Découverte

En 1518, des gens ont dansé jusqu’à en mourir à Strasbourg

Une épidémie de danse qui a eu lieu à Strasbourg reste encore inexpliquée 500 ans plus tard.

Une épidémie de danse. Il y a 500 ans, le 14 juillet 1518, des centaines de Strasbourgeois commencent à danser sans raison. Quelques semaines plus tard, 400 personnes ont trouvé la mort. Les raisons exactes restent encore inconnues.

La première rave party au monde

L’épidémie dansante de 1518 est la première rave party au monde, la plus grande, la plus dingue mais aussi la plus mortelle…

explique Jean Teulé interrogé par nos collègues de France Culture. L’auteur breton qui a signé des livres comme “Le magasin des suicides” ou “Le Montespan” revient dans un ouvrage passionnant sur un phénomène méconnu, mais intriguant.

Tout commence avec Madame Troffea, le 12 juillet. Elle sort de chez elle et jette son bébé dans la rivière. Elle explique ensuite à son mari que faute de lait, elle ne pourrait plus le nourrir. Puis, elle se met à danser. D’autres personnes, dans des situations terribles lui emboîtent le pas. Mais, il ne s’agit pas d’un mouvement passager. Ceux qui commencent à danser, ne s’arrêtent plus. De jour comme de nuit. Peu importe la fatigue. Crises cardiaques et épuisement deviennent alors la norme.

Comment expliquer ce phénomène ? Selon Jean Teulé, c’est toute une situation.

Dans la même année, il leur est tout tombé sur la gueule à Strasbourg. Ils ont eu toutes les maladies qui sont apparues : la peste, le choléra, la lèpre et même une maladie qui s’appelle la suette anglaise, une maladie apparue pour la dernière fois sur Terre à Strasbourg. Cette maladie, vous la chopez, deux jours après, vous êtes morts.

La raison serait donc avant tout le désespoir. Faute de perspectives, on danse jusqu’à avoir les chaussures imbibées de sang et le visage plein de sueur. Seule la mort semble constituer une échappatoire.

Une explication scientifique ?

Côté politique, on se tourne tout d’abord vers la corporation des médecins de Strasbourg. Résultat ? “La danse est un mal naturel, causé par un échauffement excessif du sang’“. Ceux-ci conseillent donc de laisser les danseurs continuer jusqu’à ce qu’ils recouvrent leurs esprits.

Afin d’éviter un phénomène de contagion, on parque donc les danseurs dans un marché. Des musiciens sont engagés pour aider les malades. On met même à disposition de ceux-ci à boire et à manger. Mais, la mesure n’aura aucun effet sinon que d’augmenter la contagion. La crise se résoudra finalement quelques semaines plus tard. Les survivants sont envoyés prier Saint-Guy, protecteur des malades de chorée (une maladie neurodégénérative). 

Entre temps, le bilan est cruel pour la ville. Selon les bilans de l’époque, au moins 400 personnes seraient mortes et surtout des milliers sont traumatisées parce qu’elles viennent de vivre.

Aujourd’hui encore, le mystère n’a pas été totalement percé d’un point de vue scientifique. Une théorie dominante accuse l’ergot de seigle. C’est une bactérie qui se développe dans les épis de seigle humide. Elle provoque notamment des délires. Toutefois, c’est résumer le problème de façon simpliste selon les spécialistes. Laurent Perez, traducteur du livre “Les Danseurs fous de Strasbourg” donne une autre version à nos collègues de Mashable FR.

L’explication proposée pour John Waller dans son livre est ethnologique. La danse de saint Guy est un des moyens inventés par une société pour résister aux crises qui l’assaillent, pour rationaliser la marche des événements et pour leur apporter une réponse. Cette danse est un comportement disponible dans la culture populaire de cette région et de cette époque en période de crise.

Publié le mardi 6 mars 2018 à 18:26, modifications mardi 6 mars 2018 à 14:57

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