Société

Les jeunes Français maghrébins et noirs ont 20 fois plus de chance d’être contrôlés par la police

C’est la conclusion d’un rapport alarmant publié ce mercredi 11 avril, qui pointe de doigt la dégradation des rapports entre ces jeunes et la police.

D’après le dernier rapport annuel d’activité du Défenseur des droits publié ce mercredi 11 avril, les jeunes Français perçus comme noirs et maghrébins sont bien plus exposés aux contrôles policiers. C’est l’ancien ministre de la Justice Jacques Toubon qui est à la tête de cette institution depuis 2014.

Les chiffres sont d’ailleurs impressionnants, puisque ces derniers ont “une probabilité 20 fois plus élevée que les autres” de faire l’objet d’un contrôle des forces de l’ordre. Un rapport qui pointe du doigt le comportement de certains policiers, en partie responsables des mauvaises relations avec les jeunes des quartiers.

Des contrôles incessants

Selon le rapport d’activité du Défenseur des droits, 4 jeunes sur 10 entre 18 et 24 ans ont été contrôlés par la police depuis ces 5 dernières années. Et parmi eux, les jeunes perçus comme maghrébins et noirs sont particulièrement exposés. En effet, ils sont 80% à déclarer s’être déjà fait contrôler, et présentent des chances d’être à nouveau arrêtés près de 20 fois supérieures aux autres.

D’après Sébastien Roché, directeur de rechercher et CNRS et spécialiste de la question de la discrimination, cette disproportion alarmante s’explique par le fait que :

Les policiers choisissent leurs cibles en fonction de la couleur de la peau, des apparences. Ce sont des préjugés défavorables.

En outre, ces contrôles sont effectués dans des zones sensibles, où ces catégories de population sont sur-représentées. Il faut également concéder aux policiers qu’une partie de ces contrôles s’explique par des “comportements délinquants”.

Mais plus alarmant encore, la plupart des jeunes interpellés issus de ces minorités dénoncent des “relations dégradées” avec la police. Certains relèvent en effet des “tutoiements” (40% contre 16% pour les autres), des “insultes” (21% contre 7% pour les autres), ou encore des “brutalités” (20% contre 8% pour les autres).

En outre, la fréquence très élevée de ces contrôles va alimenter “un sentiment de discrimination et de défiance envers les institutions policières et judiciaires“, plongeant ces jeunes dans un véritable cercle vicieux.

Une police jugée injuste

Selon Sébastien Roché, ces contrôles sont jugés injustes par la plupart des jeunes. En effet, d’après un rapport sénatorial paru en 2016, seuls 4% de ces contrôles aboutissent effectivement à une interpellation. Ainsi, d’après le sociologue :

Ils sont inefficaces en termes de détection de la délinquance puisque les policiers ne ciblent les personnes contrôlées qu’en fonction de leur couleur de peau. Or, la plupart des Noirs ou des Arabes ne sont pas des délinquants. Avec ce système, ils ratent les vrais délinquants.

D’après l’avocat Slim Ben Achour, ces contrôles au faciès peuvent avoir des répercussions dramatiques. En effet, certains des jeunes interpellés “subissent des troubles de stress post-traumatique” dont les conséquences sont terribles sur tous les aspects de leur vie : d’un point de vue scolaire, professionnel et familial.

Outre cet aspect personnel, ces contrôles aliment le sentiment de rejet républicain chez les jeunes ciblés, et vient nourrir des préjugés racistes dans le reste de la population, qui a l’impression que les mêmes individus sont toujours contrôlés.

Plusieurs solutions envisagées

Pour lutter contre ces contrôles abusifs, Maître Slim Ben Achour se dit favorable à la création d’un récépissé de contrôle d’identité. Celui-ci se présenterait sous la forme d’un document remis à chaque contrôle permettant de savoir pourquoi un jeune est contrôlé par la police. Cela permet de restaurer un lien de confiance et de surmonter le caractère arbitraire de ces interpellations en série.

Pourtant, d’après Slim Ben Achour, le pouvoir exécutif aurait pu remédier au problème à travers la loi sur la création d’une police de sécurité du quotidien, une promesse de campagne d’Emmanuel Macron qui a été lancée en 2018. Mais l’avocat déplore que cette réforme ne fasse en réalité aucunement mention des contrôles abusifs.

Pourtant, la Cour de cassation avait condamné l’Etat en novembre 2016 pour des contrôles discriminatoires des forces de l’ordre. Pour Slim Ben Achour, il est donc grand temps que le pouvoir prenne en compte ce problème urgent.

Pourtant, les forces de police elles-mêmes font entendre un autre son de cloche. En effet, d’après Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative police CFDT, il est faux d’affirmer que les policiers pratiquent le contrôle au faciès. Il juge en effet cela “assez stigmatisant”, et affirme que la plupart des contrôles sont strictement encadrés par la loi.

Celui-ci reconnaît toutefois certains abus, mais dénonce également des préjugés véhiculés par “des associations dogmatiques et idéologiques”. En effet, selon lui il est normal que des individus issus de minorités soient davantage contrôlés dans des quartiers où ils sont bien plus nombreux que “dans le 16ème arrondissement“. Une tentative de défense peu convaincante au vu des chiffres alarmants tirés du rapport annuel d’activité du Défenseur des droits.

Publié le mercredi 11 avril 2018 à 15:46, modifications mercredi 11 avril 2018 à 12:54

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