Ciné

Thelma en Blu-ray : laissez-vous ensorceler

Plutôt discret lors de sa sortie dans les salles françaises (près de 34 000 entrées), « Thelma » vaut pourtant le coup d’œil. Bien qu’il ne soit plus à l’affiche, les curieux pourront se rabattre sur le Blu-ray disponible dès le 4 avril 2018.

À la réalisation de ce drame norvégien de 116 minutes se tient Joachim Trier. Connu pour des films tels que Nouvelle donne (2006), Oslo, 31 août (2011) et Back Home (2015), il a remporté de multiples récompenses lors des diverses éditions de la cérémonie Amanda Awards. Le Festival de Cannes ne l’a pas non plus ignoré puisque son œuvre datant de 2015 a été nommée pour la Palme d’Or. Autrement dit : Trier n’est pas ce qu’on pourrait qualifier de « nouveau venu » et, grâce à Thelma, il prouve une nouvelle fois que sa renommée n’est pas injustifiée.

Thelma : quand l’inconscient fait des ravages

Le récit d’apprentissage s’ouvre sur une scène qui en laissera pantois plus d’un. Il s’agit là d’une introduction idéale tenant le public en haleine et plantant le décor d’une œuvre aux allures bien mystérieuses. Suite à une ellipse narrative, une étudiante timide, introvertie et en quête d’autonomie est présentée. Pourtant éloignée de la maison familiale après avoir rejoint une université d’Oslo, l’influence des parents dévots de Thelma (Eili Harboe) n’en demeure pas moins omniprésente. Leurs règles ne cessent de l’étouffer et l’empêchent de profiter pleinement de son existence. Son armure se fissure lorsque, suite à une crise possiblement épileptique, elle fait la connaissance d’Anja. S’ensuit un rituel de tentations et de séduction qui s’instaure entre les deux femmes. Thelma se prend au jeu de la « vie étudiante » typique en consommant de l’alcool et fumant des cigarettes. Pourtant, plus cette dernière lâche prise, plus des événements étranges se manifestent autour d’elle tandis que ses crises s’accroissent. Il lui faut alors se replonger à la racine, soit un sombre et trouble passé.

Optant davantage pour une approche psychologique et contemplatrice que démonstrative, l’homme prend le risque de s’aliéner une partie des spectateurs (notre critique). Les éléments fantastiques sont implantés au goutte-à-goutte, et obligent l’audience à se montrer (très) patiente avant que la moindre explication soit fournie. Diagnostiquée comme souffrante de crises psychogènes non épileptiques, l’étudiante est un personnage complexe empêchant tout raisonnement manichéen. Pour cause : étant dotée de facultés surnaturelles qu’elle ne contrôle pas, peut-on la blâmer pour leurs conséquences désastreuses ? En dépit de ce questionnement, il est aussi impossible de la percevoir telle une innocente puisqu’elle a entraîné la disparition et la mort d’individus. La foi et le comportement répressif de ses géniteurs s’en trouvent ainsi « justifiés », à l’instar de leurs sentiments partagés entre amour et crainte à l’égard de leur fille.

L’œuvre cinématographique s’achève dans une nuance de gris, s’épargnant toute morale hollywoodienne. Le public n’a d’autres choix que de mesurer lui-même les enjeux qui lui ont été soumis. Malgré cette approche intéressante, les derniers instants manquent d’envergure et de peps. Si opter pour une fin ouverte est un choix artistique qui se défend, un suspens mieux amené et plus prenant aurait été de mise. À moins qu’une suite ne soit un jour d’actualité, une légère frustration marquera les esprits de ceux ayant tenté l’aventure. Ce ressenti est heureusement contrebalancé par l’interprétation grandiose de l’actrice principale qui vaut à elle seule le détour.

Loin d’être aussi horrifique que L’Exorciste dirigé par William Friedkin (1974), Thelma en possède des caractéristiques notamment en opposant la religion au surnaturel. Le film fait aussi écho à Carrie de Brian De Palma (1976) en ajoutant à ces ingrédients des pouvoirs télékinésiques et une sexualité émergente.

Les éditions disponibles

Distribué en France en Blu-ray et DVD par Le Pacte, la Grande Bretagne fait partie des rares autres élus à bénéficier de Thelma sur la galette bleue. D’ailleurs, la différence entre les jaquettes des deux pays est particulièrement visible. Tandis que l’édition anglaise met l’accent sur l’aspect mystérieux et fantastique, l’illustration du disque français laisse imaginer une œuvre plus tournée vers l’horreur.

De gauche à droite : DVD, Blu-ray, Blu-ray anglais

Test Vidéo/Audio

Le Pacte n’en est pas à sa première réussite en matière de Blu-ray ! Thelma bénéficie d’une définition irréprochable, instaurant une sensation de profondeur agréable. La reproduction des couleurs n’en est pas moins exemplaire puisqu’elle parvient aisément à restituer la palette de gris et de bleus. Les tons plus explosifs ne souffrent aucunement du style visuel propre à Joachim Trier.

Bien que deux pistes sonores soient disponibles, quatre options sont mises à disposition. La première est le visionnage de la version originale en DTS-HD 5.1, et la seconde est le doublage des équipes de New Connection bénéficiant du même encodage. L’audio français est également offert avec des sous-titres pour sourds et malentendants, ainsi qu’en audiodescription. Précises, immersives et dynamiques, elles parviennent à reproduire la musique envoûtante du compositeur Ola Fløttum. La spatialisation est maîtrisée, permettant à de nombreux sons de se distinguer de la masse. Comme toujours, la piste dans la langue originale est à préférer pour des interprétations plus naturelles et sincères.

Des bonus dénués d’approfondissement

Il n’est pas toujours aisé de rassembler suffisamment de suppléments pour contenter le public. Cette vérité est particulièrement valable pour les métrages plus indépendants, qu’il s’agisse d’une question de budget, d’un choix ou tout simplement d’absence de matériel. Thelma tombe aisément dans cette catégorie où le spectateur reste sur sa faim.

  • Modules making-of (5:46 min) : six featurettes afin d’aborder le prologue, la scène de la boîte de nuit, l’opéra, la piscine, le baiser et la fin. Malheureusement, les extraits du film occupent environ 50% du temps et le reste n’apporte aucune information.
  • Galerie de projets d’affiche (54 secondes) : 15 affiches sont présentées sur un fond musical. Variées, certaines font preuve d’une originalité indéniable.
  • Bande-annonce (1:30 min) : en HD.

Finalement, la galerie est le bonus le plus intéressant. Ce qui est étonnant est que le Blu-ray anglais propose des extras supplémentaires dont une interview au cours de laquelle Joachim Trier revient sur le casting et ses inspirations durant neuf minutes. De plus, Eili Harboe s’est aussi livrée durant près de 6 minutes afin de discuter de l’attraction qu’elle ressent pour son personnage et son travail auprès de l’équipe. Enfin, le disque partage la bande-annonce de Oslo, 31 août et de Back Home.

Cet article a été vu pour la premiere fois sur Cineserie.com

Publié le mercredi 4 avril 2018 à 14:51, modifications mercredi 4 avril 2018 à 14:40

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