Société

Chine : La communauté musulmane chinoise est la plus touchée par la surveillance de masse

La Chine se livre actuellement à une politique totalitaire effrayante sur sa population musulmane, dans l’impunité la plus totale.

Les autorités chinoises sont particulièrement attentives au problème du séparatisme religieux au sein du pays. Dans ce cadre, les musulmans de la province du Xinjiang, située à la frontière avec la Mongolie et le Kazakhstan (entre autres), font l’objet d’une campagne de surveillance de masse visant à intercepter et supprimer toute velléité nationaliste dans cette région. C’est en effet ce que révèle un article de The Atlantic paru en août 2018.

Pour cela, le gouvernement n’hésite pas à déployer des technologies de pointe qui entament toujours davantage les libertés individuelles au sein du pays. Dans le même temps, des camps de rééducation et une lourde propagande sont mis en place dans le Xinjiang.

Les musulmans, une cible privilégiée

Il y a peu, la nouvelle selon laquelle la Chine utilise des drones à l’apparence d’oiseaux pour surveiller sa population s’est répandue en Occident. En effet, ces “colombes” électriques connectées par satellite sont capables de scruter l’activité humaine avec leur caméra de haute précision. Et la première région à avoir été survolée par ces drones high-tech est la province de Xinjiang. Cette zone sert en effet de véritable laboratoire pour les autorités chinoises, qui appliquent ensuite ces technologies au reste du pays si elles fonctionnent.

Pourquoi le Xinjiang ? Parce que cette région est peuplée par la minorité Ouïghours, de confession musulmane et de langue turque. Ces millions d’individus sont souvent soupçonnés par le gouvernement chinois de séparatisme, ce qui justifie selon eux le recours à des techniques de surveillance particulièrement sophistiquées et un encadrement totalitaire de leur pratique religieuse.

La situation s’est envenimée à partir de 2009, où une émeute a éclaté suite à des affrontements entre les Ouïghours et les Han, l’ethnie majoritaire en Chine. Elle s’est produite dans la capitale de la région, Urumqi, et a fait près de 150 morts, marquant ainsi au fer rouge l’histoire récente de la Province. Pour éviter que cela ne se reproduise, le gouvernement a mis en place un système disproportionné de soumission, doublé d’une campagne de diabolisation massive de l’Islam, qui est maintenant systématiquement associé à l’extrémisme et au séparatisme.

Un arsenal technologique dernier cri

Les Ouïghours sont désormais observés nuit et jour avec d’innombrables caméras placées ans les lieux publics, des drones intelligents ou encore des agents de surveillance en civil qui les harcèlent et les fouillent tous les jours, dans la plus grande impunité. Le gouvernement pratique également une surveillance numérique de masse, notamment à travers le réseau social chinois WeChat et son système de messagerie.

Dans la même veine, le journal Foerign Policy a révélé en 2018 que le gouvernement chinois exigeait des Ouïghours résidant en France de donner toutes les informations personnelles les concernant (y compris numériques) ainsi que celles de leur conjoint, sous peine de s’en prendre à leur famille restée en Chine.

Mais la surveillance va encore plus loin, puisque les pèlerins musulmans Ouïghours sont également surveillés lors de leurs déplacements à l’étranger, notamment lors de leur voyage à la Mecque. Sur place, ces derniers sont accompagnés en permanence par un émissaire de l’Etat, et doivent porter une “carte intelligente” autour du cou transmettant leurs emplacements et toutes leurs conversations en temps réel.

Toutes ces technologies, dont l’efficacité est désormais prouvée suite aux tests sur la population du Xianjing sont ensuite susceptibles d’être vendues à d’autres régimes autoritaires à travers le monde. Un cauchemar totalitaire proche du roman 1984 de George Orwell.

Un mépris total des traditions religieuses

Outre la surveillance technologique, les autorités chinoises se livrent également à une politique de répression religieuse particulièrement violente. En effet, on estime qu’1 à 2 millions de Ouïghours et autres membres de minorités musulmanes comme les Kazhaks sont actuellement détenus dans des camps de rééducation. Ils y sont régulièrement torturés, forcés à manger du porc et à boire de l’alcool, et doivent suivre des cours de propagande sur l’histoire chinoise et le parti communiste.

Pour identifier les individus les plus “à risque” afin de les envoyer dans des camps, les autorités chinoises ont recours à la big data. En effet, c’est ce que la chercheuse Maya Wang a démontré en 2016 en montrant que le gouvernement se livrait à une analyse très fine de nombreuses données numériques privées sur ses habitants, dans un mépris total des droits les plus élémentaires. Cela signifie également que la Chine pratique aujourd’hui la détention arbitraire de façon massive.

Cette utilisation de la big data à des fins aussi désastreuses a été niée par le gouvernement chinois. Dans une déclaration, le délégué chinois en charge de cette question, Hu Lianhe, a toutefois reconnu la nécessité de “rééduquer” ceux qui tombent dans “l’extrémisme religieux”.

Outre ces mesures, le gouvernement chinois a également interdit en mars 2017 le port du voile islamique pour les femmes et celui de la barbe pour les hommes. En avril de la même année, 29 prénoms musulmans traditionnels dont le très populaire “Mohamed” ont également été interdits, sous peine de se voir retirer le droit à un passeport. Enfin, les mosquées de la religion ont désormais l’obligation de brandir un immense drapeau chinois de façon bien visible.

Une destruction massive du patrimoine Ouïghour

Le patrimoine historique des Ouighours est également détruit par les autorités chinoises, dans le but d’annihiler l’identification à une histoire dissociée du grand récit chinois. Ainsi, sous prétexte de rénovation dans le cadre des séismes de la fin des années 2000 dans la région, des constructions historiques de la ville millénaire de Kachgar ont été détruites sans vergogne.

C’est donc un travail totalitaire d’éradication de la culture Ouïghour qui est en marche dans le Xinjiang actuellement, à grand renfort de technologie dernier cri. Et la raison profonde de cette politique est aisément identifiable. En effet, cette région est particulièrement riche en ressources naturelles comme le gaz, le charbon et le pétrole. C’est donc un lieu stratégique pour l’économie chinoise, qui ne peut sous aucun prétexte risquer de voir une partie de la zone déclarer son indépendance.

Publié le mercredi 22 août 2018 à 15:54, modifications mercredi 22 août 2018 à 11:44

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