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La Quinzaine des réalisateurs, section défricheuse de Cannes, fête sa 50e édition

Paris – Elle est née après mai 68, portée par des cinéastes épris de liberté: la Quinzaine des réalisateurs, section parallèle du Festival de Cannes, fête cette année sa 50e édition, continuant à porter haut sa volonté de faire découvrir des films de tous horizons.

Cet anniversaire, célébré lors du prochain festival, s’ouvre déjà avec un livre sorti à la mi-mars, et une rétrospective, qui débute ce mercredi à la Cinémathèque française, des films de la première édition en 1969. Y avaient été montrés pas moins de… 65 longs métrages.

Cinéma en liberté

C’est après l’affaire Henri Langlois en 1968 – du nom du directeur de la Cinémathèque limogé puis réintégré à la suite d’un mouvement des cinéastes – et l’annulation du Festival de Cannes en mai 1968, voulue par plusieurs réalisateurs, que cette manifestation a vu le jour en 1969. Organisée par la naissante Société des réalisateurs de films (SRF), elle a d’abord été baptisée « Cinéma en liberté ».

Devant le refus du Festival de Cannes de revoir ses règlements comme le demandait la SRF, le réalisateur Jean-Gabriel Albicocco, chargé de mener les discussions, « a dit qu’on créerait un festival et on a décidé de le faire« , raconte à l’AFP Pierre-Henri Deleau, alors jeune cinéphile de 26 ans devenu délégué général de la manifestation, en charge de la sélection, un poste qu’il occupera pendant trente ans.

Tout ça s’est fait dans une aspiration à respirer plus large, et surtout à penser que les films naissent libres et égaux entre eux. L’idée, c’était que l’on présenterait aussi bien des films du Sénégal qu’un grand film américain ou italien.

Ajoute-t-il.

« La Quinzaine, c’est mai 68, mais c’est aussi l’arrivée de tous les nouveaux cinémas qui venaient d’Europe de l’Est, d’Asie, d’Afrique, d’Amérique du sud, et même des Etats-Unis », renchérit Bruno Icher, auteur du livre « La Quinzaine des réalisateurs, les jeunes années 1967-1975 », et membre du comité de sélection.

Aidé par quelques réalisateurs, Pierre-Henri Deleau, qui n’avait jamais mis les pieds à Cannes, va alors rassembler des films dans des conditions chaotiques, allant jusqu’à montrer en ouverture… deux films qu’il n’avait jamais visionnés, tout juste amenés par un jeune réalisateur cubain.

J’y suis allé avec une belle inconscience.

Reconnaît-il.

Franc-tireur

Organisée au départ dans deux cinémas cannois, la manifestation se fait dans une ambiance pleine d’effervescence, où l’on se retrouve pour discuter à bâtons rompus et où l’on enchaîne parfois cinq projections, certains spectateurs, pieds nus, se repassant même leurs chaussures pour entrer dans les salles…

Lors de cette première édition, sont présentés des films du Japonais Nagisa Oshima, de l’Italien Bernardo Bertolucci, des Américains Susan Sontag et Roger Corman, du Brésilien Glauber Rocha, ou des Français Philippe Garrel, Robert Bresson, Louis Malle

Dans les années suivantes, l’Allemand Werner Herzog fera partie des cinéastes découverts par la Quinzaine, tout comme les Américains George Lucas ou Martin Scorsese – que Pierre-Henri Deleau suppliait les journalistes d’aller rencontrer pour Mean Streets ! -, mais aussi le Burkinabè Idrissa Ouedraogo ou le Sénégalais Djibril Diop Mambety.

S’ajoutent à la liste les frères Dardenne, Jim Jarmush, Bruno Dumont, Ken Loach ou Michael Haneke, ou plus récemment la Franco-turque Deniz Gamze Ergüven (Mustang) et le Français Thomas Cailley (Les Combattants).

La création en 1978 de la section Un certain regard, appartenant à la sélection officielle et chargée de découvrir de nouveaux talents, viendra cependant compliquer la tâche de la Quinzaine, prise également en tenailles entre la compétition et la Semaine de la critique, dédiée aux premières oeuvres.

Aujourd’hui, « découvrir un film magnifique, inconnu des autres, c’est très difficile », reconnaît Bruno Icher.

Pour son délégué général actuel Edouard Waintrop, qui partira cette année, la manifestation a aussi perdu son « effervescence » des débuts, notamment car « la volonté de changer le monde a quand même beaucoup régressé ».

Mais la Quinzaine, section non compétitive, « reste franc-tireur » et a gardé « sa liberté par rapport aux institutions massives du cinéma », estime-t-il.

Pour Pierre-Henri Deleau, si « la concurrence entre les différentes sections est exacerbée », la Quinzaine reste « incontournable ».

C’est le off du Festival et c’est très bien comme ça.

Cet article a été vu pour la premiere fois sur Cineserie.com

Publié le jeudi 29 mars 2018 à 17:08, modifications vendredi 30 mars 2018 à 17:40

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