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Un an après, le sort incertain des ex-GM&S, toujours mobilisés

Il y a un an, les ouvriers de GM&S, en liquidation judiciaire, secouaient les débuts de la présidence d’Emmanuel Macron. Aujourd’hui, environ 150 d’entre eux sont au chômage et, loin des projecteurs, l’usine creusoise reprise tourne au ralenti malgré les engagements des constructeurs automobiles et du gouvernement.

Venu visiter l’usine de La Souterraine mercredi matin, Jean-Pierre Floris, délégué interministériel aux restructurations d’entreprises, a été bruyamment accueilli par d’ex-GM&S lui tendant leur CV.

“Vous me remettrez ça cet après-midi à la réunion”, leur a-t-il lancé, gagnant d’un pas pressé les bureaux de la direction. La réunion, c’est celle à Guéret du comité de pilotage, créé l’an dernier pour suivre le sort des licenciés et le bon fonctionnement de la nouvelle entité, désormais appelée LSI (La Souterraine Industry) .

Le délégué interministériel aux restructurations Jean-Pierre Floris est interpellé par d'anciens salariés de GM&S, mercredi 23 mai 2018, à La Souterraine

(credit photo AFP) Le délégué interministériel aux restructurations Jean-Pierre Floris est interpellé par d’anciens salariés de GM&S, mercredi 23 mai 2018, à La Souterraine

Depuis septembre et la reprise pour un euro symbolique de l’emboutisseur avec moins de la moitié du personnel (120 sur 277), “le moral des salariés est au plus bas” et “le site tourne à peine à 35% de son potentiel”, résume Yann Augras, syndicaliste CGT employé aujourd’hui par LSI. Il décrit une usine vide et silencieuse.

Interrogé au téléphone par l’AFP, le PDG Alain Martineau reconnaît que le site est en sous-production, tournant à l’équivalent de trois jours pleins sur cinq, mais il explique: “Nous avons répondu à des appels pour des affectations de pièces nouvelles par les constructeurs, et les effets ne se traduiront pas avant un an”.

Et de confirmer également que le chômage partiel a été évoqué, “mais cela reste à discuter avec les représentants de l’Etat, M. Floris et M. le préfet en tête car cela ne peut pas se faire sans eux”.

Le 21 mai 2017, Bruno Le Maire annonçait pourtant avoir obtenu 25 millions d’euros de commandes, dont 10 millions de PSA et autant de Renault.

“Bilan?”, dénonce René Bastier, élu CGT au CE: 2,3 millions d’euros de chiffres d’affaires et 1,3 million de déficit pour le seul premier trimestre 2018.

Renault montré du doigt

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire visite l'usine GM&S à La Souterraine le 19 juillet 2017

(credit photo AFP/Archives) Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire visite l’usine GM&S à La Souterraine le 19 juillet 2017

“PSA remplit tout à fait ses engagements de volumes. Renault est significativement en dessous”, a expliqué mercredi matin M. Floris. “Mon rôle c’est de discuter avec Renault pour que les choses s’améliorent”, a-t-il ajouté en sortant de l’usine. “C’est une décision politique. Il y a un engagement qui a été pris. Respectez l’engagement”.

Alors que des salariés et ex-GM&S contestaient ses explications, le ton est vite monté: “quand vous vous comportez comme cela, c’est vous qui faites tomber la boîte”, leur a lancé le délégué ministériel.

“Vous êtes venu faire de la com, c’est tout ce que vous êtes capable de faire”, lance quelqu’un dans la foule.

“Personne ne sera laissé sur le bord de la route”, assurait aussi le tout nouveau ministre de l’Economie lors de sa visite le 19 juillet, après le passage de Philippe Poutou et Jean-Luc Mélenchon, venus à l’approche des législatives dénoncer “la brutalité d’un modèle économique” qui “pousse les ouvriers à des moyens extrêmes”. Les GM&S avaient un temps piégé leur usine avec des bonbonnes de gaz.

Aujourd’hui pourtant, malgré le déploiement des moyens de l’Etat, seuls 17 des 154 licenciés ont retrouvé un emploi. “Le plus souvent par la bande”, explique Vincent Labrousse, ancien délégué CGT lui-même licencié.

Manifestation de salariés de GM&S pour interpeller le président de la République le 4 octobre 2017 à Egletons

(credit photo AFP/Archives) Manifestation de salariés de GM&S pour interpeller le président de la République le 4 octobre 2017 à Egletons

Invités de la Fête de l’Huma ou de manifestations de cheminots, les ex-GM&S veulent rester très présents dans “la bataille médiatique et politique”, dit-il.

“On est une bonne centaine très actifs en parallèle de nos démarches perso pour retrouver un emploi. La solidarité est toujours là. Et même si les meilleurs volontés parfois fatiguent, la vision reste commune: ce qui nous est arrivé est injuste et lamentable, jeter des gens comme ça sans contrepartie alors qu’ils ne sont pas responsables du naufrage économique ça n’est pas normal, et cela ne doit pas se reproduire”, dit ce militant qui fait partie du comité de pilotage.

Publié le mercredi 23 mai 2018 à 17:55, modifications mercredi 23 mai 2018 à 17:55

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