Société

Pendant 50 ans, les femmes étaient presque les seules à être lobotomisées

Une étude menée par trois neurochirurgiens français sur la lobotomie au XXe siècle révèle des chiffres glaçants.

84% des personnes lobotomisées en France, Belgique ou Suisse entre 1935 et 1985 étaient des femmes. Le résultat d’une politique de discrimination et de préjugés lié au genre.

Une révélation surprise

Ils sont trois neurochirurgiens français dans des grands hôpitaux du pays. Ils ont décidé d’enquêter sur la lobotomie en France. L’objectif ? Comprendre comment une pratique “aussi décriée et barbare avait pu s’étendre au monde entier et avait même été récompensée d’un “prix Nobel.” Mais leur enquête a émergé une autre révélation relayée par nos confrères de TV5Monde. Sur les 1340 cas de lobotomie qu’ils analysent entre 1935 et 1985, en France, Belgique et Suisse, 84% des sujets étaient des femmes.

Comment est-ce possible ? La lobotomie était une intervention chirurgicale extrême ayant de lourds effets sur la personnalité des patients. Mais, pourtant, elle a été utilisée massivement. Les médecins l’utilisaient alors pour soigner des pathologies psychiatriques comme la schizophrénie, la grande dépression ou encore les troubles obsessionnels compulsifs. Mais, ce ne sont pas des pathologies spécifiquement liées aux femmes. Statistiquement, la schizophrénie touche même davantage les hommes.

Pourtant, son usage se répand. Et les plaintes n’existent pas ou très peu. Pour une raison très cynique, comme l’explique David Niget, maître de conférence en Histoire à l’université d’Angers et chercheur au Laboratoire CERHIO.

Cette pratique était controversée, mais l’absence de consentement d’une femme ou d’une jeune fille était moins grave que pour un homme, qui par ailleurs pouvait demander plus facilement une intervention chirurgicale sur son épouse que l’inverse. Et socialement, le corps des femmes est davantage considéré comme disponible à l’expérimentation.

Selon l’étude des neurochirurgiens qui va bientôt être publiée dans la revue Nature, ces lobotomies touchent toutes les classes sociales.  A partir de 1951, le phénomène va vraiment commencer à ralentir, remplacée peu à peu par les neuroleptiques.

 

 

Publié le jeudi 29 mars 2018 à 15:33, modifications jeudi 29 mars 2018 à 12:51

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