Culture

Cette toile peinte par une IA va être vendue aux enchères par Christie’s

Voici la première toile entièrement générée par IA à être vendue par la prestigieuse maison d’enchères Christie’s.

C’est une petite révolution pour le marché de l’art. En effet, lors d’une vente organisée par l’une des maisons d’enchères les plus prestigieuses du monde, Christie’s, qui aura lieu à New York du 23 au 25 octobre, une toile peinte grâce à une intelligence artificielle sera mise en vente. C’est le collectif parisien Obvious qui est à l’origine de cette IA performante, qui leur a permis de réaliser cette oeuvre.

Deux algorithmes contradictoires

Cette toile a été baptisée le Portrait d’Edmond Belamy. Elle représente un petit homme vêtu à la mode du XIXème siècle, dont le visage est particulièrement flou, ce qui donne un aspect inquiétant à la toile. Celle-ci comporte également la signature suivante sur son côté inférieur droit :

C’est la formule mathématique qui a permis de réaliser cette peinture.

 

 

 

 

Malgré son aspect particulièrement réaliste, cette peinture n’a pas été réalisée avec un pinceau et des pigments. Elle est plutôt le résultat d’un algorithme capable de créer des oeuvres d’art. Ainsi, le Portrait d’Edmond Belamy est le dernier né d’une série de peintures figurant les différents membres de la famille Belamy, tout droit sortie de l’imagination d’Obvious.

Ce dernier est un collectif parisien composé par Hugo Caselles-Dupré, Pierre Fautrel et Gauthier Vernier, dont le but est de redéfinir la place de l’artiste dans un mode où l’intelligence artificielle est de plus en plus omniprésente. Pour réaliser cette toile, ils ont eu recours à des GAN (Generative Adversarial Networks, ou “réseaux contradictoires générateurs”), des algorithmes capables de générer des images.

Le principe de ces “réseaux contradictoires” est de faire fonctionner en même temps deux algorithmes opposés. Dans le cas du Portrait d’Edmond Belamy, une première IA génératrice d’image est allée puiser dans une banque d’images de 15 000 peintures pour en créer une nouvelle, tandis qu’une deuxième, capable de discriminer en permanence entre une image artificiellement créée et une image “vraie”, a permis d’affiner les propositions jusqu’à obtenir une peinture tellement réaliste qu’elle est indissociable d’une toile authentique.

Des initiatives de plus en plus nombreuses

Pour brouiller davantage les pistes, la “peinture” d’Obvious a été imprimée sur une grande toile avant d’être placée dans un cadre doré dont les moulures rappellent le XIXème siècle. Mais ce n’est pas la première fois que l’intelligence artificielle permet d’arriver à un résultat aussi réaliste.

En effet, on se souvient de l’étude financée par Microsoft et ING en 2016, qui avait permis de créer une IA capable d’analyser le style de Rembrandt avec précision pour réaliser une nouvelle toile, nommée “le prochain Rembrandt”, quasiment indissociable des autres oeuvres du maître néerlandais.

Dans la même veine, l’IA Flow Machines avait permis de composer le morceau “Daddy’s car”, réalisé dans le style des Beatles. Cette intelligence artificielle issue du Sony CSL Research Lab avait fait grand bruit (c’est le cas de le dire !) en 2016. Mais dans tous ces cas très médiatiques, les IA se basent exclusivement sur le principe du mimétisme, ce qui pose la question de la créativité véritable des machines.

Vers un nouvel art numérique auto-généré ?

De son côté, Christie’s ne semble pas s’embarrasser de ce genre de considérations. En effet, comme l’a annoncé le responsable des ventes au sein de la prestigieuse maison d’enchères, Richard Lloyd :

C’est exactement le genre d’oeuvre que nous vendons depuis 250 ans.

Le Portrait d’Edmond Belamy a d’abord été proposé à la vente sur eBay, où il a trouvé un acquéreur pour 10 000 euros. Le collectionneur s’en est ensuite remise à Christie’s pour la revendre. Un occasion en or pour la maison, qui réalise ainsi une première mondiale en devenant la première à vendre une oeuvre d’art entièrement générée par ordinateur. 

Cette “innovation” pose toutefois de nombreuses questions. Les artistes doivent-ils craindre l’arrivée d’un concurrent aussi déloyal sur le marché de l’art, capable de les surpasser en productivité ? C’est d’autant plus important que ce critère est devenu aujourd’hui majeur pour les collectionneurs, qui souhaitent pouvoir acheter des oeuvres en quantité, souvent pour des considérations liées à la défiscalisation. Le Portrait d’Edmond Belamy pourrait donc marquer l’entrée dans une nouvelle ère où même les artistes ont du souci à se faire sur la pérennité de leur métier. 

Publié le mercredi 29 août 2018 à 14:02, modifications mercredi 29 août 2018 à 12:50

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