Société

Faut-il autoriser les téléphones portables en prison ?

Le débat est plus que jamais d’actualité, et les avis diffèrent… Alors que faut-il en penser ?

En voilà une épineuse question… Question qui a été relancée suite à un malentendu avec la Ministre de la Justice. Que faut-il penser de l’usage des téléphones portables en prison ? la polémique enfle, et il est temps de faire un point…

Que dit la loi ?

La loi est très claire. En effet, la présence des téléphones portables dans les prisons françaises est normalement interdite. C’est la norme en vigueur actuellement. Pourtant, 19 339 mobiles et accessoires ont été découverts en prison lors du premier trimestre de l’année 2017. Ce qui prouve que de nombreux détenus ont un téléphone portable à leur disposition.

D’ailleurs, nombreux sont ceux à se filmer et à se photographier, puis à diffuser ces contenus sur les réseaux sociaux. On a même vu un clip de rap, tourné dans une prison française, émerger sur Internet !

Donc… la loi n’est pas appliquée. Et les surveillants pénitentiaires en ont marre. Car ils passent beaucoup de temps à traquer les mobiles dans les cellules. Alors, faut-il les autoriser pour simplifier la vie de tout le monde ? La question a clairement été posée…

Une réponse sans appel de la Ministre de la Justice

La Ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a été interrogée à ce sujet. Selon le journal La Provence, cette dernière ne voit pas bien le souci. Il faudrait selon elle autoriser les téléphones portables en prison, à condition que ce soit bien contrôlé.

Pourtant, ce mercredi, la Ministre a démenti ces propos. Elle affirme qu’une réflexion à ce sujet est en cours. Il ne s’agit pas d’autoriser les téléphones portables en prison, mais d’installer des téléphones fixes dans les cellules des détenus.

Faut-il autoriser les téléphones portables ?

Ce malentendu relance donc le débat. Les détenus devraient-ils avoir le droit d’utiliser un téléphone portable ? Et bien Adeline Hazan, contrôleuse générale des prisons, et l’Observatoire International des Prisons, semblent y être favorables. En effet, certains affirment même que cet usage est carrément primordial pour les détenus.

François Bès, coordinateur du pôle enquête de l’OIP, a ainsi expliqué que les détenus doivent pouvoir avec des contacts avec leurs famille. A ce jour, seul le courrier est réellement autorisé par la loi. Les cabines téléphoniques sont également utilisées, mais elles ne garantissent aucune intimité aux personnes incarcérées. Pour le bien-être des détenus, il serait donc bien, selon François Bès, d’accepter qu’ils utilisent leur téléphone portable en prison.

Une question de santé

Mais ce n’est pas la seule raison avancée par François Bès. Ce dernier estime également que c’est une question de sécurité pour les détenus. Il est déjà arrivé qu’un prisonnier fasse par exemple un malaise dans sa cellule. Les surveillants n’entendent pas toujours les appels au secours, et le codétenus pourrait donc les prévenir grâce au téléphone mobile. Sans compter que la prévention du suicide fait partie de ce large débat.

En effet, de nombreux détenus songent malheureusement au suicide. Or, s’ils ont des contacts avec leur famille et leurs amis grâce au téléphone mobile, ils peuvent faire part de leurs envies suicidaires. Ainsi, en discutant avec eux, ils retrouvent parfois le sourire et oublient ces envies de suicide. C’est en tout cas l’une des théories avancées par ceux qui souhaitent autoriser les téléphones portables en prison.

Quelle est la situation actuelle ?

Actuellement, les détenus n’ont pas beaucoup de choix pour contacter leurs proches. Ils peuvent donc écrire bien entendu, ou téléphoner à partir des cabines fixes. Ces dernières sont généralement installées dans les cours de promenade. Plus rarement dans les coursives. Les prisonniers n’y ont accès que 4h par jour, souvent lorsque leurs proches sont en train de travailler.

Sans compter que ces communications sont payantes. En moyenne, les détenus qui veulent téléphoner souvent doivent débourser environ 200 euros par mois… Ce qui n’est pas simple ni pour eux, ni pour les familles.

Voilà donc pourquoi, il faudrait autoriser les téléphones portables en prison. Mais attention, la contrôleuse générale des prisons affirme que certes il faut les autoriser, mais il est essentiel également de les contrôler étroitement.

Que contrôle faut-il mettre en place ?

Il faudrait contrôler les mobiles des détenus pour que ces derniers ne puissent avoir qu’un accès restreint à Internet notamment. Il est également envisageable de mettre en place une système d’écoute, ou encore de donner un accès uniquement à certains numéros. Ainsi, les détenus ne pourraient pas tout faire, bien au contraire. L’idée est donc seulement de leur permettre de garder un contact permanent avec leurs proches et leurs amis.

D’autres limites pourraient également être envisagées par les magistrats ou le personnel pénitentiaire, selon François Bès. Ce dernier explique notamment lors d’une interview pour l’Express que les détenus considérés comme dangereux pourraient se voir interdire l’usage du téléphone portable. Mais ces cas sont quand même relativement rares. Il serait donc dommage de priver les autres détenus des téléphones portables à cause d’eux. Il serait selon lui préférable d’interdire cet usage du mobile aux détenus dangereux.

Et l’accès à Internet ?

Si certains affirment que les détenus ne doivent pas avoir accès à Internet, François Bès quant à lui n’y semble pas opposé. Il affirme que c’est important de rester en lien avec la réalité, et de préparer efficacement la sortie de prison. Le détenu pourrait ainsi par exemple rechercher un emploi avant sa sortie de prison. Ce qui est totalement impossible s’ils n’ont pas accès à Internet.

Pourtant, le réel problème ne semble pas lié à la recherche d’emploi, mais plutôt aux réseaux sociaux. Car les prisonniers sont friands des réseaux sociaux et aiment faire part aux internautes de leurs vies derrière les barreaux. Pourtant, François Bès estime que l’usage du téléphone portable et la présence des détenus sur les réseaux sociaux leur permet de rester « des êtres humains ». D’autant plus que selon lui, les réseaux sociaux permettent de connaître la vie des détenus, et de découvrir certaines choses sur leur condition de vie au quotidien.

C’est comme ça que nous avons par exemple pu être avertis de la présence de rats à Fresnes, ou des conséquences de la surpopulation, en voyant leur matelas posés par terre.

Le débat est vaste, compliqué, mais plus que jamais sur le devant de la scène. Alors, faut-il oui ou non autoriser les téléphones portables en prison ? Le débat est ouvert sur Minute News !

Publié le jeudi 24 août 2017 à 12:33, modifications jeudi 24 août 2017 à 11:41

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