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Ready Player One : grand retour du maître à la science-fiction et l’aventure

Avec « Ready Player One », Steven Spielberg signe un retour magistral à la science-fiction. Il serait dommage de rater cette œuvre profondément riche et personnelle au cinéma.

Deux mois après Pentagon Papers, Steven Spielberg est déjà de retour avec Ready Player One. Avec cette adaptation du roman d’Ernest Cline, le cinéaste revient enfin à la science-fiction, genre qu’il avait délaissé depuis La Guerre des Mondes, sorti en 2005.

Il nous emmène cette fois-ci à Colombus, dans l’Ohio, en 2045. La Terre souffre alors d’une crise énergétique et la plupart des gens se réfugient dans l’OASIS, une réalité virtuelle aux possibilités infinies créée par le milliardaire James Halliday et son ancien associé Ogden Morrow. À sa mort, Halliday réapparaît virtuellement pour annoncer que son héritage de 500 milliards de dollars est en jeu. Pour tenter de remporter cette somme et devenir propriétaire de l’OASIS, les participants devront réussir une chasse à l’œuf. Parmi eux, Wade Watts, alias Parzival, va voir sa vie basculer en participant à l’aventure.

Ready Player One : Critique du film de Steven Spielberg.

Un émerveillement permanent

Dès la présentation de l’OASIS dans les premières minutes, le spectateur est happé dans un univers duquel il sera difficile de sortir. Dans son introduction aussi effrénée que le reste du film, Spielberg parvient à planter son contexte sans difficulté, ayant recours à une voix off jamais agaçante qui accompagne parfaitement les somptueuses images.

Si l’on est bluffé par la mise en scène immersive du cinéaste, il n’y a pourtant pas de quoi se réjouir à la vue du monde de 2045. Comme dans le roman, Wade vit sur une pile de mobile-homes. Le besoin que les habitants ont de s’échapper dans l’OASIS est palpable en quelques secondes lorsque Wade descend les piles pour aller se réfugier dans sa planque entourée de taule.

Puis, lorsqu’il se connecte à l’OASIS, le spectateur découvre à travers les lunettes du jeune héros un univers que l’on pensait difficilement adaptable au cinéma. C’était sans compter sur le talent de Spielberg, qui parvient à capter l’essence du monde créé par Cline tout en se l’appropriant. Tout comme le roman, Ready Player One regorge de références à la pop culture. Néanmoins, là où l’ouvrage traînait parfois en longueur pour en expliquer certaines, elles ne font qu’alimenter le récit dans le long-métrage.

Ready Player One : Critique du film de Steven Spielberg

Rarement appuyées, ces références régaleront ceux qui baignent dans la pop culture mais ne perdront jamais les autres. Bien au contraire, elles ne font qu’embellir des scènes d’action virtuoses et toujours lisibles, qui ne tombent jamais dans la reprise artificielle. L’un des gros points forts de Ready Player One tient dans sa capacité à enchaîner les séquences innovantes et bourrées d’idées de mise en scène. Même lorsqu’il cite ouvertement un long-métrage, le film s’en démarque pour mieux affirmer sa singularité. Cela ne fait que renforcer le propos sur les influences, nécessaires pour se construire mais qui ne doivent jamais prendre le pas sur la créativité d’un créateur ou d’un artiste.

Un joli pas vers le futur

La capacité qu’a Spielberg à se renouveler sur Ready Player One tout en reprenant ses propres codes prouve à quel point le film est prometteur pour les années à venir. Si l’on avait l’impression que les blockbusters récents étaient pour la plupart aseptisés, Steven Spielberg nous rappelle qu’il est possible d’allier divertissement pur et réflexion profonde.

Le spectateur plonge dans l’aventure avec le même plaisir que celles mises en scène par Joe Dante (L’aventure intérieure) ou Richard Donner (Les Goonies), anciens complices de Spielberg. Il y retrouve le même esprit d’entraide à travers Parzival, Artemis et leurs compères, que l’on découvre essentiellement par leur manière de jouer.

Tout en jouant en permanence sur la notion de souvenir et de mémoire, le film réussit à marquer immédiatement et considérablement le spectateur. Que l’on aime ou non, Ready Player One demeure une expérience rare et mémorable, ne serait-ce que pour la vision du XXIe siècle que le film propose. Malgré sa légèreté apparente, le film est une dystopie effrayante sur le pouvoir grandissant des corporations vis-à-vis des nouvelles technologies. Le personnage de Ben Mendelsohn, homme d’affaires blasé qui joue à un jeu sans en comprendre les codes, illustre parfaitement ce sujet. La vision d’IOI, l’entreprise qui l’emploie et souhaite récupérer l’OASIS, est assez terrifiante. Les grandes salles où les employés jouent de façon robotisée rappellent d’ailleurs l’esthétique du glaçant Minority Report.

Ready Player One : Critique du film de Steven Spielberg.

Néanmoins, l’optimisme et l’humanisme que l’on reproche souvent à Spielberg sont eux aussi présents. L’idée de se révolter contre les entreprises cyniques prend de l’ampleur lors du superbe assaut final. Dans cette incroyable séquence, Steven Spielberg révèle l’importance de la réalité virtuelle, et plus globalement de la pop culture sur ses passionnés. L’OASIS n’est alors plus seulement vu comme un refuge mais également comme un lieu d’expression où il semble plus facile de faire valoir ses idées que dans le monde réel désincarné du film. En se révoltant dans cet univers, les héros interprétés par Tye Sheridan, Olivia Cooke, Lena Waithe, Philip Zhao et Win Morisaki se donnent une chance d’améliorer leur monde réel.

De nombreuses thématiques chères à Spielberg transparaissent dans Ready Player One

Certains verront une part de l’identité du réalisateur dans la personnalité de James Halliday. D’autres la retrouveront dans celle de son compère Ogden Morrow, voire même dans celle de Wade, qui ressemble fortement au cinéaste jeune. Gamer depuis de nombreuses années, Steven Spielberg est cet enfant que l’on découvre dans une chambre d’ado dans la bouleversante conclusion.

Ready Player One : Critique du film de Steven Spielberg.

Lorsque James Halliday évoque certains regrets, l’émotion fait une entrée fracassante dans le récit. Alors que le spectateur s’était laissé emporter dans une course effrénée et un soulèvement magistral des joueurs de l’OASIS, Steven Spielberg parvient à le chambouler dans les dernières minutes. Génie enfantin mais extrêmement ambitieux, le cinéaste confronte sa personnalité de réalisateur passionné depuis l’enfance à celle d’entrepreneur à succès, prêt à certains sacrifices pour réussir. Les rares apparitions des excellents Mark Rylance et Simon Pegg témoignent à merveille de cette mise en abîme lucide et emprunte de mélancolie.

Ready Player One en devient ainsi un blockbuster extrêmement personnel, qui réussit à transcender son matériau d’origine. Le long-métrage va au-delà de nos attentes tant il réussit à nous combler à tous les niveaux, aussi bien sur la forme que le fond. C’est simple, la première envie qui nous vient en sortant de la salle, c’est d’y retourner illico pour se replonger dans cette œuvre d’une richesse inouïe.

 

Ready Player One de Steven Spielbergen salle le 28 mars 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

Cet article a été vu pour la premiere fois sur Cineserie.com

Publié le mardi 27 mars 2018 à 15:06, modifications mardi 27 mars 2018 à 16:59

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