Société

La gratuité des transports en commun pose de nombreux problèmes sous-jacents

Derrière le mot “gratuité” se cachent en fait des logiques de transferts de coûts qui pourraient à terme diminuer la qualité des transports en commun.

La maire de Paris Anne Hidalgo a annoncé ce lundi 19 mars 2018 qu’elle étudiait la possibilité de rendre gratuits les transports en commun en Ile-de-France. Celle-ci a défendu ce projet en affirmant qu’il permettrait d’améliorer “la qualité de l’air et de la protection de la santé des citoyens“.

Pour étayer son propos, Anne Hidalgo a cité d’autres agglomérations européennes, comme Bonn et Essen en Allemagne, ou encore Tallin, la capitale de l’Estonie, qui ont déjà expérimenté cette solution avec des résultats très positifs. Mais aucune ne fait la taille de Paris. Qui va donc payer pour les millions de franciliens prenant les transports tous les jours ?

La gratuité se heurte à des objections de taille

Le raisonnement d’Anne Hidalgo a le mérite d’être simple et clair. En rendant les transports gratuits, on incite les franciliens à abandonner leur voiture pour se rendre au travail. Par conséquent, la pollution dans l’agglomération sera mécaniquement réduite. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est déjà passé suite à l’expérimentation de cette solution à Bonn et Essen en Allemagne.

Mais il y a un hic. En effet, ces 2 villes et leurs banlieues ne comptent respectivement que 300 000 et 600 000 habitants. Nous sommes donc très loin des 12 millions de personnes vivant en Ile-de-France, dont 9 millions prenant les transports tous les jours. La gratuité poserait donc de nombreux problèmes dans une agglomération de cette taille.

En effet, comment gérer logistiquement le surplus de voyageur qui se déverserait tous les jours dans les bus, le métro, le tramway et le RER ? D’un point de vue budgétaire, comment pourra-t-on compenser la perte d’importantes sommes d’argent liées à la vente de tickets et d’abonnements ?

La question du coûts est bien entendu la plus pressante. En effet, d’après le syndicat des transports d’Ile-de-France, le coût de fonctionnement de tous les transports cumulés est “d’environ 10 milliards d’euros“. La vente de tickets et d’abonnements permet de couvrir 28% de cette somme, le reste étant financé par les collectivités locales ainsi que des recettes comme celles de la publicité.

En cas de gratuité, il faudra donc trouver un moyen de compenser la perte de 2,8 milliards d’euros de recette. Mais ce n’est pas tout, car l’augmentation du nombre de voyageurs quotidiens que provoquerait la gratuité des transports générerait nécessairement une hausse importante des coûts de fonctionnement.

Qui va payer ?

Comme l’affirme le journaliste américain Chris Anderson dans son livre “Free ! Entrez dans l’économie du gratuit” cité par le magazine Slate :

Rien n’est gratuit dans la société de marché. […] La gratuité est seulement garantie par une réduction absolue des coûts de production qui rend, de fait, inutile la mise en place d’un prix. […] Autrement, le gratuit est seulement un coût subventionné par un nouvel acteur. […] Ce n’est qu’un simple transfert.

C’est le célèbre modèle du “freemium”, adopté par de nombreux acteurs de l’économie numérique. Ainsi, si Facebook est gratuit pour ses utilisateurs, c’est parce que les recettes du groupe sont générés par la publicité des différents annonceurs sur le réseau. De même, pour les plateformes de streaming musical, qui font payer un abonnement pour éviter les publicités.

Dans les deux cas, une minorité de consommateurs paient pour obtenir un service “Premium”, dont les revenus assurent la gratuité pour la masse des autres utilisateurs. De la même façon, le pari d’Anne Hidalgo provoquerait donc simplement un transfert de la manne financière des tickets de métro vers d’autres sources de revenus.

En effet, pour compenser la gratuité totales des transports en Ile-de-France, plusieurs possibilités ont été évoquées. Et plusieurs d’entre elles ne vont pas faire plaisir à tout le monde… Ainsi, Anne Hidalgo a parlé de la possibilité de mettre en place un péage à l’entrée de Paris afin de taxer systématiquement les automobilistes, au micro de France Bleue.

L’illusion de la gratuité

Comme dans le cas de Facebook ou de Spotify, les usagers paieront à côté ce qu’ils économiseront grâce à la gratuité des transports. En effet, outre la mise en place d’un péage très contraignant à l’entrée de Paris, la multiplication des publicités dans le métro a été évoquée. La gratuité se fera donc sûrement au détriment du confort des voyageurs.

Au-delà du coup de communication réussi qu’a provoqué cette annonce, il faut donc s’interroger sur la logistique derrière une telle mesure. Car derrière le mot “gratuité” se cache en réalité un transfert des coûts et une diminution de la qualité des transports. Il s’agit donc en dernière instance d’une mesure plus écologique que sociale.

Publié le mercredi 21 mars 2018 à 16:17, modifications mercredi 21 mars 2018 à 16:11

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