Société

Trafic de drogue : pourquoi la France l’intègre à son PIB ?

Le trafic de drogue génère 2,7 milliards d'euros par an

A la demande d’Eurostat, l’institut européen des statistiques, tous les pays européens sont appelés à comptabiliser le trafic de drogue et de la prostitution dans le calcul de leur produit intérieur brut afin d’harmoniser les données fournies par les États. Ainsi, depuis mai 2018, le trafic de drogue est intégré au calcul du produit intérieur brut français. Contrairement à la prostitution.

Cannabis, cocaïne, ecstasy, MDMA, héroïne et autres pilules dopent pour la première fois les chiffres de l’économie française. Si la drogue reste illégale en France, elle est à présent prise en compte par l’Insee dans son calcul du PIB (produit intérieur brut), rendu public mercredi 30 mai. Au total, 2,7 milliards ont été engrangés par divers trafics en 2017, soit l’équivalent d’un peu plus de 0,1 point de produit intérieur brut

En France, le seul trafic de cannabis rapporte un milliard d’euros, indique l’Insee. Une première du genre pour l’organisme public. Le trafic de cocaïne génère quant à lui 800 millions d’euros.

Une intégration difficile du trafic de drogue

Le comptage des montants rapportés par la vente de drogue n’est pas chose nouvelle. Mais jusqu’ici, l’Insee s’était toujours refusé à considérer ces euros dans le calcul du PIB. En 2014, l’organisme déclarait :

On voit bien que les consommateurs en situation de dépendance ne sont plus vraiment en mesure d’exercer leur libre arbitre, et donc, on peut arguer que les transactions ne se font pas vraiment par accord mutuel.

De plus, Ronan Mahieu, chef du département des comptes nationaux, confie à l’Obs avoir “essayé de faire valoir la même position qu’en 2014”. Puis avoir cédé à la demande émise par Eurostat en 2013, sans être “totalement convaincu”.

L’Insee s’est donc rallié aux pratiques des autres pays européens, à l’instar de l’Espagne, de l’ltalie ou du Royaume-Uni, qui les ont adoptées dès 2014.

Il fallait garantir une certaine comparabilité entre Etats. Historiquement, il y a une différence entre pays pour calculer la participation au budget de l’Union européenne. Les Pays-Bas incluent le trafic de stupéfiants, donc leur contribution était plus élevée. Il y a donc eu quelques pressions pour faire les choses de manière plus équitable.

Cependant, le calcul du profit généré par le trafic de drogue est délicat, puisque comme l’exprime Emmanuel Auriol, chercheuse à l’Ecole d’économie de Toulouse, à l’AFP que “ce qui est illégal est par définition très difficile à évaluer.”

Par définition, personne ne déclare les trafics de drogue au fisc. Les estimations sont forcément plus fragiles. Le chiffrage est plus incertain. On va s’appuyer sur les études de l’OFDT (l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies) et de l’INHESJ (l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice) sur différents marchés, principalement le cannabis, l’héroïne et la cocaïne. On va intégrer dans nos calculs leurs données portant sur la consommation de stupéfiants par les ménages français, la production de drogues importée, la production résiduelle de cannabis en France et les marges dégagées par les trafiquants.

déclare au Figaro Ronan Mahieu.

L’Insee refuse d’intégrer la prostitution

Dans les faits, c’est la première fois que l’Insee s’intéresse de près à cette économie parallèle. Depuis 2013, l’institut européen de statistiques Eurostat demande de prendre en compte la prostitution, au même titre que le trafic de drogue, dans le PIB. Dans certains pays comme les Pays-Bas, ces activités sont légales, et gonflent le PIB. En Espagne, ce nouveau système a permis de voir le PIB augmenter de 3,3%, rapportait le quotidien El Pais en 2014.

De son côté, l’institut français a longtemps refusé à se plier à ces exigences, invoquant des convictions morales. En janvier dernier, l’Insee a finalement annoncé l’intégration du trafic de drogue à son calcul. Cependant, il refuse toujours d’inclure la prostitution.

La prostitution relève des réseaux, le consentement des prostituées n’est probablement pas vérifié.

a expliqué Ronan Mahieu, responsable du département des comptes nationaux, au Figaro, en janvier.

Aussi, Ronan Mahieu avait vu juste dans ses prévisions de mars 2018. Il prévoyait en effet que l’intégration du trafic de drogue au PIB n’aurait qu’un léger impact :

Ces données seront intégrées au calcul du PIB à partir du mois de mai. Ça ne va pas le faire exploser, il devrait augmenter de 0,1%. Des révisions à la marge, de l’ordre de quelques milliards d’euros à rapporter aux 2200 milliards d’euros du PIB français. Et ça n’influera pas sur le chiffre de la croissance en 2017.

Publié le jeudi 31 mai 2018 à 18:42, modifications jeudi 31 mai 2018 à 18:33

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