Société

Droits LGBT : l’OMS explique la requalification de la trans-identité

Une décision communiquée hier

Hier, l’Organisation mondiale de la santé sortait la “non-conformité de genre” de sa liste de maladies mentales. Par la voix du Dr Lale Say, l’OMS détaille le processus qui a mené à cette décision.

Nous vous informions ce matin de la requalification de la trans-identité par l’Organisation mondiale de la santé.

Femme trans portant le drapeau à cinq bandes qui symbolise la cause des personnes transgenres / Crédits © Hornet

CIM-11 : requalification de la trans-identité…

À travers le CIM-11, qui est la onzième révision de la classification internationale des maladies, l’OMS procédait hier a un changement historique pour les LGBT. En effet, elle faisait passer la trans-identité du statut de trouble mental à celui de simple condition de santé nécessitant des soins spécifiques.

Par conséquent, les personnes transgenres ne sont plus considérées comme atteintes d’une maladie mentale. Passé le soulagement d’une telle nouvelle, des interrogations demeurent néanmoins.

…Mais des questions demeurent…

Ainsi, les principaux concernés peuvent se demander comment cette avancée salutaire a-t-elle vu le jour ? Quelle est exactement la nouvelle vision de la “non-conformité de genre” dans l’institution de santé publique de l’ONU ? Enfin, peut-on prévoir des conséquences positives découlant de cette requalification de la trans-identité ?

Le Dr Lale Say répond à ces questions. Cette dernière est coordinatrice de l’équipe de l’OMS s’occupant des adolescents et des populations à risque. La spécialiste est plus particulièrement active au sein du département de santé reproductive et recherches de l’OMS. Dans une interview interne mise à disposition du public par l’organisation, elle revient sur les inquiétudes des personnes transgenres et leurs alliés.

L’OMS y répond par la voix du Dr Lale Say

Dr Lela Say / Crédits © Organisation mondiale de la santé

Le docteur Lale Say définit, en introduction, ce que l’on entend par “non-conformité de genre”.

La “non-conformité de genre” est le sentiment d’une incohérence persistante entre l’expérience personnelle de son genre par une personne, et le sexe biologique qui lui a été attribué à sa naissance

Rappelle-t-elle, avant d’entrer dans le vif du sujet.

Q1 : Quelles différences entre l’ancienne et la nouvelle classification ?

Jusqu’à présent, la “non-conformité de genre” était dans le registre des maladies mentales du CIM.

Dans la version 11 de celui-ci, elle appartient dorénavant à une catégorie nouvellement créée : la santé sexuelle.
Nous avons crée l’identifiant “santé sexuelle” pour y placer les conditions qui relèvent de la santé, sans toutefois appartenir aux autres catégories que le CIM avaient auparavant.

Q2 : Pourquoi la trans-identité a-t-elle été ôtée des troubles mentaux ?

“Être transgenre n’est pas une maladie mentale” Crédits © Riley J. Dennis

Parce que nous en avons une meilleure compréhension.
Nous savons désormais que la “non-conformité de genre” ne fait en réalité pas du tout partie des maladies mentales.

En plus, la catégoriser en trouble mental causait des préjudices (aux personnes transgenres).

Donc, pour réduire ce stigmate et en même temps favoriser les interventions médicales nécessaires à cette condition de santé,
il avait été décidé de placer la trans-identité dans la catégorie “santé sexuelle” lors de l’édition de la prochaine version du CIM.

Q3 : Qu’implique ce changement de catégorie ?

Sortir la trans-identité des troubles mentaux aura deux effets :
-réduire les préjugés ;
-faciliter l’acceptation par la société des personnes qui vivent ou se reconnaissent dans la “non-conformité de genre”

Dit-elle.

Avant d’expliciter un autre effet positif, mais subtil, au niveau de la prise en charge des personnes transgenres par les professionnels de santé.

En termes de soins de santé, il n’y aura pas de grandes différences, puisque cette catégorie aura toujours sa place dans le CIM.

Mais en réalité, nous pensons que la réduction du stigmate augmentera l’accès aux soins pour les personnes transgenres.

En effet, nous prévoyons qu’elles feront plus facilement appel aux professionnels de santé (car elles auront moins peur d’être jugées).

Q4 : Votre décision est-elle due aux plaidoyers des concernés ?

Évidemment, il est primordial d’écouter ceux qui, les premiers vivent cette condition

Reconnait Lale Say.

Cependant, elle estime que le changement de position de l’OMS n’est pas seulement le fruit du retour des expériences des personnes transgenres et des plaidoyers des militants et activistes LGBT.

Manifestation pour les droits des personnes transgenres / Crédits © Independent.co.uk

C’est-à-dire que toutes les informations et données disponibles sur ce sujet qu’est la “non-conformité de genre” ont été étudiées et évaluées par un conseil externe à l’OMS.
Lale Say développe et dévoile les étapes qui ont abouti à cette conclusion.

Il s’agit du croisement de plusieurs sources :
-les données scientifiques disponibles sur la trans-identité ;
-les retours des professionnels traitant du sujet ;
-la prise en compte des expériences des personnes transgenres

Tout cela a formé la base de notre décision.

Conclut-elle.

En somme, une procédure identique à celle qui leur avait permis, en 1990, de déterminer que l’homosexualité n’était pas une condition nécessitant une inscription dans le registre des maladies mentales.

Toutefois, comme le souligne Tetu, il y a une étape ultime. Pour être effective, la requalification de la trans-identité  devra être soumise à un vote de l’Assemblée mondiale de la Santé, en mai 2019.
Avant d’être mise en vigueur en janvier 2022, le temps pour « les pays de planifier leur utilisation de cette nouvelle version » comme l’indiquait l’OMS dans son communiqué.

Publié le mardi 19 juin 2018 à 18:53, modifications mardi 19 juin 2018 à 16:26

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