Société

L’attrait pour les théories du complot s’explique par des mécanismes cérébraux bien identifiés

Notre attirance pour les contenus anxiogènes nous rend particulièrement sensibles aux idées complotistes à l’heure d’une circulation sans précédent de l’information grâce à internet.

D’après le sociologue Gérald Bronner, le succès actuel des théories du complot, notamment sur internet, s’explique aisément par des mécanismes psychologiques liés à notre perception du danger. Et ce n’est pas une bonne nouvelle…

Un sentiment d’attraction/répulsion pour la peur

C’est lors d’une séance publique de l’académie de Médecine de Paris que Gérald Bronner s’est exprimé sur les causes de l’avénement actuel des théories du complot. D’après lui, internet a permis une démultiplication et une meilleure accessibilité de l’information, de sorte que les individus les plus craintifs et les plus sensibles peuvent se laisser entraîner dans des mouvements pourtant absurdes, comme celui des partisans toujours plus nombreux de la Terre plate.

Selon le sociologue, les Hommes ont une faculté naturelle pour identifier très rapidement les sources de danger comme les serpents ou les araignées. D’autres études ont montré que le visage d’autres individus en colère retient beaucoup plus notre attention. Et ce phénomène s’explique aisément, car la peur est un facteur de sélection naturelle déterminant. En effet nos ancêtres les plus craintifs avaient également de meilleurs chances de survie, car on sait que le goût pour le risque est un facteur de mortalité. Et de nombreux indices tendent à le prouver. Ainsi, d’après le sociologue Jocelyn Raude, l’étude de 5 sociétés tribales actuelles a permis de montrer qu’elles étaient particulièrement sensible au danger, au point de déménager l’ensemble de leur village à l’apparition de plusieurs serpents venimeux dans leur zone.

Appliqué à notre société, dans le flux d’information auquel nous sommes soumis, il est donc normal que beaucoup d’entre nous soient davantage attirés par des nouvelles anxiogènes. C’est grâce à ce mécanisme que les propos des complotistes trouvent un large écho au sein de la population actuelle, comme lorsqu’il s’agit de la lutte anti-vaccins.

Des cas évocateurs

D’après une étude publiée à la fin de l’année 2017, 41% des Français déclarent ne pas faire confiance aux vaccins. C’est le résultat d’une longue campagne de désinformation menée par de nombreux mouvements, qui sont amenés à rejeter la vaccination pour ne nombreuses raisons. L’une d’entre elles est basée sur une étude publiée en 1998 dans la revue The Lancet, d’après laquelle il y a un lien établi entre le vaccin contre la rougeole et l’autisme. Or, plusieurs contre-expertises officielles ont finalement prouvé que cette étude n’était pas fondée. Malgré cela, les fausses croyances continuent de circuler. Et cette méfiance a des conséquences notables, puisque le taux de vaccination est en baisse, avec pour conséquence la réapparition de maladies comme la rougeole.

Mais le cas des partisans de la théorie de la Terre Plate est également très préoccupant. En effet, d’après un récent sondage aux Etats-Unis, 34% des jeunes de 18 à 24 ans pensent que la Terre est plate. Et Pour 9% d’entre eux, leur opinion a changé très récemment. Cela confirme donc l’hypothèse selon laquelle des nouvelles comme celles-ci ont tendance à se répandre à un rythme effréné, au mépris de toute logique et de toute rationalité.

Les raisons du succès de ces idées

Pour Gérald Bronner, il y a 4 raisons qui expliquent le succès actuel de ces idées. Les deux premières sont la viralité et la motivation. En effet, ce type de contenu a plus de chance de trouver un large écho à cause de son caractère particulièrement anxiogène. En outre, les partisans de ces théories sont beaucoup plus actifs, notamment sur internet et les réseaux sociaux, que ceux qui les combattent, ce qui multiplie leur chance d’atteindre un grand nombre de personnes.

Les deux autres raisons qui permettent de comprendre le succès de ces idées sont la pression concurrentielle, car face à la masse des autres contenus, il devient de plus en plus difficile de vérifier une allégation, et le biais de confirmation, un phénomène cognitif qui pousse les partisans d’une théorie à ne s’intéresser qu’aux événements qui la confirme.

Pour empêcher ce phénomène, il est donc urgent d’insister sur l’éducation des enfants, afin de leur inculquer un esprit critique suffisant pour lutter contre ces fausses croyances dont les conséquences sont parfois graves.

 

Publié le samedi 7 juillet 2018 à 16:04, modifications samedi 7 juillet 2018 à 10:42

Vous aimerez aussi

Participer:

Proposer une correction Ecrire un article sur le sujet

Suivez-nous:

Discuttez !