Ciné

Le doute et « La prière » s’invitent à la Berlinale

« N’étant ni croyant, ni pratiquant, je ne pouvais entrer dans ce film qu’en ayant l’impression que ce qu’il racontait allait au-delà« , a expliqué le réalisateur français dans un entretien à l’AFP.

Avec des films comme Des hommes et des dieux (2010) de Xavier Beauvois ou Les innocentes (2015) d’Anne Fontaine, le cinéma français s’est ré-emparé de la question religieuse. Avec comme nouveauté, de s’interroger « sur la question de la vérité« , estime Valérie de Marnhac, du jury œcuménique à Cannes.

Sur les écrans fin mars, La Prière brosse le portrait de jeunes qui rejoignent une communauté isolée en montagne, où ils se soignent à la discipline, l’amitié et la prière, pour en finir avec leurs addictions. Un mode de vie qu’ils adoptent souvent pendant des années avant d’espérer revenir à la vie à l’extérieur.

Le film suit les pas de Thomas (incarné par une découverte, Anthony Bajon), accro à l’héroïne. Du parcours de ce jeune, on ne saura presque rien, mais les blessures de l’enfant en lui affleurent parfois sur son visage poupin, notamment dans une scène inoubliable où il est face à l’actrice allemande Hanna Schygulla.

C’est en découvrant les témoignages d’anciens drogués qui ont fait ce choix de l’isolement et la prière, puis en les rencontrant qu’est née l’idée du film.

Ces témoignages donnent d’ailleurs lieu à une scène centrale de huit minutes où une série de personnages expliquent leur parcours et leurs craintes.

Chants et psaumes

La drogue, « ce n’est jamais la même histoire, et c’est toujours la même histoire« , estime le réalisateur, liant cela souvent à des blessures d’enfance.

Ce qui diffère (dans les témoignages, NDLR), c’est le rapport initial à la religion, dit-il.

Il y a des gens avec une éducation catholique, des athées, des gens d’autres confessions…

Malgré cette base documentaire, le film s’en éloigne et dégage une grande ferveur, en s’appuyant sur les rituels de cette communauté.

Pour se tourner vers la prière, ils ont été très loin dans la drogue. C’est seulement à cette condition qu’ils acceptent l’ascèse dans laquelle ils réapprennent la vie

Explique le réalisateur de L’ennui. Pour faire ressentir au spectateur la force de la prière, le réalisateur a misé sur de longues scènes de psaumes et de chants, exécutés par les comédiens. Un point sur lequel il ne voulait transiger, quitte à subir des imperfections, et qui a nécessité beaucoup de répétitions.

Il avait « envie de montrer le groupe, il n’avait pas d’obsession autour de la religion« , a raconté dimanche un des acteurs du film, Damien Chapelle.

On ressent quelque chose de très physique dans le film, c’est ce qui évite l’écueil d’un film très religieux.

Selon lui. Cédric Kahn filme une scène de miracle en montagne, mais l’a voulu « acceptable pour un croyant comme pour un non-croyant« .

Le film laisse enfin la place au doute, n’éludant rien des sentiments traversant ceux qui prient.

Il y en a qui trichent avec eux-mêmes, il y en a qui deviennent fervents ou qui se tournent définitivement vers la religion.

Pour un jeune comédien comme Anthony Bajon, il y avait dans tous les cas « une forme d’humilité » à jouer ces scènes. « C’est fictif, mais on est vraiment dedans« .

Cet article a été vu pour la premiere fois sur Cineserie.com

Publié le lundi 19 février 2018 à 16:35, modifications lundi 19 février 2018 à 15:58

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