Société

Esclavage : Plusieurs personnalités appellent à déboulonner « les statues de la honte » de Colbert

A l’initiative de Louis-Georges Trin, le président du Cran, et du philosophe Louis Sala-Molin, plusieurs personnalités demandent que les statues de Colbert, ministre de Louis XIV et acteur de la légalisation de l’esclavage, soient retirées de l’espace public.

Dans une tribune publiée ce dimanche 17 septembre dans Le Monde plusieurs personnalités ont demandé à ce que les statues de Colbert soient déboulonnées. Mais aussi à débaptiser les établissements scolaires qui portent le nom du célèbre ministre de Louis XIV.

L’idée peut paraître radicale, elle n’en est pas moins à l’initiative de plusieurs associations, citoyens et professeurs. Au premier rang desquels figurent Louis-Georges Tin, le président du CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France) et le philosophe Louis Sala-Molin. Ainsi, ils considèrent Jean-Baptiste Colbert comme l’un des pionniers de l’esclavage en France, considérée aujourd’hui comme un crime contre l’humanité.

En effet, outre son rôle de ministre des Finances, Jean-Baptiste Colbert prépara en effet le fameux Code Noir. Celui-ci promulgué après sa mort en 1683, légalisa le commerce négrier. Le ministre fonda également la célèbre Compagnie des Indes qui exploita largement cette « main-d’œuvre ».

Or la loi tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que « crime contre l’humanité », portée par Christiane Taubira en 2001, stipule :

La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique constitue un crime contre l’humanité.

 Les statues de la honte 

Justement dans la tribune publiée dans Le Monde, les personnalités s’interrogent :

Comment peut-on sur un même fronton inscrire le nom de Colbert. Et juste au-dessous, Liberté, Egalité, Fraternité? Comment peut-on enseigner le vivre-ensemble et les valeurs républicaines à l’ombre de Colbert?

Le CRAN appelle précisément à déboulonner les statues de Colbert comme l’ont été celles de généraux confédérées aux Etats-Unis. Et ainsi, de débaptiser les rues à son nom.

En effet, en août dernier, Charlottesville dans l’Etat de Virginie, était devenu le théâtre d’une importante manifestation rassemblant l’extrême droite américaine, des néo-nazis aux membres du Ku Ku Klan.

A l’origine, des suprématistes blancs étaient venus protester contre le déboulonnement de la statue du général Lee, héros sudiste de la guerre de Sécession, décidé par la municipalité.

A la fin du mois, la polémique avait atteint l’Hexagone après la publication dans le journal Libération date du 29 août d’un article de Louis-George Tin. L’universitaire avait appelé la France à «  balayer devant sa porte ».

Rares sont ceux qui ont évoqué ce problème dans le contexte français.

S’était-il insurgé.

Ainsi, à présent, le CRAN réclame le remplacement de ce qu’il appelle « les statues de la honte » de Jean-Baptiste Colbert à l’Assemblée nationale. Les remplaçants par des figures de personnalités ayant lutté contre l’esclavage et le racisme.

Et le président du CRAN d’énumérer les noms de rues portant des noms ayant joué un rôle majeur dans l’esclavage comme Balguerie et Gradis à Bordeaux. Grou et Leroy à Nantes. Ou encore Masurier et Lecouvreur au Havre.

 Travail pédagogique 

Dans le détail, cette proposition ravive le complexe débat sur la place à accorder aux hommes qui ont fait « de grandes choses », mais aussi d’autres terribles. Parfois à contextualiser dans une époque.

Ainsi, pour la philosophe, Bérénice Levet, que faire de Napoléon qui était un dictateur. Ou encore de Pierre de Coubertin qui méprisait les olympiades « femelles » ? Autant de personnalités historiques et controversées qui sont pourtant toujours honorées.

Or, conscient de ne pouvoir demander à la France de modifier tous les symboles liés à l’esclavage dans l’espace public, Louis-Georges Tin a affirmé :

On ne peut pas non plus ne rien faire. En restant dans le déni et dans le mépris, comme si le problème n’existait pas. Entre ceux qui disent qu’il faut tout changer et ceux qui disent qu’il ne faut rien changer, il y a probablement une place pour l’action raisonnable.

Publié le lundi 18 septembre 2017 à 12:12, modifications lundi 18 septembre 2017 à 11:51

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