Société

Polémique après les propos du Pape François sur la théorie du genre

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Après un voyage dans le Caucase, le pape François s’est livré à un entretien avec la presse dans son avion le ramenant à Rome. Ses propos sur la France, les manuels scolaires et la théorie du genre ont provoqué de très nombreuses réactions, un séisme politique et un vif émoi dans le corps enseignant.

Lors de son voyage retour, le pape François s’en est pris directement à la France, aux manuels scolaires et aux doctrines enseignées par l’Education nationale, la théorie du genre notamment.

Le souverain pontife est intervenu sur ce thème dans sa prise de parole face aux médias dans son avion. Il a également évoqué la situation d’un père de famille français dont le fils envisagerait de changer de sexe et de devenir une fille à l’âge de 10 ans. Nos manuels propageraient un sournois endoctrinement de la théorie du genre selon le pape.

Avoir des tendances homosexuelles ou changer de sexe est une chose, mais faire un enseignement dans les écoles sur cette ligne [en est une autre. Il s’agit là d’une volonté de] changer les mentalités, d’une colonisation idéologique.

Dans un autre discours, prononcé à Tbilissi, la veille de cette déclaration choc et de son retour à Rome, il avait considéré que la théorie du genre était l’un des rouages d’une guerre mondiale pour détruire le mariage.

Dès lundi, la ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem, invitée sur l’antenne de France Inter, a tenu à réagir aux propos de l’homme d’église. La ministre souhaitait rassurer ses propres paroissiens, les professeurs de l’Education nationale, indirectement pointés du doigt dans les propos du pape pour la transmission du savoir et du programme des manuels scolaires :

Je regrette cette parole pour le moins légère et infondée. [Le pape] est lui aussi victime de la campagne de désinformation portée par les milieux réactionnaires. Je l’invite à venir à la rencontre des enseignants, à feuilleter les manuels, les programmes, pour voir que cette théorie du genre n’existe pas.

Du côté de l’opposition, Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate à la primaire de la droite s’est exprimée sur les déclarations du pape François, sur les antennes de la radio Europe 1 :

Le pape est allé un peu vite en besogne.

Les nombreux débats passionnés et les polémiques récurrentes sur la question de la théorie du genre datent de 2011. Les programmes de sciences de la vie et de la terre des classes de première sur la section devenir homme ou femme avaient déclenché les hostilités entre l’Education nationale, le corps enseignant, les parents d’élèves et une partie minoritaire mais très active de mouvements traditionalistes et réactionnaires. Cette dernière catégorie était en effet très hostile et farouchement opposée à ces nouveaux programmes.

En 2013 et en 2014, ce sont les ABCD de l’égalité, des expérimentations en milieu scolaire qui tentaient de lutter contre les inégalités et les stéréotypes, qui ont été accusées d’introduire et d’inculquer aux enfants des notions sur la théorie du genre.

La mouvance de la Manif pour Tous, très active sur Internet et hostile à la loi Taubira et au mariage des couples de même sexe, a distillé des arguments dans le débat public afin de répandre de fausses informations sur l’Education nationale et la théorie du genre.

De nombreuses familles françaises de confessions musulmanes ont ainsi répondu à l’appel de retirer ses enfants de l’école une fois par mois suite aux suspicions des programmes enseignés dans les cours. La militante Farida Belghoul a été inquiétée par la justice dans cette affaire. Son procès en appel se déroulera le 05 Décembre.

Les nombreuses polémiques, les remous au sein des écoles et des salles de classe et ces mouvements contestataires d’une minorité de parents ou de groupuscules conservateurs et d’extrême droite ont fini par avoir raison du dispositif des ABCD de l’égalité qui a été abandonné.

Les éditeurs d’éducation ont tenu à réagir lundi, suite à cette nouvelle polémique après les propos du pape François :

Les manuels ne comportent aucune mention ni référence à cette théorie du genre. Les différences entre les hommes et les femmes sont abordées sous l’angle factuel des transformations corporelles qui affectent les filles et les garçons au cours de l’adolescence en sciences, et via la lutte contre les stéréotypes et les discriminations dans le cadre de l’enseignement moral et civique.

Les syndicats ont tenu aussi à réagir. Francette Popineau, du syndicat enseignant majoritaire au primaire Snuipp-FSU a souhaité éteindre l’incendie déclenché par les propos du Saint-Père :

On n’enseigne aucune théorie du genre. Je suis très étonnée de la légèreté avec laquelle le pape s’est exprimé [et de] sa méconnaissance totale de ce qui existe dans l’enseignement français.

Elle estime que la lutte contre les stéréotypes est loin d’être gagnée :

Le chantier a été inauguré il y a des décennies, et les stéréotypes ont la vie dure… y compris dans nos manuels !

Mais elle déplore le niveau du débat ambiant :

Dans une période un peu régressive, ça ne pronostique rien de bon du niveau du débat. Les idées passéistes ne servent pas l’école, pas plus qu’elles ne servent la société.

Les programmes de l’Education comportent et proposent en réalité depuis 1989 une éducation à l’égalité entre les filles et les garçons afin de lutter contre les stéréotypes et les discriminations.

En cette rentrée 2016, les manuels scolaires ont été entièrement remaniés et disposent de nouveaux programmes, de quoi susciter des inquiétudes chez certains parents et alimenter de nouvelles controverses.

Reste à espérer que le calme revienne dans les salles de classe et que les mentalités de certains parents d’élèves évoluent en marge de ces polémiques et de ces propos sur la théorie du genre.

Publié le mercredi 5 octobre 2016 à 9:39, modifications mercredi 5 octobre 2016 à 8:33

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