Société

Mouvement du 22 mars 1968 : Quand la contestation de Mai 68 commençait en mars 68

Il y a cinquante ans, le 22 mars 1968, le « mouvement des enragés » à la faculté de Nanterre marquait le déclenchement des événements de mai 68.

Le Mouvement du 22 mars 1968 est l’un des symboles forts de la contestation étudiante qui a ébranlé la France au cours du mois de mai. Il fut surtout l’expression d’un clivage entre générations qui faisait écho à des situations similaires en Europe de l’Est, mais aussi aux Etats-Unis, au Mexique et même en Chine.

Les prémices de mai 68

Ainsi, ce 22 mars 1968, à la faculté de Nanterre (dans les Hauts-de-Seine), près de 150 étudiants décidèrent d’occuper la tour centrale administrative, un symbole de l’autorité de l’université.

Avant cela, dès la rentrée de 1967, la question de la libre circulation dans les résidences étudiantes avait fait son apparition. En effet, les jeunes hommes, dont le règlement interdisait l’accès aux résidences des jeunes femmes, choisirent d’outrepasser ces interdits. Un outrage qu’il faut remettre dans le contexte de la société très conservatrice des années 60. Pas de contraception, pas d’avortement. Et la femme devait par exemple demander l’autorisation à son mari pour ouvrir un compte en banque. Or, ce sont toutes ces questions de société que les étudiants contestaient alors. Cependant, c’est surtout le contexte international qui focalisait un point de contestation très fort : la guerre du Vietnam.

Car, le 22 mars 1968, les Jeunesses communistes révolutionnaires, emmenées par un certain Daniel Cohn-Bendit, alias Dany le Rouge, dénonçaient l’arrestation de leurs camarades lors d’une manifestation.

En effet, ceux-ci avaient jeté des pierres quelques jours plus tôt contre une agence de l’American express. Un signe de protestation contre la guerre en Asie du Sud-Est.

Ainsi, l’occupation de l’université de Nanterre va se prolonger et les incidents se multiplier. Si bien que le recteur annonça la fermeture de la faculté le 2 mai. A l’époque, le pouvoir a sans doute imaginé que cette agitation ne survivrait pas aux vacances étudiantes. Ni même aux examens. D’ailleurs, en s’attardant sur la presse de l’époque, force est de constater que les sujets concernaient davantage la guerre du Vietnam et le sens des formules-choc du général De Gaulle qu’à cette crise universitaire de la banlieue ouest de Paris.

Pourtant, le lendemain c’est tout Paris qui s’enflammait. En effet, les étudiants migrèrent vers la Sorbonne et y organisèrent un meeting de protestation. La police les évacua brutalement. Le quartier Latin s’est alors hérissé de barricades. Mai 68 était lancé.

Le Mouvement du 22 mars 1968 s’auto-dissout fin mai

Finalement, le « mouvement des enragés » du 22 mars a lancé les prémices de mai 68. Il a jeté les bases des premières revendications de mai sur l’emploi et les salaires. Sans oublier la liberté d’expression, le droit à la différence… Ce mouvement ne s’est revendiqué à l’époque ni d’un mouvement syndical, ni politique. D’ailleurs, il s’est auto-dissous dès la fin mai, pour ne pas devenir un mouvement classique. Il fondait ses idées sur la démocratie directe, avec des décisions prises à l’unanimité. Différentes tendances d’étudiants le composait. En effet, on y trouvait des libertaires, des anarchistes. Mais également ce que l’on a appelé ensuite les « Enragés de Nanterre », d’inspiration situationniste. Et aussi des organisations plus traditionnelles, des trotskistes et des Jeunesses communistes révolutionnaires.

Si le souvenir des événements de mai s’est effacé sous l’action du temps, l’esprit des « enragés » réapparaît de temps en temps sur le campus. En effet, Nanterre n’a-t-il pas été l’un des bastions de la résistance au CPE en 2006? Ou encore en novembre 2007, en réaction à la loi Pécresse sur l’autonomie des universités.

 

Publié le jeudi 22 mars 2018 à 7:02, modifications mercredi 21 mars 2018 à 16:52

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