Culture

Entre censure et dénonciation, le Manchester Art Gallery fait polémique

Une peinture remplacée par une feuille dénonçant la représentation du corps des femmes dans l'art suscite de vives réactions.

Le Manchester Art Gallery crée la polémique en voulant questionner la place de la femme dans l’art. Entre censure et performance artistique, les avis sont partagés.

Depuis le 26 Janvier, le tableau préraphaélite Hylas et les Nymphes de John William Waterhouse a été enlevé de la salle “Recherche sur la Beauté” du Manchester Art Gallery en Angleterre. En lieu et pour simple justification se tient une feuille sur laquelle les raisons de cet acte sont expliquées. On peut lire entre autre:

Cette galerie présente le corps des femmes soit en tant que “forme passive décorative” soit en tant que “femme fatale”. Remettons en cause ce fantasme victorien!

Cette galerie existe dans un monde traversé par des questions de genre, de race, de sexualité et de classe qui nous affectent tous. Comment les œuvres d’art peuvent-elles nous parler d’une façon plus contemporaine et pertinente?

Une contemporanéité qui censure?

Il semblerait que cet acte soit issu d’une performance de l’artiste Sonia Boyce. Elle est enseignante au sein de plusieurs universités d’Art d’Angleterre et artiste aux nombreuses collaborations. Au cœur de son travail, se trouve une étude sur le son, la mémoire, les dynamiques de l’espace et l’intégration des spectateurs à ses créations.

Ce projet lui, s’inscrit dans une démarche de réflexion et de participation du public.  Comme une ouverture de débat, elle invite le public à partager son opinion sur le corps des femmes dans l’art à travers l’utilisation de Post-it fixés autour de cette affiche, pour remplacer l’oeuvre.

Ce qui choque? La présence des 3 femmes nues comme symboles de la beauté. Cette salle, dit même la conservatrice du musée, n’est constituée que de tableaux représentant des femmes nues, peintes par des hommes. Ce sont les hommes qui proposent leurs représentations dans la pièce nommée “Recherche de la beauté”. En effet,  cela est problématique dans ce contexte de modernité dans lequel veut s’inscrire le musée.

Ce qui ressort de cette participation du public, c’est l’indignation d’un tel acte que certains jugent de pure censure. Beaucoup y voient un essai de contextualisation de la part du musée qui au fond ne souhaiterait que censurer l’art. Malgré tout, certains se prennent au jeu et amorcent une véritable réflexion.

Une oeuvre du XIXè siècle pour exprimer une problématique contemporaine?

Il est indéniable que ce projet conjoint de l’artiste Sonia Boyce et de la conservatrice militante Clare Gannaway s’inscrit dans une réflexion actuelle sur la place de la femme dans le monde, et n’est pas sans faire écho aux dernières controverses liées au monde de l’art, notamment la polémique autour de Chuck Close qui pose la question d’exposer l’homme ou l’artiste.

Est-ce moral pour un Musée de conserver les œuvres d’un artiste dont le comportement laisse à désirer? Il faut tout de même rappeler que l’oeuvre en question, Hylas et les Nymphes, date de 1896. Elle est l’expression picturale d’un mythe dans lequel Hylas est attiré dans les profondeurs d’un bassin, par trois Nymphes séduites par sa beauté.

Cet acte, considéré comme censure par la majorité, et revendiqué comme dénonciation par l’artiste en question ne laisse en tous les cas pas indifférent. L’un des critiques d’art du magazine The Guardian, Jonathan Jones, a même écrit à propos de cette performance. Selon lui, cette oeuvre, bien que qualitative, n’est pas un chef-d’oeuvre et n’est pas la plus adaptée à produire l’effet voulu.

D’autres parts, si cette oeuvre est enlevée, alors d’autres plus “agressives” devraient suivre. Par exemple la Vénus de Velàzquez, ou les œuvres de Picasso, dont le comportement n’était pas des plus respectables envers les femmes.

Les femmes sont aux cœurs des débats, et s’affirment sur tous les fronts. Bien que l’expression artistique soit l’une des plus belles armes qui existe pour s’exprimer, il faut veiller à ne pas intenter de mauvaises intentions à toute forme d’expression, et à ne pas confronter inutilement les époques.

 

 

Publié le vendredi 2 février 2018 à 16:36, modifications vendredi 2 février 2018 à 15:57

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