Ciné

Le réalisateur de L’Exorciste a filmé un vrai exorcisme à plus de 80 ans

Pendant 36 ans, le Père Gabriele Amorth fut l’exorciste en chef du Vatican et du diocèse de Rome, ce jusqu’à sa mort en septembre 2016 à l’âge de 91 ans.

Ses confrontations avec Satan le rendirent célèbre à travers le monde. Son nom n’a bien sûr pas échappé au célèbre réalisateur William Friedkin, qui fit de L’exorciste une œuvre planétaire. Notons toutefois que le réalisateur ne s’était pas particulièrement documenté sur l’exorcisme avant de réaliser son film. Il s’était « contenté » d’adapter le roman de William Peter Blatty, publié en 1971.

Un film culte

En 1974, William Friedkin offrait au monde l’un des films d’horreur les plus effrayants de tous les temps : L’Exorciste. Tout le monde a déjà vu ou entendu parler de Regan. Pour autant, revenons 44 ans en arrière… L’histoire commence en Irak. Le Père Merrin est profondément troublé par la découverte d’une figurine du démon Pazuzu. S’en suivent de terribles visions. C’est parallèlement à Washington que la maison de l’actrice Chris MacNeil se voit troublée par d’étranges phénomènes. Des grattements provenant du grenier la réveillent tandis que le lit de sa fille Regan bouge tout seul. Quelques jours plus tard, alors que l’actrice donne une réception, sa fille descend et profère des menaces de mort au réalisateur Burke Dennings. S’en suivent des crises effrayantes, entre descente d’escaliers à l’envers, vomissements et masturbation avec un crucifix. En proie à la panique, la mère contacte alors un exorciste, le Père Damien Karras, qui officia avec le Père Merrin. L’homme fera tout ce qui est en son pouvoir pour libérer Regan du démon qui l’habite.

Première rencontre entre Amorth et Satan

Le 3 février 2012, le Père Amorth livrait au site Libero sa première rencontre avec le Diable. Qu’on y croit ou non, ses récits et témoignages demeurent très troublants…

Soudainement, j’ai eu la sensation claire d’une présence démoniaque devant moi. Je sentais ce démon qui me fixait, me scrutait, se déplaçait autour de moi. L’air était devenu froid. Un confrère m’avait prévenu de ces brusques changements de températures. Mais c’est une chose d’en entendre parler et une autre d’en faire soi-même l’expérience. J’ai essayé de me concentrer. J’ai fermé les yeux et ai continué ma supplication par cœur : « sors donc rebelle. Sors, séducteur, plein de pièges et de mensonges, ennemi de la vertu, persécuteur des innocents. Laisse ta place au Christ, en qui il n’y a aucune de tes œuvres ».

En mai 2015, le Père déclarait au site Luce di Maria que les exorcistes devaient interroger le Diable, bien qu’il soit le Menteur par excellence. Leur travail consiste ainsi à filtrer les réponses du démon, sachant toutefois que le Seigneur impose parfois au Mal de dire la vérité… Satan a en effet été vaincu par le Christ et est contraint d’obéir aux disciples qui agissent en son nom. Révéler son nom devient donc une grande humiliation pour le Diable. Un signe de défaite puisqu’il y est contraint et forcé. Satan cherchera alors à se venger et c’est à ce moment-là que l’exorcisme peut devenir dangereux. Ainsi donc la pratique doit s’en tenir aux questions autorisées par le Rite. En aucun cas la conversation ne doit être menée par le Diable.

La rencontre de deux grands hommes

Dans le cadre de son documentaire The Devil and Father Amorth, Friedkin a bien entendu rencontré le célèbre Père. Selon ce dernier, le film l’Exorciste était d’ailleurs des plus réalistes en dehors des effets spéciaux.

Amorth pensait que mon film aidait les gens à comprendre son travail.

Tel qu’il l’expliquait au 69éme Festival de Cannes, le réalisateur en revient donc à son premier amour, le documentaire, auquel il s’est formé dans les années 60. C’est ainsi qu’il s’est rendu à Rome pour filmer un véritable exorcisme !

Dans les années 70, il était ardu de trouver de la documentation au sujet de l’exorcisme. Il n’existait aucune recherche sur le sujet, mis à part les livres du Père Amorth justement. Certes, mais au Vatican ! Côté États-Unis, seuls deux cas de possession furent rapportés au cours du XXéme siècle.

La loi du silence

Selon le réalisateur, cela était dû à l’Église qui gardait le silence sur le sujet. Friedkin avait par ailleurs déclaré, au sujet de son documentaire :

Au Vatican, ils n’essayent pas d’en faire la publicité ou de le promouvoir. Je pense même qu’ils ne prendront aucune position sur ce nouveau film. Ils ne commentent jamais ce type de choses.

C’est ainsi que le Père Amorth, qui accepta d’être la star du documentaire, opéra de manière très indépendante vis à vis de l’Église. L’homme se montrait parallèlement critique au sujet du Vatican. Amorth avait en 2009 confié à Urlo Magazine que le Diable, malgré son intelligence supérieure, avait préféré descendre aux Enfers pour prouver être plus fort que Dieu. La rébellion étant pour Satan un signe de victoire et de supériorité, certains se demandent s’il n’en était pas de même pour le Père. Contrer l’Église en usant de l’exorcisme et ainsi prouver au monde qu’il gagnait la bataille… Le pauvre homme ne faisait pourtant que sauver des vies. Placebo ou non, il aura débarrassé ses fidèles du démon jusqu’au seuil de la mort.

Un héritage

Friedkin s’est avoué choqué d’avoir si facilement pu assister à un véritable exorcisme. Lui qui ne pensait pas avoir un jour l’honneur de rencontrer le Père Amorth tant ce dernier était occupé, le vit œuvrer avec une facilité déconcertante ! Et pour cause… L’homme défiait le Diable quotidiennement sans ne jamais abandonner l’un de ses fidèles. Sentant la mort approcher, il souhaita transmettre ses connaissances et prouver au monde que l’exorcisme était tout sauf une usurpation.

Je l’ai accompagné à un moment où il souhaitait que l’opinion publique devienne consciente de son travail. L’objectif était d’inciter le Vatican à entraîner de nouveaux exorcistes. Il pensait que j’avais assez de crédit pour m’emparer de son histoire, que je serai capable de toucher le public.

L’exorcisme moderne

Friedkin confie avoir dû tourner seul avec une caméra haute définition, sans équipe ni lumière pour ne pas perturber le travail du Père. Ce fut une expérience terrifiante pour le réalisateur qui se trouva peu à peu pris d’empathie pour Rosa, la femme exorcisée par le Prêtre une fois par mois.

L’Exorciste, qui avait raflé quatre Golden Globes en 1974, continue de hanter les plus grands et d’effrayer les plus jeunes. Même si certains disent que « ça a mal vieilli » ou que » ça fait même pas peur » ! Qu’en sera-t-il alors du documentaire à venir ? Frissons garantis via le réalisme évident ou déception cuisante pour les fans de toujours ?

La date de sortie n’étant pas encore connue en France, pourquoi ne pas se refaire L’Exorciste en attendant ?

Publié le mercredi 21 mars 2018 à 18:07, modifications mercredi 21 mars 2018 à 18:15

Vous aimerez aussi

Participer:

Proposer une correction Ecrire un article sur le sujet

Suivez-nous:

Discuttez !

En direct