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Thomas Barnouin : Itinéraire de la figure du djihadisme français arrêté en Syrie

Thomas Barnouin, l’un des djihadistes français les plus recherchés, a été arrêté à la mi-décembre en Syrie avec deux autres djihadistes.

C’est l’un des jihadistes français les plus «pistés» par les services de renseignement. Thomas Barnouin, figure des filières djihadistes du Sud-Ouest, a été arrêté en Syrie le 17 décembre, selon une information de France Info. Proche des frères Clain, l’albigeois de 36 ans, alias « Abou Ahmed », a été capturé par les unités de protection du peuple kurde, la branche militaire du Parti de l’union démocratique syrien, dans la région d’Hassaké, près de la frontière irakienne. En outre, six autres djihadistes français ont également été interpellés au même moment dont Romain Garnier. Il s’agit d’un ancien champion de natation de 33 ans originaire de Vesoul (en Haute-Saône). Ainsi que Thomas Collange originaire de la région Midi-Pyrénées.

Un gars déterminé

Contrairement aux nombreux jihadistes occidentaux, l’engagement de Thomas Barnouin en Syrie ne résulte pas d’une radicalisation « express » via Internet et les réseaux sociaux. Condamné à cinq ans de prison en 2009 à Paris dans une filière « irakienne » les policiers toulousains ont dit de lui :

C’est un gars déterminé, un meneur qui n’a jamais dévié d’un iota dans ses convictions.

Des remarques notées pour la première fois dans leurs rapports de surveillance début 2002 et relevées pas France Info.

Ainsi, Thomas Barnouin était l’une des principales figures de la mouvance islamiste toulousaine. Membre de cette nébuleuse djihadiste du Sud-Ouest dans laquelle ont gravité Mohammed Merah ou encore les frères Clain. Fils d’enseignants et né le 23 juin 1981 à Albi (dans le Tarn), l’homme est décrit par d’anciens proches comme :

Un converti qui se distinguait des autres par son calme et son envie d’apprendre. Et de maîtriser parfaitement l’arabe littéraire, la langue du Coran.

Combattre en Irak

En 2003, recommandé par l’un des responsables d’une mosquée toulousaine, Thomas Barnouin s’envole pour l’Arabie Saoudite. Là-bas, il a suivi l’enseignement de l’université islamique de Médine. Tous frais payés (billets d’avion, bourse d’études), nourri, logé, il s’est inscrit au cursus « théologie, jurisprudence de l’islam, cours d’arabe » de cet institut financé par le royaume saoudien. Thomas Barnouin, qui envisage de devenir imam, garde le contact avec ses parents. Mais surtout avec ses « frères » de la mouvance islamiste toulousaine. Or, l’invasion le 20 mars 2003 de l’Irak par l’armée américaine, va le pousser dans une tout autre voie.

En Arabie Saoudite j’ai rencontré des gens qui m’ont ouvert les yeux. Mon devoir de musulman était d’aller combattre en Irak.

A-t-il lâché aux policiers français qui l’ont interrogé à son retour de Syrie le 13 février 2007. Interpellé dès son arrivée à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, Thomas Barnouin est accompagné de Sabri Essid, un islamiste toulousain proche de Mohammed Merah.

Pourtant, selon Le Monde, les quatre années suivantes qu’il a passé en prison n’y ont rien changé. Au contraire, la détention va permettre aux jihadistes toulousains de nouer des liens avec les « anciens » d’Afghanistan, d’Algérie et de Bosnie tout comme les délinquants de cités radicalisés en prison.

Un acteur de la propagande djihadiste

Libéré en 2011, il s’installe à Albi avec femme et enfants. A cette époque, les policiers qui le surveillent assistent à la reformation d’une nouvelle cellule d’une dizaine de membres. Celle-ci est composée d’anciens de la filière irakienne de 2007 et de nouveaux venus. Thomas Barnouin y fait office de « référent religieux ».

En se finançant notamment par des arnaques au crédit à la consommation, la structure à laquelle se greffent les frères Clain et Sabri Essid décide de rejoindre le jihad en Syrie. En février 2014 Thomas Barnouin arrive à Istanbul avec son épouse et ses enfants après avoir brouillé les pistes sur son mode de transport. Il passe ensuite en Syrie, où il rejoint les rangs de l’Etat islamique. Il sera repéré à Tabqa, où les policiers le soupçonnent de faciliter le passage de nombreux jihadistes qui franchissent la frontière turco-syrienne. Depuis, à l’inverse de Sabri Essid et des frères Clain, présents eux aussi dans les rangs de l’Etat islamique, Thomas Barnouin n’avait plus fait parler de lui. Jusqu’à son arrestation ce 17 décembre.

Que va-t-il se passer pour Thomas Barnouin et les djihadistes capturés ?

Pour l’heure, au ministère de l’Intérieur et au parquet de Paris, on se refuse à tout commentaire. Toutefois, ils ne seront vraisemblablement pas jugés sur le territoire français. En effet, il n’existe pas d’accord d’extradition entre la France et les Forces Démocratiques syriennes.

Les FDS, à majorité kurde, sont à la manœuvre dans le Kurdistan syrien. Ils sont autonomes mais ce n’est pas un État reconnu. C’est le gouvernement syrien de Bachar al-Assad qui prévaut toujours officiellement.

A expliqué explique Zoé Royaux avocate au barreau de Paris dans les colonnes du Monde.

La France ne peut donc pas avoir d’accord d’extradition avec eux puisque ce n’est pas un État. Les djihadistes arrêtés par les FDS sont détenus dans leurs prisons, interrogés. Et jugés par un tribunal autonome kurde, même si celui-ci n’est pas reconnu à l’international.

A-t-elle conclu.

Publié le vendredi 29 décembre 2017 à 9:50, modifications vendredi 29 décembre 2017 à 9:50

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