Découverte

Le mystère de la porte des enfers de ce temple romain est enfin résolu

Ce phénomène impressionnant s’explique scientifiquement de façon simple par d’importantes concentration de CO2 issues de failles géologiques.

Le temple romain de Hiérapolis, dédié au dieu des enfers Pluton, était connu dans l’antiquité pour sa grotte possédant le pouvoir “surnaturel” de tuer instantanément les animaux qui y pénétraient. Elle était d’ailleurs utilisée lors de cérémonies sacrificielles il y a plus de deux millénaires.

Mais une équipe de scientifiques issus de l’université de Duisburg-Essen en Allemagne a finalement percé ce vieux mystère, qui s’explique de façon bien plus prosaïque et terre-à-terre : le temple est construit sur une faille aux émanations toxiques de dioxyde de carbone (CO2).

Un sanctuaire bien connu dans l’antiquité

Le sanctuaire de Hiérapolis se dressait il y a plus de deux millénaires déjà près de la ville de Pamukkale dans l’actuelle Turquie. Les archéologues travaillant sur ce chantier de fouilles se sont vite rendus compte que ce temple était également un lieu de sacrifices d’animaux, puisque de nombreux ossements y ont été retrouvés.

En effet, ce lieu était très connu dans l’antiquité, puisqu’on pouvait y assister à la mise à mort rituelle d’animaux, qui s’effondraient mystérieusement lorsqu’ils passaient devant la “porte des enfers”, une petite entrée construite sur une grotte. Des historiographes romains comme Pline l’ancien mentionnaient d’ailleurs ces cérémonies, tout comme le géographe Strabon, qui vivaient respectivement au premier siècle avant et après Jésus-Christ.

La plupart des Romains antiques croyaient dur comme fer que cette porte marquaient bien l’entrée des enfers, et que seuls les prêtres eunuques du temple pouvaient y survivre parce qu’ils étaient castrés. La vérité scientifique les aurait donc beaucoup déçus…

D’importantes quantités de CO2

Les Romains avaient construit leur temple sur des failles connues pour leurs émanations de CO2. Tous ceux qui inhalaient ce gaz pendant trop longtemps se condamnaient donc à l’asphyxie. C’est la conclusion tirée par une équipe de chercheurs menés par l’éminent volcanologue Hardy Pfanz, qui a étudié les ruines du temple antique, mis à jour depuis l’année 2011.

D’après un article paru dans la revue Archaeological and Anthropological Sciences, les chercheurs ont mesuré les différentes émanations issues de ces failles, et notamment de l’ancienne “porte des enfers”. Et, sans surprise, le lieu est particulièrement chargé en CO2, et continue de tuer les petits animaux et insectes qui s’en approchent de trop prêt. 

Mais les chercheurs se sont également rendus compte que les émanations de CO2 évoluent en fonction de l’heure de la journée, un fait dont les prêtres eunuques devaient avoir connaissance, et qu’ils devaient utiliser pour impressionner la foule.

Une concentration plus élevée le matin et le soir

C’est la sismicité très active de cette région turque qui permet d’expliquer ce phénomène. En effet, les failles sur lesquels le temple est construit dégagent d’importantes quantités de CO2 pendant toute la journée. Mais lorsque le soleil brille, la chaleur dissipe le gaz. La concentration atteint donc son plus niveau à l’aube et au crépuscule. Le matin était un moment particulièrement propice pour ces sacrifices, car les vapeurs accumulées pendant la nuit n’avaient pas encore été altérées par le soleil et la chaleur et pouvait donc tuer plus rapidement quiconque les respirait trop longtemps.

C’est donc à ces heures-là que les prêtres effectuaient les sacrifices. Ces derniers évitaient eux-mêmes de respirer ces gaz en se protégeant le visage ou en s’arrêtant momentanément de respirer, contrairement aux animaux, parfois même de grande taille comme les boeufs, qui mourraient asphyxiés en très peu de temps. La foule rassemblée pour ces sacrifices attribuait donc ce phénomène impressionnant à un pouvoir surnaturel issu des enfers.

Quant aux eunuques, ces derniers étaient nombreux à cette époque, notamment dans l’enceinte des grands temples antiques. La castration était en effet une pratique que l’on retrouvait chez les Grecs et les Romains, et qui était souvent exigée pour se consacrer à la vie mystique dans le cadre de cultes précis, comme celui de Cybèle, la déesse symbolisant la nature sauvage. Les futurs prêtres devaient même parfois pratiquer la sanguinaria, c’est-à-dire l’autocastration, pour entrer au service du temple. Une technique peu ragoûtante grâce à laquelle ils pouvaient ensuite jouir d’un prestige rare.

Publié le vendredi 24 août 2018 à 9:12, modifications vendredi 24 août 2018 à 8:54

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