Comment le changement climatique pourrait être bénéfique contre le paludisme ?

Par Rym El-Kechaï Publié le 19/05/2024 à 15:00
Réchauffement Climatique Et Paludisme
Réchauffement Climatique Et Paludisme

Une nouvelle étude met en lumière le rôle crucial de l'eau dans la propagation du paludisme et l'impact du changement climatique sur cette transmission.

Les chercheurs ont utilisé des modèles climatiques et hydrologiques pour analyser comment l'eau s'écoule à travers le continent africain. En examinant les processus d'évaporation, d'infiltration et l'écoulement des rivières, ils ont pu créer une image détaillée des conditions propices à la propagation du paludisme en Afrique.

Les résultats montrent que les conditions chaudes et sèches induites par le changement climatique réduiront le nombre de zones favorables à la transmission du paludisme dès 2025. Cette réduction pourrait permettre des interventions plus ciblées pour contrôler la maladie en Afrique, où surviennent 95 % des cas mondiaux.

Une nouvelle approche pour comprendre le Paludisme

Le paludisme est une maladie sensible au climat. Jusqu'à présent, les recherches se concentraient principalement sur les totaux de précipitations pour déterminer la présence d'eaux de surface favorables à la reproduction des moustiques. Cependant, cette nouvelle étude a examiné l'eau de manière plus exhaustive à travers le continent africain.

Selon le Dr Mark Smith, professeur agrégé de recherche sur l'eau à l'Université de Leeds, « Cela nous donnera une estimation plus réaliste sur le plan physique des endroits en Afrique où la situation du paludisme va s'améliorer ou s'aggraver ». Par exemple, l'étude a révélé que les cours d'eau, comme le fleuve Zambèze, jouent un rôle significatif dans la propagation de la maladie. Les chercheurs ont découvert que la population vivant dans ces zones pendant neuf mois par an est quatre fois plus élevée qu'on ne le pensait auparavant.

Comment les chercheurs pensent à une adaptation future ?

Les chercheurs soulignent que la disponibilité de données détaillées sur les débits d'eau permet de prioriser et d'adapter les interventions contre le paludisme de manière plus ciblée et informée. Cette approche est cruciale étant donné les ressources de santé limitées souvent disponibles en Afrique.

Ces dernières années, la diminution des cas de paludisme a ralenti, voire s'est inversée, en partie à cause de la stagnation des investissements dans la lutte contre cette maladie. Les chercheurs prédisent que le changement climatique, en créant des conditions plus chaudes et sèches, réduira globalement les zones propices à la transmission du paludisme. Toutefois, ces changements seront plus sensibles aux émissions de gaz à effet de serre qu'on ne le pensait auparavant.

Le professeur Chris Thomas de l'Université de Lincoln souligne que « Ce qui est surprenant dans la nouvelle modélisation, c’est la sensibilité de la durée de la saison au changement climatique – cela peut avoir des effets dramatiques sur la quantité de maladies transmises. »

Simon Gosling, professeur de risques climatiques et de modélisation environnementale à l'Université de Nottingham, ajoute que : « Notre étude met en évidence la manière complexe dont les débits d’eau de surface modifient le risque de transmission du paludisme à travers l’Afrique, rendue possible grâce à un programme de recherche majeur mené par la communauté mondiale de modélisation hydrologique pour compiler et rendre disponibles des estimations des impacts du changement climatique sur les débits d’eau à travers l’Afrique »

Les chercheurs espèrent que les futures avancées de leur modélisation fourniront des détails encore plus précis sur la dynamique des plans d'eau, ce qui pourrait aider à élaborer des stratégies nationales de lutte contre le paludisme. "Nous arrivons bientôt au point où nous utilisons les données disponibles à l'échelle mondiale pour déterminer non seulement les habitats possibles, mais aussi quelles espèces de moustiques sont susceptibles de se reproduire à quel endroit", conclut le Dr Smith.

Titulaire d'un Master en Biotechnologies aujourd'hui rédactrice. Rédiger, développer des idées et transmettre l'information aux lecteurs est l'une des nombreuses facettes du métier que j'apprécie. Porté par un intérêt profond pour l'actualité française sous toutes ses dimensions, je me dédie actuellement à la rédaction d'articles touchant à des domaines variés tels que l'économie, la politique et les faits divers en France.