Société

Prisons : un “projet d’accord” présenté aux syndicats

La Chancellerie a commencé à présenter jeudi aux syndicats pénitentiaires un nouveau “projet d’accord” pour mettre fin au mouvement des surveillants entré dans son onzième jour, alors qu’un détenu a déposé un premier recours en justice.

 

La garde des Sceaux Nicole Belloubet devait recevoir lors de “rencontres bilatérales” les responsables des principaux syndicats, l’Ufap-Unsa Justice (40%), FO-Pénitentiaire (30%) et la CGT-Pénitentiaire (15%), a-t-on indiqué à la Chancellerie.

Une ultime proposition

“Le ministère devrait nous présenter une dernière proposition”, a assuré à l’AFP Jean-François Forget, secrétaire général de l’Ufap-Unsa, avant d’entrer en réunion.

Cette proposition devrait être le fruit de toutes les discussions menées depuis plusieurs jours.

a abondé Christopher Dorangeville, secrétaire général de la CGT-Pénitentiaire.

Le ministère a mis une enveloppe de 30 millions d’euros sur la table : il y a des progrès sur certains points sécuritaires, sur certaines primes, mais il n’est pour le moment pas question de changer les statuts.

a indiqué à l’AFP une autre source syndicale.

La ministre de la Justice Nicole Belloubet, le 22 janvier 2018 à Paris

(credit photo AFP/Archives) La ministre de la Justice Nicole Belloubet, le 22 janvier 2018 à Paris

Interrogé par l’AFP, le secrétaire général de FO-Pénitentiaire, Emmanuel Baudin, a prévenu jeudi matin que la question statutaire – le passage de la catégorie C à B dans la fonction publique pour les surveillants – restait “une ligne rouge” pour son syndicat.

Conséquence de l’enlisement de la crise pour les prisonniers, un premier recours a été déposé par un détenu du centre de Moulins-Yzeure (Allier) qui n’a pas pu prendre de douche “depuis neuf jours” ou eu droit à des promenades, a annoncé l’Observatoire international des prisons (OIP).

Le mouvement des gardiens de prison, lancé après l’agression de surveillants par un détenu jihadiste à Vendin-le-Viel (Pas-de-Calais), s’est amplifié à la suite d’une série d’agressions, de négociations infructueuses et de l’implication tardive de Nicole Belloubet en première ligne.

Sur le terrain, le mouvement se poursuivait jeudi : 116 des 188 prisons françaises étaient touchées à des degrés divers, avec un “refus de prise de service total ou partiel dans 72 établissements” et des “barrages filtrant ou bloquant dans 84 établissements”, a indiqué à l’AFP la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP).

“Cagnote” pour les grévistes

A Fleury-Mérogis (Essonne), le plus grand centre pénitentiaire d’Europe, une barricade de palettes et de pneus a été montée devant l’entrée de la maison d’arrêt des hommes par une trentaine de surveillants, a constaté l’AFP. A Réau (Seine-et-Marne), les agents ont “déposé les clés”: “les grévistes sont à l’intérieur, mais personne n’a pris le travail”, a raconté Martial Delabroye, de FO-Pénitentiaire.

Le mouvement se poursuivait également en province, avec des blocages nombreux en région Centre, notamment à Saran, où les CRS sont “à l’intérieur depuis trois jours” selon FO, ou à Toulon et Tarascon, dans le sud. Le blocage à Vesoul a empêché le transfert d’un détenu jugé pour viol devant la cour d’assises de Haute-Saône.

La tension était montée d’un cran mercredi, quand l’administration a demandé aux directeurs de prison de sanctionner les surveillants qui bloquent les accès aux établissements. Les gardiens n’ont statutairement pas le droit de grève.

Manifestation de surveillants devant la maison d'arrêt de Lyon-Corbas, le 25 janvier 2018

(credit photo AFP) Manifestation de surveillants devant la maison d’arrêt de Lyon-Corbas, le 25 janvier 2018

Les premières sanctions sont tombées, en Occitanie (à Perpignan) ou dans le Nord: ce sont “des révocations partielles de cinq à 15 jours avec sursis pour la plupart”, a précisé à l’AFP le directeur interrégional des services pénitentiaires, Alain Jégo.

Ils n’ont pas pris la mesure du mouvement, cela ne fait que raviver la flamme, on est encore plus motivés.

ont lancé les grévistes, de la Nouvelle-Aquitaine à l’Alsace. Dans les Bouches-du-Rhône, FO a ouvert mercredi une cagnotte pour soutenir les surveillants qui seraient sanctionnés financièrement.

La situation était particulièrement tendue jeudi matin à la prison du Gasquinoy, à Béziers (Hérault), où des dizaines de surveillants, arrivés cagoulés pour éviter d’être identifiés en cas de sanction, se sont finalement découverts. “On préfère la sanction, plutôt que de mourir au travail”, a expliqué à l’AFP un surveillant gréviste.

Face aux annonces de sanctions, les arrêts maladie se multipliaient, ont relevé les syndicats comme les responsables pénitentiaires: des “absences” inhabituelles ont été constatées à Vendin-le-Vieil, en Aquitaine ou en Corse.

 

Publié le jeudi 25 janvier 2018 à 17:57, modifications jeudi 25 janvier 2018 à 17:15

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