Société

Face aux incertitudes du Brexit, l’option de la citoyenneté britannique

C’est au son des Beatles que de tout nouveaux citoyens britanniques s’apprêtent à prêter allégeance à la reine Elizabeth II – et à grossir les rangs des ressortissants de l’UE espérant assurer ainsi leur avenir au Royaume-Uni après le Brexit.

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A la mairie d’Islington (nord de Londres), dans le groupe qui se rassemble devant “l’Union Jack”, le drapeau du Royaume-Uni, et un portrait de la reine, on parle cricket, sport très prisé dans le pays, signe de leur attachement à leur nouvelle patrie.

Avant le référendum (sur l’UE du 23 juin 2016), je n’avais jamais pensé à prendre la citoyenneté britannique

explique Almudena Lara, une Espagnole de 43 ans, employée dans une organisation caritative.

En tant que citoyenne européenne, je me sentais chez moi ici. Mais maintenant, avec toute l’incertitude… Etant donné que j’avais le droit d’obtenir ma citoyenneté, c’était plus sûr de le faire.

ajoute cette mère de deux enfants qui vit au Royaume-Uni depuis dix-neuf ans.

‘J’ai ma place ici’

Des nouveaux citoyens britanniques chantent l'hymne national lors d'une cérémonie d'allégeance à la reine Elizabeth II, le 5 février 2018 à la mairie d'Islington, dans le nord de Londres

(credit photo AFP) Des nouveaux citoyens britanniques chantent l’hymne national lors d’une cérémonie d’allégeance à la reine Elizabeth II, le 5 février 2018 à la mairie d’Islington, dans le nord de Londres

Londres et Bruxelles ont conclu un accord préliminaire en décembre pour garantir les droits d’environ trois millions de citoyens européens vivant au Royaume-Uni et d’un million d’émigrés britanniques dans l’UE. Mais beaucoup se méfient des promesses, et, en 2017, 38.528 ressortissants de l’UE ont obtenu la citoyenneté britannique, contre seulement 15.460 en 2016.

J’aurais de toute manière probablement fini par le faire

dit Julie Kvaerndrup, une enseignante de musique danoise de 33 ans, en recevant son nouveau passeport.

Mais le référendum a précipité ma décision

ajoute-t-elle.

Je me suis dit: “Que va-t-il se passer dans cinq, dix ans ?”.

L'officier d'Etat civil d'Islington, Dion Goncalves, installe un portrait de la reine Elizabeth II avant une cérémonie d'allégeance de nouveaux citoyens britanniques, le 5 février 2018

(credit photo AFP) L’officier d’Etat civil d’Islington, Dion Goncalves, installe un portrait de la reine Elizabeth II avant une cérémonie d’allégeance de nouveaux citoyens britanniques, le 5 février 2018

Pour valider l’accession à la citoyenneté britannique, il est nécessaire d’assister à une cérémonie à la mairie de son quartier, lors de laquelle il faut prêter allégeance à la reine et s’engager à respecter les lois et les valeurs démocratiques du pays.

À Islington, l’officier d’Etat civil, Dion Goncalves, a choisi de mettre un peu d’ambiance en diffusant les tubes des Beatles. Son travail consiste principalement à vérifier que les personnes naturalisées prononcent bien le serment.

Au moment d’aborder leurs nouveaux droits, il évoque les appels croissants en faveur d’un second vote sur le Brexit, notant qu’ils pourront désormais participer à “tout nouveau référendum”.

Sud-Africain, de parents portugais, Dion Goncalves supervise ces cérémonies depuis 2005, et a lui-même obtenu sa citoyenneté en 2013. Qu’en a-t-il retiré ? La possibilité de pouvoir porter des chaussettes avec des sandales! plaisante-t-il, avant d’ajouter, plus sérieusement: “Ça veut dire que j’ai ma place ici”.

‘Sentiment d’urgence’

Une femme, nouvelle citoyenne britannique, montre son certificat de naturalisation, après une cérémonie d'allégeance à la reine Elizabeth II, le 5 février 2018 à Islington, dans le nord de Londres

(credit photo AFP) Une femme, nouvelle citoyenne britannique, montre son certificat de naturalisation, après une cérémonie d’allégeance à la reine Elizabeth II, le 5 février 2018 à Islington, dans le nord de Londres

La majorité des demandes proviennent du sous-continent indien et d’Afrique subsaharienne. Certains ressortissants de ces pays, mais aussi de l’UE, sont venus au Royaume-Uni après avoir fui leur pays d’origine.

Je suis gay et j’ai grandi dans un pays où je ne me sentais pas en sécurité

souligne George, un artiste chypriote de 36 ans.

Aujourd’hui, je me sens en sécurité. Il ne s’agit pas juste d’être Britannique, il s’agit d’avoir un foyer qui m’accepte.

Pour obtenir le passeport britannique, les candidats doivent normalement avoir vécu au Royaume-Uni pendant au moins cinq ans. Le processus lui-même peut s’avérer long et coûteux (plus de 1.300 livres, soit environ 1.500 euros). Les demandeurs doivent aussi passer un test de culture britannique, couvrant l’histoire, la politique, les sports ou encore la cuisine.

Andrei Misarca, un ingénieur informatique roumain de 26 ans, vient tout juste d’obtenir sa citoyenneté lors d’une cérémonie à Ealing (ouest de Londres). Il n’en attend pour autant pas de grands changements, si ce n’est peut-être des facilités pour voyager. Le jeune homme, qui vit au Royaume-Uni depuis plus de sept ans, explique avoir été saisi par un “sentiment d’urgence” après le référendum sur le Brexit.

Maintenant j’ai l’impression de faire déjà partie de la société (britannique). Même si je ne comprends toujours pas les règles du cricket…

se réjouit-il.

Publié le mercredi 28 février 2018 à 9:32, modifications lundi 19 mars 2018 à 15:52

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