Culture

Pour les experts, il serait trop “risqué” de faire voyager la Joconde

Les plans de Françoise Nyssen, qui souhaite faire voyager la Joconde, pourrait bien être très vite contrariés.

La ministre de la culture Françoise Nyssen avait annoncé ce jeudi 1er mars qu’elle envisageait de déplacer la Joconde, en vertu d’un “grand plan d’itinérance” dont le but est de faire découvrir ces oeuvres d’arts en d’autres lieux. Elle avait rencontré dans ce cadre le président du musée du Louvre, Jean-Luc Martinez.

La Joconde est sans doute la pièce maîtresse du musée, dont elle est devenue le symbole. Seules la Vénus de Milo et la Victoire de Samothrace peuvent aujourd’hui rivaliser avec son succès, qui pousse chaque année des millions de visiteurs à venir se ruer dans la grande salle où elle est exposée. 

Mais d’après plusieurs experts, ce chef-d’oeuvre inestimable réalisé par Léonard de Vinci au début du XVIème siècle ne peut pas être déplacé sans prendre des risques considérables. En effet, cette petite toile peinte sur un panneau de bois très fragile bénéficie aujourd’hui d’un système de contrôle sur-mesure très précis de l’humidité et de la température ambiante.

Une peinture très fragile

La Joconde est exposée depuis 2005 dans un caisson avec vitre blindée. Et pour cause, les risques de dégradation sont considérables, puisque la Joconde est peinte sur un petit panneau en bois très fragiles, de seulement 77 cm de haut sur 53 cm de large. Avec le temps et l’humidité, celui s’est d’ailleurs courbé, laissant ainsi apparaître une fente qui menace aujourd’hui de dégrader la peinture au niveau du visage de Mona Lisa.

Le Louvre a déjà mis en garde par le passé contre un éventuel déplacement de la toile, qui pourrait lui causer des dommages irrémédiables. Ainsi, le musée s’est lui-même interdit de bouger la toile à l’intérieur même de son enceinte pour la grande rétrospective consacrée au 500ème anniversaire de la mort du peintre, qui aura lieu en 2019.

La Joconde a déjà voyagé par le passé

La “Gioconda” et son célèbre sourire ont pourtant déjà fait le tour du monde. Ainsi, entre 1964 et 1974, le chef-d’oeuvre de Léonard de Vinci a été exposé au Japon, en Russie et aux Etats-Unis. Mais celui-ci n’a plus quitté la salle des Etats où elle est aujourd’hui exposée depuis 1974.

10 ans auparavant, elle avait également voyagé outre-Atlantique lorsqu’André Malraux était ministre de la culture. Les conservateurs du musée s’opposaient déjà alors à son déplacement, et le Général de Gaulle avait dû lui-même s’en mêler pour autoriser ce prêt. Exposée à la National Gallery of Art à Washington, puis au MoMA à New York, elle avait alors attiré près d’1,6 millions de visiteurs émerveillés.

Mais outre ses voyages, la Joconde a également été subtilisée en 1911. C’est un ouvrier italien qui l’avait dérobée, échappant à la vigilance des gardes. Perdue pendant près de deux ans, elle avait fini par être retrouvée dans la valise du voleur. A l’époque toutefois, la peinture était loin d’avoir le succès qu’on lui connaît aujourd’hui : il aura en effet fallu 2 jours avant que l’on ne se rende compte de sa disparition !

La Joconde conserve tous ses mystères, 400 ans après

Pour le musée, un voyage de la Joconde n’est “pas d’actualité”, n’en déplaise à la ministre de la culture. Il faut dire que cette peinture est un chef-d’oeuvre inestimable, qui garde toujours une grande part de mystère. En effet, d’après le Louvre,

ni l’identité du modèle, ni la commande du portrait, ni le temps pendant lequel Léonard y travailla, voire le conserva, ni encore les circonstances de son entrée dans la collection royale française ne sont des faits clairement établis.

Mona Lisa est donc aussi mystérieuse que son célèbre auteur, dont ne sait que très peu de choses.

Selon plusieurs théories, la Joconde serait le portrait de Lisa Gherardini, la femme d’un marchand d’étoffes florentin. Léonard de Vinci l’aurait ainsi emportée avec lui lors de son voyage en France, et la Joconde serait ensuite entrée dans la collection privée du roi François Ier à la mort du peintre.

Il semble donc que la requête de Françoise Nyssen soit perdue d’avance. Son “grand plan d’itinérance” part toutefois d’une bonne intention, puisqu’à travers lui, elle souhaite “lutter contre la ségrégation culturelle“. Peut-être faudra-t-il choisir d’autres œuvres de Léonard de Vinci exposées au Louvre pour ce projet ambitieux, comme la “Sainte Anne”, “La Belle Ferronnière” ou encore “Saint-Jean Baptiste”.

Publié le samedi 3 mars 2018 à 12:36, modifications samedi 3 mars 2018 à 10:20

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