Les campagnes moins écologiques que les grandes villes ?

Par Ali Ch. Publié le 27/05/2024 à 10:54
Les Cours D'eau En Ville Sont Plus écologiques Que Ceux De La Campagne
Les Cours D'eau En Ville Sont Plus écologiques Que Ceux De La Campagne

C’est un constat qui va surprendre. Contrairement aux idées reçues selon lesquelles la vie en campagne est plus écologique que celle en ville, un récent rapport affirme le contraire.  En France, la différence d'état écologique entre les grands fleuves en ville et les plus petits cours d'eau à la campagne, est frappant.  Les cours d'eau ruraux sont en effet de plus en plus pollués tandis que les rivières en ville affichent à l'inverse une bonne santé écologique.

Un nouveau rapport du WWF France, publié le 22 mai 2024 à l'occasion de la journée mondiale de la biodiversité, alerte sur l'état écologique des rivières françaises. Leur biodiversité, en apparence stable, est en réalité menacée, en particulier dans les petits cours d'eau situés à la campagne. Ces derniers cours d'eau ruraux sont en effet de plus en plus dégradés par rapport aux grands cours d’eau situés dans les villes.

Selon ce rapport intitulé « Pour des rivières vivantes », repris par le site Meteored, près de 56,9 % des eaux françaises ne sont pas en bon état écologique. Malgré les dépenses déployées pour les politiques de l’eau, estimées à 500 milliards d’euros depuis 20 ans, les populations d’oiseaux et de poissons d’eau douce stagnent de manière inquiétante et seulement 43,1 % des cours d’eau et plans d’eau en France hexagonale sont en bon état écologique, souligne le rapport qui cite les données produites par les agences de l'eau.

Ce rapport met en lumière un léger déclin de 0,4 % des populations d’oiseaux et de poissons observées en rivière ces vingt dernières années, « avec des espèces emblématiques comme la truite des rivières ou le grèbe huppé particulièrement menacées ». Cette quasi-stagnation masque, selon les auteurs du rapport, « une dégradation globale de la qualité des petits cours d’eau du milieu rural, compensée par une amélioration de la qualité de l’eau des fleuves en aval des grandes villes ».

La dégradation des cours d’eau liée à l’activité agricole

En effet, comme le constate WWF France, « les rivières ont été malmenées par les activités humaines depuis des décennies et particulièrement par l’agriculture intensive ». À cet effet, le rapport souligne que le recours aux pesticides n'a pas baissé dans l'agriculture, les indicateurs d'évolution des usages des produits phytosanitaires étant au même niveau qu'en 2009. En conséquence, l'état chimique des masses d'eau superficielles ne s'est améliorée que de seulement 1 % en l'espace de 10 ans.

Une situation qui a engendré un effondrement de la qualité des petits cours d'eau dans le milieu rural et qui se répercute malheureusement sur la faune les fréquentant. À l’inverse, le rapport constate que la qualité des eaux des grands fleuves situés en ville, s'est grandement améliorée depuis environ une soixantaine d'années. Une amélioration rendue possible grâce notamment aux progrès des systèmes d'assainissement et aux stations d'épuration. C’est le cas par exemple dans la Seine où on retrouve environ 6 fois plus d'espèces de poissons au niveau du pont de l'Alma à Paris que dans les années 60, souligne le rapport.

« L'eau des villes va mieux, l'eau des champs va moins bien, pour le dire comme ça », résume Yann Laurans, directeur des programmes du WWF France. Pour améliorer la situation, WWF suggère la préservation des zones humides en France à travers une politique d'acquisition foncière, notamment en Brenne et en Camargue. L’ONG appelle également le gouvernement à lancer un plan de restauration des cours d'eau et une réévaluation de la fiscalité de l'eau, en appliquant le principe pollueur-payeur à cette ressource vitale.

Journaliste francophone. Je couvre l’actualité au quotidien sur une multitude de sujets. Je m’attelle à rapporter l’information avec objectivité.