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Google met-il vraiment l’intelligence artificielle au service du journalisme ?

Accusé de contribuer au déclin de la presse et de laisser proliférer les fake news, Google promet des changements dans son traitement de l’information par l’utilisation de son expertise en intelligence artificielle. Des mesures qui laissent les spécialistes sceptiques.

Google utilisent depuis plusieurs années déjà des outils de recherches d’images, reconnaissance faciale, et de traduction qui utilisent des algorithmes très sophistiqués. Grâce au “machine learning”, l’apprentissage automatisé, les ordinateurs peuvent voir, écouter et même parler à la manière des humains. On se rapproche de plus en plus de Samantha, le robot super intelligent du film Her de de Spike Jonze.

Google, pro de l’intelligence artificielle

En récoltant et traitant d’énormes quantité de données, les machines peuvent plus rapidement et plus efficacement accomplir des tâches, qui traditionnellement, relevait de la compétence des humains. Google a vraiment effectué des progrès énormes dans la matière ces dernières années. Ainsi depuis 2015, Google Traduction peut proposer une traduction d’une image en mots dans la langue souhaitée par l’utilisateur. Autre exemple à plus grande échelle d’une utilisation de Google dans un objectif de réduction énergétique.

Le projet Sunroof, lancé en 2015, s’appuie sur Google Earth, pour examiner des données satellitaires et identifier le nombre de maisons qui, dans une zone donnée, sont équipées de panneaux solaires. Qui plus est, ce projet identifie les zones géographiques où la collecte d’énergie solaire n’est pas exploitée.

Cela a commencé avec un de nos ingénieurs vivant à Cambridge, Massachusetts, qui voulait installer des panneaux solaires sur son toit, mais il avait du mal à comprendre s’il vivait dans endroit adapté – avait-t-il assez de soleil pour que ça marche?

explique Kate E Brandt, en charge du développement durable à Google, au magazine Forbes.

Cela a abouti au développement d’un système de “machine learning” (apprentissage automatique) qui a combiné des images satellites de Google Earth avec des données météorologiques pour évaluer immédiatement si une zone était éligible aux panneaux solaires, et quelle quantité d’énergie elle peut fournir.

Intelligence artificielle et journalisme

Il a été reproché au mastodonte du net de faire apparaître en priorité seulement certains médias ou sujets. Google promet de se servir de l’intelligence artificielle dans un but noble. Le géant technologique veut aider les médias à trouver des abonnés et limiter les effets contraignants des algorithmes.

Grâce à l’intelligence artificielle, la nouvelle application Google News “fait apparaître les actualités qui vous intéressent provenant de sources fiables tout en vous offrant un éventail complet des points de vue sur les événements”, a promis le numéro un de Google Sundar Pichai, en dévoilant en détails cette nouvelle version au début du mois.

Google, qui entretient des relations pour le moins difficiles avec la presse, a multiplié ces derniers mois les annonces destinées à les apaiser. Comme Facebook, il est à la fois accusé de laisser proliférer les “fake news”, de laisser trop de contenus en accès gratuit et de capter l’essentiel des recettes publicitaires en ligne.

L’application propose donc des articles personnalisés (“Pour vous”) mais aussi des actualités importantes (“A la une”), et de favoriser les sources “fiables”, de façon à briser la fameuse “filter bubble”, ces filtres qui empêchent le lecteur d’accéder à des horizons nouveaux, le confinant dans des sphères familières.

Certains spécialistes se disent néanmoins sceptiques à l’idée de laisser toujours plus de machines effectuer le tri des contenus.

Il existe depuis longtemps un fantasme à propos des articles choisis (via des algorithmes) de façon personnalisée

estime Meredith Broussard, qui enseigne le journalisme à la New York University.

Personne n’y est jamais parvenu. Je pense que ceux qui conçoivent les actualités et les éditeurs de page d’accueil (internet) font déjà du bon travail pour ce qui est de faire le tri

dit-elle.

Avec sa nouvelle application, Google s’est aussi engagé à aider les éditeurs de presse à attirer des abonnés payants en permettant aux lecteurs de s’abonner de façon simplifiée, en utilisant leur compte Google.

Certains spécialistes reprochent cependant à Google de “concentrer ses efforts sur un nombre relativement réduit d’éditeurs de presse” et de ne pas être très transparent sur les critères permettant d’identifier des “sources fiables”.

La promesse de Google en matière de journalisme est donc à prendre avec des pincettes. Comme pour Facebook, il semblerait que les choix algorithmiques soient moins de l’ordre de l’éditoriale que d’une stratégie s’appuyant sur des objectifs commerciaux.

Publié le mercredi 23 mai 2018 à 18:12, modifications mercredi 23 mai 2018 à 18:35

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