Actualité

Syrie : Crise humanitaire sans précédent à Alep

Alors qu’Alep, l’ancienne capitale économique de la Syrie, vit encerclée et affamée sous les bombardements extrêmement violents menés par le régime de Bachar El-Assad et ses alliés, la communauté internationale assiste impuissante et vraisemblablement résignée à ce qui s’annonce comme l’une des pires catastrophes humanitaires de notre époque moderne.

Depuis vendredi 18 novembre, l’escalade meurtrière s’est encore durcie à Alep. A l’Est de la ville, tombée aux mains des rebelles en 2012, ce sont plus de 250 000 personnes qui ne sont ni ravitaillées, ni secourues depuis plusieurs mois.

En effet, alors qu’aucune aide humanitaire ne parvient à entrer dans cette deuxième ville de Syrie depuis le début du mois de novembre, les habitants sont plus que jamais livrés aux bombardements d’artilleries du régime de Bachar El-Assad aidé des forces russes, dans l’indifférence des Occidentaux.

Un article du Monde daté du 19 novembre, annonçait que plus aucun hôpital, sur les sept encore ouverts en début de semaine dernière, ne fonctionnaient dans les quartiers Est de la ville, soumis à un déluge de bombardements.

Si certains dispensaires de la partie assiégée de la ville continuent à prodiguer des soins, les bombardements dissuadent les habitants de s’y rendre pour se faire soigner

Des centaines de projectiles s’abattent tous les jours sur Alep-Est depuis mardi 15 novembre – des obus d’artillerie et des missiles sol-sol principalement, mais aussi des roquettes, des bombes à sous-munitions, des barils largués par hélicoptères, remplis d’explosifs ou de chlorine, un gaz toxique.

Témoignait Abdulkafi Al-Hamid, un enseignant joint par le quotidien via la messagerie WhatsApp, le principal lien des assiégés avec le monde extérieur.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui suit l’évolution de ce carnage, les bombardements ont causé la mort de 120 personnes en quatre jours et fait des centaines de blessés.

ATTENTION : Images choquantes 

Les gens s’endorment au bruit des bombardements et se réveillent au bruit des bombardements. Quasiment aucun quartier d’Alep-Est n’a été épargné par les bombardements du régime aujourd’hui.

S’inquiète Rami Abdel Rahmane, le directeur de l’OSDH.

De l’avis d’un correspondant de l’AFP en secteur rebelle :

Jamais depuis deux ans l’artillerie gouvernementale n’avait pilonné ces quartiers avec une telle intensité, avec des roquettes s’abattant dans un bruit terrifiant et des explosions faisant trembler le sol.

Si les conditions de vie se dégradent de jours en jours à cause des obus, les bombes russes, les gaz toxiques ou encore des barils d’explosif largués par l’aviation du régime, les habitants doivent également affronter la faim au quotidien.

En effet, l’arme de la famine imposée par le régime de Bachar el-Assad depuis quatre mois commence à montrer son efficacité. Les réserves de nourriture, produits médicaux et carburants stockés en prévision du siège, fondent dramatiquement.

Si des négociations menées par l’ONU pour faire entrer des convois humanitaires dans la ville assiégée se poursuivent depuis des semaines, sans succès, l’aide alimentaire distribuée à la population par les services du Conseil local d’Alep ne fait que diminuer.

Aujourd’hui, avec le retour des raids aériens on a oublié la faim.

Se désolait toutefois un père de famille relayé par Le Monde.

Pour l’organisation Médecins sans frontières, le temps presse :

C’est la situation la pire, la plus dramatique qu’on ait jamais vue à Alep

A réagi Carlos Francisco, le responsable de la mission de MSF en Syrie au micro de France Info ce lundi 21 novembre.

La situation est aussi inquiétante d’un point de vue sanitaire, puisque près de deux millions d’habitants d’Alep sont désormais privés d’eau courante, selon l’Unicef qui redoute notamment l’apparition de maladies chez les enfants, déjà traumatisés par « l’horreur qu’ils vivent quotidiennement ».

Les habitants sont isolés, affamés, bombardés et privés d’aide médicale et d’assistance humanitaire afin de les forcer à se soumettre ou à fuir.

A indiqué Stephen O’Brien, le responsable des opérations humanitaires de l’ONU, ce lundi 21 novembre devant le Conseil de sécurité

C’est une tactique délibérée (…) une forme cruelle de punition collective.

A-t-il alerté.

Effectivement, dans cette lutte sans merci, il est important de mettre en exergue que les attaques ne ciblent en aucun cas les insurgés, les opposants ou encore les armés.

Ce sont des bombardements aveugles, justement qualifiés de « crime contre l’Humanité » par les Nations Unies, tout comme la plupart des capitales Occidentales et des organisations de droits de l’homme (Amnesty International ou Human Rights Watch).

Nous mourons. Nous mourons. Avec ce siège, ces bombes, ces destructions. Ca nous tue.

Se lamente un habitant, suppliant la communauté internationale de leur venir en aide.

Malheureusement, l’échiquier international semble de plus en plus défavorable pour les Syriens, notamment après la victoire de Donald Trump aux élections américaines du 8 novembre dernier, un président qui semble tenté par une politique moins hostile envers Bachar al-Assad

En effet, la communauté internationale semble plus que jamais impuissante pour contrecarrer la détermination de Bachar al-Assad et de ses alliés russes, mais aussi iraniens et du Hezbollah libanais pour reconquérir l’ensemble de la deuxième ville du pays et principal front d’un conflit qui a fait plus de 300 000 morts en cinq ans et demi.

Les pays occidentaux qui soutiennent l’opposition ont sous-estimé la campagne militaire lancée par la Russie le 30 septembre 2015 pour venir en aide au régime de Bachar al-Assad, à l’époque en grande en difficulté.

Depuis, les pays occidentaux semblent à bout de solutions car, depuis cinq ans, tous les pourparlers entre Américains et Russes, parrains respectifs de l’opposition et du régime ont échoué.

De plus, tous les plans échafaudés par l’ONU se sont soldés par des échecs.

Au delà de la périlleuse transition politique que vivent les Etats-Unis, de nombreux experts estiment que

L’Europe ne peut plus faire grand-chose.

Se résigne Emile Hokayem, spécialiste de la Syrie à l’International Institute for Strategic Studies.

En effet, ce qui préoccupe l’Europe et les Etats-Unis, c’est que la Syrie est considérée comme une véritable poudrière prête à faire exploser la région. C’est d’ailleurs pour cette raison que les Etats-Unis et la France souhaitent ne réaliser que des attaques limitées.

Les frappes n’ont pas pour objectif de faire changer le rapport de force, mais de simplement montrer la volonté de faire respecter le droit international. Car si le régime est déstabilisé par les frappes occidentales et si les rebelles prennent un avantage sur Assad, les conséquences pourraient être énormes dans la région.

Précise Emile Hokayem

Pour réussir à renverser le pouvoir de Damas,  il faudrait créer les conditions politiques propices et surtout disposer de moyens militaires qui seraient forcément de longue durée. Or aucune de ces conditions ne sont réunies et aucun pays occidental ne souhaite s’engager dans une guerre militaire d’envergure, échaudée par les guerres en Irak ou au Liban.

L’expérience en Irak et en Afghanistan a démontré que le renversement d’une dictature ne signifiait pas la fin des problèmes. Tout comme dans ces pays, l’OTAN ou toute autre mission internationale devrait rester sur place pour plusieurs mois voire plusieurs années pour stabiliser la région. Or, cette contrainte est loin de faire l’unanimité auprès des Européens comme les Etats-Unis déjà embourbés dans plusieurs conflits.

En bref, la communauté internationale, en guerre contre le terrorisme, semble avoir fait son choix entre la survie d’un peuple ou le combat contre les islamistes extrémistes qui attaquent l’Occident.

Ainsi, dans ce chaos meurtrier, les États-Unis ont une nouvelle fois mis en garde samedi soir la Syrie et la Russie contre ces «atroces» bombardements menés depuis plusieurs jours. Barack Obama a vivement condamné, dans les termes les plus forts, les bombardements à Alep :

Il n’y a pas d’excuse pour ces actes atroces. Le régime syrien et ses alliés, la Russie en particulier, sont responsables des conséquences immédiates et sur le long terme de tels actes.

Dans le même temps, l’ONU s’est dite «horrifiée» :

Les Nations unies sont extrêmement attristées et horrifiées par la récente escalade des violences dans plusieurs régions de Syrie et appellent toutes les parties à cesser les attaques indiscriminées contre les civils et les infrastructures civiles», ont déclaré le coordinateur humanitaire de l’ONU pour la Syrie Ali al-Zaatari et le coordinateur humanitaire régional Kevin Kennedy.

Malheureusement, l’opinion internationale ou encore les menaces de la Cour pénale internationale pour le non-respect du droit international humanitaire laissent de marbre le régime de Bach el-Assad et les forces russes. Tous persistent à affamer les populations et à éradiquer des structures de santé qui permettraient à celles-ci de survivre. Une stratégie morbide qui tend à faire fuir les rebelles des quartiers Est de la ville.

Seul compte la victoire de la bataille d’Alep quelles qu’en soit les conséquences ou les dégâts collatéraux.

Pour Bachar el-Assad et ses alliés, peu importe ce massacre de masse ou cette violence inouïe qui se fait dans l’impunité la plus totale. Et au diable les accusations de crimes contre l’Humanité !

Publié le mardi 22 novembre 2016 à 16:30, modifications mercredi 23 novembre 2016 à 1:26

Vous aimerez aussi

Participer:

Proposer une correction Ecrire un article sur le sujet

Suivez-nous:

2 Commentaires