Jeux vidéo

Quand Ubisoft préfère le “gameplay inclusif” (et les coquillages) au “sexisme historique”

Si la sortie de l’excellent mode “Discovery Tour” pour Assassin’s Creed Origins ravit les amateurs d’Histoire depuis deux jours, quelques petits “détails” pourraient tout de même les chiffonner. Peut-être pas de quoi hurler au scandale, mais au moins de quoi trouver une nouvelle illustration de la frilosité à laquelle sont parfois rendus les créateurs de notre époque pour ne pas “choquer” un certain public.

Si vous avez déjà parcouru quelques unes des visites guidées du Discovery Tour d’Assassin’s Creed Origins, alors vous aurez constaté avec bonheur qu’en plus de nous éclairer sur les faits historiques que peuvent illustrer les environnements égyptiens du jeu, certaines anecdotes sur  son développement – et notamment sur les choix qui ont dû être faits – se glissent également ici ou là.

Grâce à elles, on peut par exemple comprendre pourquoi les créateurs du jeu ont décidé de faire apparaître de la peinture sur le visage du Sphinx, comment ils ont procédé pour choisir à quoi devait ressembler la grande bibliothèque d’Alexandrie alors même qu’on n’en a jamais retrouvé la moindre représentation, etc.

Réécriture de l’Histoire ?

C’est dans ce cadre que la visite “L’éducation à Alexandrie” explique ceci dans sa troisième station :

Ici, on peut voir des garçons et des filles suivant un cours dispensé par un des rhéteurs de l’époque.

Notre équipe a choisi d’inclure des élèves des deux sexes dans l’univers du jeu. Si cette présentation est contraire à la réalité historique, l’équipe a préféré privilégier, dans le jeu, une approche inclusive rejetant le sexisme historique.

Les férus d’histoire ont certainement le poil qui s’hérisse à cette lecture.

Intitulée “gameplay inclusif”, cette station explique donc que les développeurs d’Assassin’s Creed Origins ont volontairement modifié un aspect purement historique, jetant un voile sur le sexisme de l’époque, pour implicitement ne pas nous choquer en le cautionnant… On laissera chacun juge de ce choix, mais cela pose quelques questions. Le fait de décrire une réalité historique telle qu’elle était revient-il à la cautionner ? La changer volontairement dans une oeuvre se voulant fidèle historiquement constitue-t-il une forme de révisionnisme ?

Nous sommes dans un jeu vidéo et pas dans un livre d’Histoire, me direz-vous, et l’idée étant de ne pas choquer le public d’aujourd’hui, tout cela dénote surtout l’excès de prudence qui est parfois celui de nos contemporains lorsqu’on aborde certains sujets difficiles. Mais n’oublions pas que dans les cas présent, nous sommes en face d’un mode de jeu visant à nous instruire sur un sujet historique précis et documenté, et que dans le cadre de ce Discovery Tour Ubisoft ne cache pas “l’arrangement historique” qu’il a opéré dans le jeu de base, informe sur la réalité historique et s’explique.

Cachez ce sein…

Autre détail intéressant à relever, en images encore une fois, celui des différentes statues de femmes (ici devant la grande bibliothèque d’Alexandrie) dont les poitrines nues sont recouvertes de coquillages de pudeur…

À gauche un screenshot tiré du Discovery Tour d’Assassin’s Creed Origins, à droite le même endroit mais dans le jeu de base. La différence, c’est donc que la version Discovery Tour cache les poitrines nues, ce que ne faisait pas le jeu d’origine.

Il apparaît évident que ce choix découle du fait que le Discovery Tour a notamment pour vocation d’être montré aux enfants, là où le jeu de base est déconseillé à un public de moins de 18 ans. Là où le choix des équipes de développement pose encore question, c’est dans ce qu’on devine à nouveau être une crainte autour du fait que la poitrine nue d’une statue pourrait être perçue par certains comme une image sexuellement explicite, et donc potentiellement choquante. Une prudence encore une fois bien excessive, quand on sait tous très bien que les mineurs ont bien heureusement le droit d’entrer dans les musées et de circuler librement dans des villes qui regorgent de ce genre de statues…

À travers la récente sortie du Discovery Tour, Ubisoft semble ainsi faire des choix qui, l’air de rien, rappellent dans ce deuxième cas ceux d’entreprises comme Facebook (qui entre autres censures avait supprimé le compte d’un internaute qui avait posté une image du tableau “L’origine du Monde” de Gustave Courbet), et plus généralement témoignent d’une certaine frilosité dans l’air du temps, qui peut mener parfois à confondre Art et pornographie, ou encore a réécrire l’Histoire.

Êtes-vous choqué par les choix d’Ubisoft ? Vous pouvez en discuter (dans le calme) dans les commentaires ci-dessous.

Cet article a été vu pour la premiere fois sur Gameblog.fr

Publié le vendredi 23 février 2018 à 12:23, modifications vendredi 23 février 2018 à 11:18

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