Société

Douze millions de filles mineures mariées de force chaque année

Un nouveau rapport de l’UNICEF fait état de chiffres alarmants concernant les mariages forcés de mineures. Bien qu’une baisse soit à noter, les efforts et progrès doivent être doublés.

Dans un nouveau rapport publié ce mardi , l’UNICEF met en avant de nouvelles données sur les mariages forcés. L’association ne rapporte pas moins de 12 millions de filles mineures mariées chaque année et évoque l’urgence “d’accélérer le rythme des progrès“. Un nouveau bilan aux allures positives, bien que peu suffisantes.

Des chiffres alarmants

Répandue notamment en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, la pratique du mariage précoce (mariage d’enfants) reste malheureusement d’actualité. En Afrique du Nord, au Moyen-Orient et dans certaines parties de l’Asie, le mariage à la puberté ou avant n’est pas chose rare. Les chiffres sont alarmants et ne peuvent être d’une parfaite exactitude: en effet, de nombreux mariages se passent dans le secret, n’étant ni officiels ni enregistrés. Par exemple, dans les pays en développement, ce sont plus de 60 millions de femmes, entre 20 et 24 ans, qui étaient mariées ou en concubinage avant leurs 18 ans. Parmi elles, 31 millions vivent en Asie du Sud. Au Bangladesh, en République Centrafricaine, au Tchad, en Guinée, au Mali au Niger, ce sont plus de 60% des femmes qui sont mariées ou en concubinage avant leur majorité. Il ressort également que les femmes ayant bénéficié d’une éducation primaire sont moins nombreuses à être mariées par rapport à celles n’ayant reçu aucune éducation.

Des décisions dramatiques

Les mariages forcés sont organisés pour diverses raisons. Une jeune fille considérée comme un fardeau économique pour une famille pauvre sera mariée de bonne heure. Souvent, son mariage se présente également comme seul moyen de survie pour sa famille. Le mariage d’enfant peut aussi être guidé par la volonté de rendre docile la fille au sein de sa prochaine famille. En mariant l’enfant très tôt, les familles s’assurent de pouvoir rendre son comportement doux et malléable afin de maximiser son futur travail de femme mais aussi son nombre de grossesses. D’autre part, certaines familles pensent également que le mariage d’enfant protégera leur fille de la violence sexuelle, ou d’une éventuelle grossesse hors mariage. De nombreux parents pensent protéger leurs enfants en la confiant aux “bons soins” protecteur du mari.

Les conséquences de ces mariages précoces sont nombreuses. Mariées, les filles ne vont plus à l’école, et font face à de nombreux problèmes de santé. Qu’il s’agisse de grossesse prématurés ou d’infections sexuellement transmissibles -notamment le SIDA- le taux de mortalité infantile augmente. La violence et les crimes sexuels sont également au cœur de ces mariages. Viols, violences physiques et mentales: la maltraitance est courante. Fréquemment, les enfants refusant le mariage sont punis et peuvent même devenir les victimes de vengeance pour les “crimes” commis par leurs familles.

Une baisse toujours insuffisante

Ce mardi, l’UNICEF faisait l’état d’une baisse de 15% des mariages forcés en 10 ans. Cela représente une fille sur cinq impliquée dans le mariage d’enfants, contre une fille sur quatre auparavant. C’est en Asie du Sud que le recul le plus important a été noté au cours des 10 dernières années. Le risque pour les filles de subir un mariage forcé a diminué de plus d’un tiers en passant de 50% à 30%.

Les progrès en Inde sont en grande partie responsable de ces chiffres: une évolution positive des taux d’éducation des filles, de forts messages d’informations publiques à l’appui des adolescents et enfants mais également un rappel constant du caractère illégal de la pratique ont contribué à ce recul des mariages forcés. L’âge légal du mariage en Inde est de 18 ans pour les femmes et de 21 ans pour les hommes. L’année dernière, la Cour suprême Indienne a jugé que des relations sexuelles avec une mineure constituaient un viol, et prévoie désormais une sanction de 100.000 roupies (soit 1250 euros) et deux ans de prison pour les parents. Anju Malhotra, conseillère principale de l’UNICEF s’exprime sur ces données:

Au vu des conséquences dramatiques du mariage précoce sur la vie d’une jeune fille, toute baisse est la bienvenue, mais il nous reste beaucoup de chemin à parcourir.

Selon ces dernières informations, ce sont 12 millions de filles qui seraient mariées pendant leur enfance chaque année dans le monde. Malgré la baisse de 15%, le rythme doit s’accélérer. Si ces chiffres persistent, ce sera plus de 150 millions de filles qui seront mariées avant leurs majorités d’ici 2030. L’UNICEF estime également 650 Millions de femmes vivantes ayant été mariées avant leurs dix-huitième anniversaires. L’Afrique subsaharienne est la région regroupant un grand nombre de mariages d’enfants: parmi les récents mariages notés, une sur trois vit en Afrique subsaharienne. 10 ans plus tôt, ce nombre s’élevait à une sur cinq. Les progrès sont là, mais doivent rapidement augmenter. Anju Malhotra précise également que chacun des mariages évités est précieux, et insiste sur l’urgence de redoubler d’efforts afin d’éliminer cette pratique dévastatrice d’ici 2030.

 

 

 

Publié le mardi 6 mars 2018 à 16:52, modifications mardi 6 mars 2018 à 16:24

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