Société

Enquête Ifop sur les violences sexuelles : Une femme sur 10 a été violée au cours de sa vie

Une enquête Ifop sur les violences sexuelles faites aux femmes révèle qu’une femme sur dix déclare avoir été violée au moins une fois dans sa vie.

Une enquête réalisée par l’institut Ifop pour la fondation Jean-Jaurès auprès de 2.167 femmes a dressé un premier constat alarmant quant à la fréquence des attitudes sexistes et des violences sexuelles à l’égard des femmes.

Une majorité de femmes exposées aux violences sexistes

Cette étude, dont franceinfo a dévoilé les résultats vendredi 23 février montre également que 58% des femmes interrogées déclarent avoir été confrontées à des comportements déplacés, 50% à des insultes ou des remarques sexistes, et 45% à des gestes grossiers à connotation sexuelle.

Par ailleurs, plus d’une femme sur dix (12%) déclare avoir été victime d’un ou plusieurs viols. Cela représente pas moins de 4 millions de femmes de France. Face à ce résultat glaçant, l’enquête révèle un autre chiffre marquant. Ainsi, 43% des femmes déclarent avoir déjà subi des caresses ou des attouchements sexuels sans leur consentement. En d’autres mots, une agression sexuelle.

Or, invitée sur franceinfo ce vendredi matin, Alice Debauche, sociologue et chercheuse à l’Ined, a expliqué cette augmentation importante par une baisse « du seuil de tolérance face aux violences sexuelles » des femmes. Elle a commenté que les jeunes générations étaient plus promptes que leurs aînées à parler de ces violences. En effet, les résultats de l’enquête montrent que les femmes de 65 ans ou plus sont moins nombreuses à déclarer des attaques sexuelles. Dans le même temps, les moins de 35 ans en discutent plus souvent avec un proche lorsqu’elles ont été violées.

Ainsi, dans le sillage de l’affaire Weinstein et le mouvement MeToo la parole des femmes sur les violences sexuelles s’est libérée.

C’est bénéfique et ça a pu faciliter les réponses de certaines femmes au questionnaire.

S’est justement félicité Michel Debout, psychiatre et administrateur de la fondation Jean-Jaurès.

Quand une personne se sent honteuse à cause de quelque chose qui lui est arrivé, elle peut avoir tendance à se le cacher à elle-même. Alors que quand elle voit que c’est arrivé à d’autres personnes, elle réalise ce qu’il s’est passé.

Peu de plaintes

Toutefois, si la parole est plus libre, le psychiatre a nuancé :

C’est plus facile d’en parler dans le cas d’une agression par un inconnu. En revanche, quand il s’agit de son propre conjoint ou d’un ami de la famille, les choses sont beaucoup plus lourdes.

En effet, l’enquête montre une nouvelle fois que dans la plupart des cas, l’agresseur et sa victime se connaissent. Qu’il s’agisse du cercle d’amis, de collègues de travail ou même de la famille. L’enquête met en exergue que dans seulement 12% des cas, l’agresseur était inconnu de la victime. Et dans presque un cas sur trois, il s’agit même du conjoint. 36% à 48% de ces victimes déclarent également que le viol a eu lieu à leur domicile.

Alors si la parole sur les violences sexuelles se libère, la route est encore longue. 62% des femmes ayant déclaré avoir été violée n’en ont pas parlé à un proche. Et seules 11% à 19% d’entre elles déclarent avoir déposé plainte.

Les victimes restent alors dans le silence pendant des années. Ce qui a un impact psychologique lourd, puisqu’on multiplie par quatre les chances de faire une tentative de suicide, selon le psychiatre. L’enquête le montre bien : 38% ont déjà envisagé de se suicider. Et, parmi ces femmes, plus de la moitié a fait au moins une tentative au cours de leur vie.

 

Publié le samedi 24 février 2018 à 9:36, modifications samedi 24 février 2018 à 9:17

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