Photo de Grab sur Unsplash
Aujourd’hui, 1,7 milliard d’adultes dans le monde n’ont toujours pas de compte bancaire. La majorité vit en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est, où ouvrir un compte demande souvent de parcourir des dizaines de kilomètres jusqu’à l’agence la plus proche, avec des documents que beaucoup n’ont pas. Heureusement, cette réalité change, une poignée d’acteurs font bouger les choses vite et pour le mieux. Ils se concentrent sur ce qu’on appelle les “nouveaux outils financiers numériques”, un terme de la novlangue financière pour les outils qui permettent d’accéder à des services bancaires avec juste un téléphone portable.
Les cryptomonnaies permettent des transferts sans intermédiaires bancaires
Les cryptomonnaies sont des monnaies numériques qui fonctionnent sans banque centrale. Pour faire simple, c’est de l’argent qu’on peut envoyer directement d’un téléphone à un autre, n’importe où dans le monde, sans passer par une banque. Cette technologie paraissait pour le moins expérimentale il y a quelques années. Mais aujourd’hui, elle sert à résoudre quantité de problèmes concrets pour des millions de personnes.
Prenons l’USD Coin (USDC), qui est tout simplement un dollar numérique (sa valeur reste toujours égale à 1 dollar américain). Depuis 2023, MoneyGram permet de l’utiliser pour faire passer des fonds d’un pays à l’autre. Le mécanisme est simple : vous convertissez vos dollars en USDC, vous les envoyez instantanément au destinataire, qui lui peut retirer l’argent en liquide dans n’importe quel point MoneyGram. Le coût total ? Quelques centimes, contre 7 à 10% pour un transfert classique via Western Union.
Pareil pour le Bitcoin (BTC), avec l’application Strike. Celle-ci utilise plus précisément le réseau Lightning, un sous-réseau du Bitcoin historique, et qui permet des transactions instantanées. L’utilisateur envoie des dollars, le destinataire reçoit sa monnaie locale. Entre les deux, le Bitcoin sert juste de rail de transport, invisible pour l’utilisateur. Au Salvador, où Strike est massivement utilisé, un travailleur aux États-Unis peut envoyer 500 dollars à sa famille en quelques secondes, sans frais ou presque.
Il y a d’autres exemples bien entendu, mais l’idée est qu’ils illustrent pourquoi certaines cryptomonnaies sont plus recherchées que d’autres. La crypto prometteuse à fort potentiel est avant tout celle qui résout un problème bien réel. C’est là que ces outils rejoignent la question de l’inclusion économique. Les cryptos transforment un téléphone en vrai compte bancaire international, sans paperasse ni frais prohibitifs. Avec des cryptos, on peut faire aujourd’hui beaucoup de choses au-delà des paiements :
- Souscrire à des services numériques comme du streaming, du stockage de fichiers et même de l’IA,
- Utiliser des réseaux sociaux et services de messagerie décentralisés,
- Prêter et emprunter (en cryptos), épargner sur le long terme,
- Acheter des actions en Bourse et même des parts d’immobilier en version tokénisée,
- Jouer à des jeux où les actifs peuvent être monétisés,
- Etc.
Pix au Brésil, quand un pays entier abandonne les cartes bancaires
Si les cryptos insistent sur leur utilité transfrontalière, il y a aussi des services qui réduisent la fracture financière à l’échelle d’un pays. Le Brésil a créé en 2020 un système qui a profondément changé la façon dont 200 millions d’habitants gèrent leur argent. Pix, c’est son nom, permet de transférer de l’argent instantanément, 24 heures sur 24, gratuitement, avec tout juste un numéro de téléphone ou un QR code.
Le concept n’est pas nouveau, mais dès ses débuts, sa très grande simplicité a séduit les Brésiliens. Vous scannez un QR code ou entrez un numéro de téléphone, l’argent arrive en moins de 10 secondes sur le compte du destinataire. Pas de frais, pas d’attente, pas de limite d’horaire. La Banque centrale brésilienne a imposé ce système à toutes les banques du pays, créant un standard unique. Résultat : 150 millions de Brésiliens l’utilisent, générant 3 milliards de transactions par mois. C’est plus que toutes les transactions par carte de crédit du pays !
Cela n’a évidemment pas plu à Visa et Mastercard, au point de susciter une “enquête” de la Maison-Blanche sur un prétendu avantage déloyal accordé à certaines “solutions développées par l’État” … sans jamais citer Pix. Les deux géants des paiements ont perdu plus de 20% de leur marché en trois ans, les commerçants préférant logiquement une solution gratuite aux habituelles 2 à 3% de commission des cartes.
“Le Brésil a-t-il inventé l’avenir de l’argent ?” s’interrogeait même Paul Krugman, prix Nobel d’économie, sur son blog Substack. Peut-être pas, mais en tout le vendeur de fruits à l’étal, la femme de ménage, le chauffeur de taxi, etc., tous peuvent maintenant accepter des paiements numériques sans terminal de paiement coûteux. Il suffit d’imprimer un QR code. De quoi intégrer 40 millions de Brésiliens dans le système financier formel en seulement trois ans.
Les super-apps financières en Asie et Afrique
Pix s’inspire en réalité du succès des fameux “super-applis” qui existent depuis quelques année déjà en Asie du Sud. Il s’agit d’une nouvelle génération d’applications mobiles qui proposent tous les services financiers dans une seule interface. Ces super-applis ont toute commencé généralement par les paiements instantanés, puis ont ajouté progressivement l’épargne, le crédit, les assurances, et même l’investissement.
Vous connaissez sûrement WeChat Pay, lancé en 2013 en Chine. Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu’elle s’est largement inspirée de GCash, lancé en 2004 aux Philippines. GCash fut lancé comme un simple porte-monnaie électronique, l’application compte maintenant 80 millions d’utilisateurs, dans un pays de 110 millions d’habitants.
Les utilisateurs paient leurs factures, achètent du crédit téléphonique, transfèrent de l’argent, épargnent avec des taux d’intérêt compétitifs, et peuvent même investir dans des fonds communs à partir de 50 pesos (moins d’un dollar). Le micro-crédit intégré analyse l’historique de transactions pour accorder des prêts de 20 à 500 dollars, avec une décision instantanée par algorithme.
Ces super-applis réussissent là où les banques traditionnelles se sont longtemps cassé les dents, pour des raisons évidentes. Elles éliminent la paperasserie, offrent des montants adaptés aux besoins réels (prêts de 10 dollars, épargne de 50 centimes par jour), et utilisent les données de comportement plutôt que les garanties traditionnelles pour évaluer la solvabilité.
| Exemples d’applications | Pays de présence (principal) |
| WeChat Pay (Tencent) | Chine, Hong Kong, Malaisie, Singapour, Indonésie, Thaïlande, Vietnam |
| Grab (GrabPay) | Singapour, Malaisie, Indonésie, Thaïlande, Vietnam, Philippines, Myanmar, Cambodge |
| GCash (Globe Telecom/Ayala) | Philippines |
| OPay | Nigeria, Égypte, Kenya, Afrique du Sud, Ghana, Ouganda, Tanzanie, Éthiopie |
| Paytm | Inde, Japon, Canada |
| GoTo/Gojek (GoPay) | Indonésie, Singapour, Vietnam, Thaïlande |
| M-Pesa (Vodafone/Safaricom) | Kenya, Tanzanie, Mozambique, RDC, Lesotho, Ghana |
| MoMo (Mobile Money) | Vietnam, Laos, Myanmar |
| Wave | Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, Burkina Faso, Ouganda, Gambie |
| Kakao Pay | Corée du Sud, Japon |
| Line Pay | Japon, Taïwan, Thaïlande, Indonésie |
| Mercado Pago | Argentine, Brésil, Mexique, Chili, Pérou, Colombie, Uruguay, Venezuela |
| Rappi Pay | Colombie, Mexique, Brésil, Pérou, Chili, Argentine, Uruguay, Costa Rica, Équateur |
| Yandex Money | Russie, Kazakhstan, Biélorussie, Arménie, Kirghizistan |
| bKash | Bangladesh |
Les vraies barrières qui restent à franchir
Ces innovations sont impressionnantes, mais elles n’ont pas encore livré tout leur potentiel. Il reste quelques obstacles majeurs. Le premier tient à l’accès au smartphone lui-même : une part encore importante de la population mondiale n’en possède pas, particulièrement dans les zones rurales d’Afrique et d’Asie où l’inclusion financière est la plus nécessaire.
Ensuite, la connexion internet représente le défi suivant dans la chaîne. Dans de nombreux pays, un gigaoctet de données coûte encore l’équivalent d’une journée de salaire. Les applications financières consomment des données, créant un coût caché pour les utilisateurs les plus pauvres. Certains pays comme l’Inde ont résolu ce problème en rendant certains services financiers accessibles sans consommer de données mobiles, mais cette approche reste rare.
Parfois, les gouvernements eux-mêmes freinent parfois ces innovations, par calcul politique. Certains voient dans ces nouveaux outils une menace pour leur contrôle sur l’économie. D’autres manquent simplement du cadre réglementaire pour les encadrer sans les étouffer. Par exemple, le Nigeria a interdit les transactions crypto pendant des mois en 2021, privant sa population d’un outil d’inclusion financière, avant de se faire une raison devant l’évidence de leur utilité.
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