société figée qui ne semble pas prendre en compte ses aspirations. Les femmes, dont la place économique s’accroît revendiquent l’égalité des droits. Dans le même temps, la rigidité du régime gaulliste et, après 1965, l’usure du pouvoir font également naître une contestation plus politique. Ainsi, en mai 1968, la conjonction de ces mécontentements provoque une crise majeure. Certes sociale, mais également politique.

Quand la révolte des étudiants menace la sphère politique

Depuis son élection en 1958, le Général de Gaulle montre qu’il maîtrise l’ensemble des problèmes français et domine les événements. Pourtant, la crise de mai 1968 semble le prendre au dépourvu et le laisser désemparé jusqu’au moment où elle revêt un caractère politique qui menace la survie du régime. Le chef d’Etat donne alors successivement une réponse politique à la crise avant de tenter de proposer des remèdes sociaux à ce qui lui apparaît enfin comme une profonde crise de société.

Ainsi, à partir du 27 mai 68, la crise, jusque-là universitaire et sociale, entre dans une phase politique. Dès lors, les Gaullistes ne semblent répondre à aucun projet spécifique. De retour d’un voyage officiel en Roumanie le 14 mai, le président de la république aura alors cette phrase qui restera dans l’Histoire :

La réforme, oui, la chienlit, non..

Toutefois, le message reste sans effet. La France est en panne. Les syndicats se livrent à des dialogues de sourds. Des hommes politiques tels que Pierre Mendès France, François Mitterrand ou Waldeck Rochet se placent du côté des étudiants et des intellectuels. Syndicats ouvriers et patronaux se réunissent au ministère des Affaires sociales. Engagé dans la négociation syndicale, Georges Pompidou, alors Premier ministre, voit poindre du côté de la CGT (Confédération Générale du Travail) le début d’une crise qui menace de devenir dangereuse.

Le 27 mai à l’aube, il établit avec la CFDT (Confédération Française Démocratique du Travail) et la CGT réunies le protocole des accords de Grenelle. Ceux-ci prévoient notamment une augmentation du SMIC de 35%. Mais ces accords ne sont pas entérinés par la base syndicale et la grève continue. Ce sont quatre jours terribles, du 25 au 28 mai. La Bourse brûle, les barricades s’enflamment, les slogans assassins pleuvent.

En pleine la crise, de Gaulle disparaît

Le 29 mai, le Conseil des ministres est annulé. Officiellement le Général de Gaulle part se reposer 24 heures à Colombey-les-Deux-Eglises. Pourtant, le chef de l’Etat n’arrive pas à destination. En fait, les Français n’apprendront que le lendemain qu’il s’est rendu à Baden-Baden auprès du Général Jacques Massu, commandant des forces françaises en Allemagne. L’objectif de ce voyage :  s’assurer du soutien militaire. Le Général de Gaulle revient le lendemain pour dissoudre l’Assemblée. Une immense manifestation est alors organisée pour soutenir le président de la République.

Pourtant, malgré la victoire écrasante du camp gaulliste lors des législatives, la crise a prouvé qu’un fossé idéologique et générationnel irrémédiable s’est creusé entre les Français et Charles de Gaulle. Celui-ci étant au pouvoir depuis dix ans. Le chef de l’Etat ressort affaibli de cette crise.

Or, le 27 avril 1969 scelle le destin politique de l’homme du 18-Juin. Ayant mis son mandat dans la balance en cas d’échec du référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat, De Gaulle démissionne le lendemain de la victoire du non (par 52,4 % des voix).

Publié le mardi 29 mai 2018 à 14:24, modifications mardi 29 mai 2018 à 11:58

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