Société

À Paris, un restaurant huppé discrimine «les arabes, les gros, les moches et les vieux»

D’anciennes employées du restaurant «L’Avenue», situé dans le 8ème arrondissement de Paris, ont affirmé à Buzzfeed avoir été incitées par leur direction à refuser les clients arabes et les femmes voilées, mais aussi à reléguer à l’étage «les clients pas assez beaux pour le rez-de-chaussée».

Le site BuzzFeed News a publié le résultat d’une enquête dénonçant les pratiques discriminatoires du restaurant chic,  l’Avenue, situé non loin des Champs Elysées à Paris.

Des preuves incriminantes

L’enquête s’appuie sur des photographies, des témoignages écrits (messages WhatsApp) ainsi que des témoignages d’employés. Des journalistes ont rencontré séparément 4 anciennes serveuses du restaurant. Elles ont toutes tenu des propos similaires. Leur hiérarchie leur demandait de refuser les personnes au nom «d’origine arabe» – c’est l’expression du directeur – ou les touristes venant du Moyen-Orient (les pays ciblés sont le Qatar, les Émirats arabes unis, le Bahrein et l’Arabie saoudite). Aussi, si une femme voilée se présentait, elles devaient la refuser, prétextant que le restaurant était plein, même s’il ne l’était pas.

Captures d’écran de conversations WhatsApp d’hôtesses de L’Avenue. / Via BuzzFeed News

Accusations et démenti

Pour vérifier ces accusations, les journalistes de Buzzfeed News ont tenté de faire une réservation depuis le Qatar au nom d’ “Ahmed”. Impossible. Ils ont ensuite rappelé depuis Paris pour faire la même réservation mais cette fois au nom de Yann. L’hôtesse a tout de suite accepté.

Le directeur, Alexandre Denis, dit souvent qu’il préfère avoir deux personnes blondes, belles, en terrasse, avec deux cafés, plutôt que des femmes voilées, même si elles sont riches. Celles-là, on devait les refuser, et à chaque fois qu’une hôtesse prenait une réservation d’un client avec un nom arabe, il demandait qui avait pris cette réservation et rappelait la consigne de les refuser autant que possible en faisant croire que le restaurant est complet.

Alexandre Denis a démenti ces accusations :

ll y a toutes les cultures, toutes les nationalités qui viennent ici, s’est-il défendu. Il y a des gens du Moyen-Orient, il y a tout ce que vous voulez. Si vous voulez mettre le feu en nous dénonçant comme des gens racistes, voilà… On gérera autant que possible mais ce n’est pas ça. (…) Moi je peux dire quelque chose, mais je ne sais pas comment les gonzesses [sic] vont l’interpréter. (…) Ce qui est certain, c’est que je n’ai jamais donné de consigne pour refuser des clients.

Peine encourue

Selon l’avocat Alexandre-M. Braun, spécialisé en droit pénal, interrogé par Le Figaro, «Si cette affaire va jusqu’au tribunal, le juge devra établir si le restaurant a mis en place une politique discriminatoire. La personne physique, c’est-à-dire le gérant, risque jusqu’à 3 ans de prison, même si du ferme est très peu probable en pratique, et 45.000 euros d’amende au maximum. Quant au restaurant, il risque une peine d’amende portée au quintuple, soit 225.000 euros, et une fermeture temporaire de quelques semaines pourrait être prononcée».

Publié le vendredi 18 mai 2018 à 14:24, modifications vendredi 18 mai 2018 à 14:29

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