Les coraux pourraient retrouver leur couleur avec cette méthode

Par Ali Ch. Publié le 10/06/2024 à 07:01
Blanchiment Des Coraux

Dans le nord-est de l'Australie, près de 80 % des coraux ont subi un blanchissement en raison du réchauffement climatique. Un phénomène inquiétant qui peut avoir des répercussions sur l’écosystème marin, alertent les scientifiques. Toutefois, l'espoir de voir les coraux retrouver leur couleur est permis, selon d'autres chercheurs.

Classée au Patrimoine mondial de l’Unesco pour sa « valeur universelle exceptionnelle », les 2 500 récifs et 900 îlots de la Grande Barrière abritent environ 400 espèces de coraux, 1 500 espèces de poissons, 4 000 espèces de mollusques et près de 240 espèces d’oiseaux, ainsi qu’une grande diversité d’éponges, d’anémones, de vers marins, de crustacés... Un trésor unique, dont la connaissance est très loin d’être épuisée, lit-on dans un récent article publié par le site de RFI.

« Lorsque l’on prend l’hélicoptère pour observer la Grande Barrière de corail, les trois quarts des coraux sont soit morts, soit blanchis », se désole Line Bay, directrice de programme sur la récupération, l’adaptation et la restauration des coraux à l’Institut australien de science maritime à Townsville (nord-est de l’Australie, Queensland).

Comme l’a annoncé la NOAA, le phénomène n’est pas cantonné à l’Australie. L’Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique confirmait au mois d’avril 2024 que les deux hémisphères terrestres connaissaient le quatrième blanchissement massif de corail en dix ans. La NOAA estime que la planète a déjà perdu 30 à 50 % de ses récifs de coraux et que ces derniers pourraient, sans changement majeur, complètement disparaître d’ici à la fin du siècle.

Outre le réchauffement climatique et l’acidification qui résultent des activités polluantes, d’autres formes de nuisances menacent l’existence de ces écosystèmes fragiles : pêche, ancrage des bateaux, pollution marine, tourisme de masse... Si la pression anthropique se poursuit sur une trajectoire de +2 °C de réchauffement, la quasi-totalité de cette assurance-vie pour l’espèce humaine disparaîtra dans un horizon de trente ans, a mis en garde la communauté scientifique.

Le blanchissement des coraux est-il irréversible ?

Toutefois, l’espoir de sauver les coraux du blanchissement est permis, affirment encore les scientifiques. Certains chercheurs proposent d’installer des abris flottants pour protéger les coraux de la lumière du soleil qui accentue les épisodes de blanchiment, tandis que d'autres préféreraient pomper l’eau des profondeurs de l'océan pour rafraîchir l’habitat en péril, rapporte le site National Geographic.  

L'écologiste marin et professeur John Bruno a donné récemment dans un article du Washington Post certaines initiatives scientifiques pour sauver les coraux. Pour lui, l'enjeu environnemental est de traiter les menaces locales, comme les eaux usées et les sédiments. « Si la hausse des températures détruit les coraux, ceux-ci sont aussi abîmés par les activités humaines, comme lorsque les bateaux jettent l'ancre sans faire attention aux coraux ou que les touristes faisant de la plongée s'arrêtent sur le récif » explique-t-il.

De son côté, Pascale Joannot, océanographe, ancienne directrice au Muséum d’histoire naturelle et de l’Aquarium de Nouméa, donne une solution moins connue : « le corail est un animal extrêmement ancien et il n’a pas toujours été là où il se trouve actuellement. Il y a eu des récifs en Normandie par exemple. Les coraux peuvent s’adapter et, à l’échelle de temps géologiques, il y aura une modification de la répartition des récifs coralliens » souligne-t-elle au site anglophone de RFI.

Une ONG pour sauver le corail de la Méditerranée

Créée en 2012, l’ONG Coral Guardian opère dans plusieurs pays avec ses partenaires locaux. Ses adhérents qui se disent conscients que le déclin du corail n’est pas inéluctable s’affairent, sous les mers, au plus près des fonds coralligènes. Sur la côte sud de l’Espagne, à La Herradura, une zone qui vit de pêche artisanale et de tourisme, l’ONG est active dans l’aire marine protégée de la Punta de la Mona, en Méditerranée.

Là-bas, sur un récif de 2 000 m², vit le corail chandelier (Dendrophyllia ramea), une espèce très différente des coraux tropicaux, mais tout autant menacé d’extinction. « En 2021, 80 % des colonies coralliennes sur la zone se trouvaient enchevêtrées dans des filets et lignes de pêche, dépassent parfois des centaines de mètres. Ces filets fantômes sont un danger mortel pour d’innombrables d’espèces marines », explique l’association.

Pour soigner le chandelier, les plongeurs de Coral Guardian et Coral Soul récupèrent les petits animaux endommagés et les placent dans des nurseries, des sortes de grosses grilles, placées à environ 35 m de profondeur. Après un séjour de quelques semaines à plusieurs mois, les coraux débarrassés de leurs parasites sont réinstallés dans leur milieu naturel. En trois ans, les plongeurs revendiquent 891 coraux restaurés, une population de poissons trois fois plus importante que sur une zone témoin affectée et 1,4 tonnes de déchets ramassés.

« On peut s’interroger sur l’utilité d’une telle méthode si, même dans une aire marine protégée, l’environnement reste constamment à la merci des dégradations » tempère Florina Jacob, chargée de projet terrain et scientifique. « Ce corail vit à plusieurs dizaines de mètres de profondeur et est invisible depuis la surface, ce qui favorise la négligence » souligne-t-elle. « Comme notre approche est globale, elle inclut, en parallèle de nos actions de nettoyage et transplantation, une compréhension des causes de la dégradation » ajoute Florina Jacob.

Journaliste francophone. Je couvre l’actualité au quotidien sur une multitude de sujets. Je m’attelle à rapporter l’information avec objectivité.