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Trump souhaite que son ministre de la Justice mette fin à l’enquête russe

Donald Trump a franchi une nouvelle étape dans sa surenchère verbale contre le procureur spécial Robert Mueller, chargé de déterminer s’il y a eu collusion entre Moscou et la campagne du républicain en 2016, en demandant à son ministre de la Justice de mettre fin à cette enquête russe.

Dans le cadre de cette investigation, quatre membres de son ancienne campagne présidentielle, notamment, sont poursuivis pour des délits qui ne sont cependant pas directement liés à une éventuelle collusion. Son ancien directeur de campagne, Paul Manafort, est l’un d’eux. Son procès pour fraudes et blanchiment d’argent a commencé mardi dans la banlieue de Washington.

Dans un tweet, le président américain a demandé à Jeff Sessions de “mettre fin à cette Chasse aux Sorcières truquée, avant qu’elle ne salisse un peu plus notre pays”.

M. Trump tente depuis plusieurs mois de discréditer cette investigation, qu’il juge minée par les conflits d’intérêts de Robert Mueller et manipulée par ses adversaires politiques. C’est la première fois qu’il demande aussi directement à son ministre de la Justice d’intervenir.

Ce dernier ne peut cependant techniquement pas arrêter l’enquête russe, qui dépend certes de son ministère, mais de laquelle il s’est récusé en mars 2017, provoquant la colère de M. Trump.

C’est le n°2 de la Justice, Rod Rosenstein, qui en a l’autorité.

“Très peu de temps”

Paul Manafort, jugé pour fraude depuis le 31 juillet, photographié ici le 15 juin

(credit photo AFP/Archives) Paul Manafort, jugé pour fraude depuis le 31 juillet, photographié ici le 15 juin

Le procès de Paul Manafort est le premier à découler de l’enquête russe, les fait lui étant reprochés ayant été mis au jour par le travail de l’équipe de Robert Mueller.

“Il a travaillé pour moi très peu de temps. Pourquoi le gouvernement ne m’a pas dit qu’il était la cible d’une enquête. Ses anciennes accusations n’ont rien à voir avec la Collusion”, a tweeté à son sujet le président Trump mercredi matin, alors que commençait le deuxième jour de son procès.

A 69 ans, l’ancien lobbyiste aux costumes impeccables et mèche savamment domptée s’est longtemps cru “au-dessus des lois”, a asséné la veille l’accusation.

Il dépensait des sommes exorbitantes pour mener un “train de vie extravagant”, ponctué d’achat de montres de luxe et même d’une veste “faite en autruche” à 15.000 dollars.

Si les folles dépenses ne sont pas illégales, c’est la source de leur financement qui est en jeu lors de ce procès pour blanchiment d’argent, fraudes fiscale et bancaire: des millions de dollars tirés de ses activités de lobbyiste pour l’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch, soutenu par Moscou, qu’il n’a pas déclaré au fisc.

Le candidat puis dirigeant ukrainien représentait une véritable “poule aux oeufs d’or” pour l’équipe Manafort, selon les procureurs, avec quelque 60 millions de dollars de revenus entre 2010 et 2014.

“Les chefs (d’accusation) se résument à une chose simple: Paul Manafort a menti”, a lancé le procureur adjoint Uzo Asonye.

Paul Manafort rejette toutes ces accusations.

Des membres de l’équipe du procureur spécial, Robert Mueller, ont assisté à l’ouverture des débats mardi dans la salle d’audience.

Mais la question cruciale d’une possible collusion entre des membres de la campagne Trump et Moscou ne devrait pas être abordée pendant ce procès. Il porte en effet sur des faits antérieurs au passage de Paul Manafort à la tête de l’équipe Trump, entre mai et août 2016.

Ni le nom de Donald Trump ni le mot “Russie” n’ont d’ailleurs été prononcés mardi.

Certains espèrent pourtant que Paul Manafort finira par révéler des informations importantes pour le dossier.

“Aucune information” contre Trump

Le tribunal d'Alexandria en Virginie où se déroule le procès pour fraude de Paul Manafort, ancien directeur de campagne  de Donald Trump

(credit photo AFP) Le tribunal d’Alexandria en Virginie où se déroule le procès pour fraude de Paul Manafort, ancien directeur de campagne de Donald Trump

Costume impeccable, prenant des notes et laissant même échapper un sourire aux plaisanteries du juge T.S Ellis III, Paul Manafort a semblé à l’aise mardi dans la salle d’audience, participant très activement aux choix des jurés, ses avocats le consultant régulièrement. Mais les tempes blanchies et ses traits creusés révélaient le revirement radical de fortune de l’ex-prestigieux conseiller, incarcéré depuis juin.

Douze jurés –six femmes et six hommes– suivront le procès qui durera trois semaines. Un rendez-vous juridique ultra-médiatique au coeur de l’été qui embarrasse la Maison Blanche.

Paul Manafort “n’a aucune information incriminant le président”, avait martelé lundi l’avocat de Donald Trump, Rudy Giuliani, sur CNN. Depuis c’est le silence.

Les procureurs devraient appeler à la barre plus de trente témoins, dont Richard Gates qui coopère avec Robert Mueller depuis qu’il a accepté de plaider coupable en février.

Parmi la trentaine d’individus déjà visés par le procureur spécial, dont une majorité de Russes, Paul Manafort est le seul Américain à avoir refusé de passer un accord avec la justice pour éviter un procès. Avec peut-être en tête l’espoir d’une grâce présidentielle en échange de sa loyauté.

Risquant déjà de passer le restant de ses jours en prison, Paul Manafort doit faire face à un second procès en septembre, toujours dans le cadre de l’enquête Mueller.

Publié le mercredi 1 août 2018 à 18:16, modifications mercredi 1 août 2018 à 18:16

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