Société

Violences du 1er Mai : la stratégie policière contestée

Au lendemain de la manifestation parisienne du 1er mai marquée par des dégradations et des violences, la stratégie policière déployée face aux 1.200 militants radicaux des “black blocs” est critiquée, malgré un très faible nombre de blessés.

Le dispositif policier était-il sous-dimensionné ?

C’est ce qu’a laissé entendre mercredi 2 mai le ministre de l’Intérieur promettant “encore plus de forces de l’ordre lors des prochaines manifestations”.

On ne peut pas faire face (…) à des mouvements qui, tout d’un coup, prennent une ampleur qui n’avait jamais été connue

a affirmé Gérard Collomb.

Près de 1.500 policiers et gendarmes étaient mobilisés mardi 1er mai. “C’était assez”, a jugé mercredi le préfet de police Michel Delpuech.

Pour le syndicat majoritaire des gardiens de la paix Alliance, les autorités doivent toutefois “revoir en profondeur la doctrine du maintien de l’ordre et notamment le filtrage des participants en amont des manifestations”.

Lors du 1er mai 2017, ces filtrages avaient été mis en oeuvre dans le cadre de l’état d’urgence mais ce dispositif n’est aujourd’hui possible qu’en cas de menace terroriste.

La menace d’ultra-gauche a-t-elle été anticipée ?

Dans une note du 30 avril consultée par l’AFP, la Direction du renseignement de la préfecture de police prévoyait la présence de “500 à 1.000 militants de la mouvance contestataire radicale regroupés en black blocs”. Le préfet avait d’ailleurs pointé lundi le “risque de troubles à l’ordre public”.

Mardi vers 14h30, en moins d’une dizaine de minutes, près de 1.200 “black blocs” ont fait irruption au milieu du pré-cortège de 14.500 personnes, un volume “inédit” compliquant le maintien de l’ordre. Dès les premiers incidents, le préfet de police a été contraint de demander au cortège syndical de changer d’itinéraire, “une première” selon lui.

Pourquoi ne pas avoir arrêté ces militants encagoulés en amont de la manifestation ?

Le problème (…) c’est de savoir si on peut les interpeller. La liberté de manifester existe, la liberté d’aller et venir aussi

a expliqué M. Delpuech.

Les policiers ont-ils tardé à intervenir ?

Le secrétaire général du PCF Pierre Laurent a pointé mardi “l’attitude bien trouble des forces de police qui ont laissé faire pendant près d’1h”. Interrogé mercredi, le ministre de l’Intérieur a rétorqué que les forces de l’ordre étaient intervenues “5 minutes” après l’incendie du McDonald’s, premier commerce à être ciblé vers 15H55.

Au vu de la présence des casseurs au milieu d’un millier de manifestants “pacifiques”, la préfecture n’a pas voulu ordonner de charge policière, de peur de “faire des dégâts collatéraux”.

A 16H00, le préfet donne l’ordre “de projeter l’ensemble des moyens disponibles” pour mettre fin aux dégradations et aux incendies d’un engin de travaux publics et de véhicules. Peu après 16h20, le déploiement de deux lanceurs d’eau permet aussi de disperser les manifestants les plus radicaux.

Les casseurs ont-ils vraiment semé le chaos ?

Pour le syndicat de police Unsa, des “cohortes de black bloc (…) ont semé le chaos dans Paris”. D’après les autorités, 31 commerces ont été dégradés dont deux incendiés, 6 véhicules ont été incendiés et 10 autres ont été dégradés. Les casseurs ont également jeté des projectiles sur les policiers sans chercher l’affrontement direct.

Pour autant, les dégradations sont bien moins importantes que celles commises lors du mouvement contre la loi Travail à l’automne 2017 où une centaine de commerces étaient pris pour cible à chaque manifestation , selon une source policière.

Seules quatre personnes ont par ailleurs été très légèrement blessées, dont un CRS. Un bilan humain “extrêmement léger”, selon M. Delpuech, mais éclipsé par les scènes de saccages qui ont tourné en boucle à la télévision.

Le 1er mai 2017, six policiers avaient été blessés dont “deux très grièvement” tandis que des manifestants avaient fait état de “plusieurs dizaines de blessés” dans leurs rangs.

Pourquoi tant d’interpellations ?

283 personnes ont été interpellées mardi, un “bilan judiciaire inédit” pour ce genre de manifestations selon le préfet Delpuech. Un nombre qui s’explique par plusieurs “encagements” (encerclements) par les forces de l’ordre, visant à éviter le corps-à corps. L’an dernier, seules 5 personnes avaient été arrêtées.

Les syndicats de police ont exigé unanimement “une réponse ferme” à l’encontre des 109 personnes encore en garde à vue mercredi.

Publié le jeudi 3 mai 2018 à 13:37, modifications jeudi 3 mai 2018 à 12:06

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